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La votation Suisse sur « la fin de l’immigration de masse » - Le Royaume Uni

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La votation Suisse sur « la fin de l’immigration de masse »

Dimanche dernier, 50,3% des électeurs suisses se sont prononcés en faveur du texte sur « la fin de l’immigration de masse ». Ce texte prévoit l’instauration de quotas migratoires fixés « en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de préférence nationale ». Cela concerne à la fois les travailleurs étrangers vivant en Suisse et les travailleurs frontaliers. Le gouvernement suisse s’est engagé mercredi à présenter un projet de loi dans ce sens avant la fin de l’année. Le référendum d’initiative populaire a été porté par le parti de droite populiste UDC. L’UDC dénonce la multiplication par 10 du nombre d’immigrants annuels depuis l’entrée en vigueur en 2002 d’accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne. 23% des résidents suisses n’ont pas la nationalité du pays. L’UDC attribue aux travailleurs étrangers une hausse du chômage et des loyers et une « perte d’identité culturelle dans la conduite des entreprises ». A l’inverse, les opposants au texte faisaient valoir que la Suisse est en situation de plein emploi. Le président de la Confédération suisse Didier Burkhalter a affirmé que son pays avait « toujours été tributaire de la main-d'œuvre étrangère ». Début janvier, douze organisations patronales s’étaient inquiétées dans un communiqué de l’aggravation de « la pénurie de main-d'œuvre » que provoquerait la limitation de l’immigration. Les villes et les régions riches ont rejeté le texte, de même que les cantons francophones. A l’inverse, les cantons ruraux germanophones et les zones les moins aisées l’ont approuvé.

Le texte voté remet en question les accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne, largement approuvés par référendum en 2000 et 2005. Ils organisent les relations entre la Suisse et l’Union et prévoient notamment la libre circulation des personnes. Mais ces accords comprennent une « clause guillotine » : si l’un des accords devient caduc, c’est l’ensemble qui le devient. La Suisse risque donc de devoir renégocier l’ensemble de ses liens avec l’Union européenne. Mercredi, le président de la commission européenne José Manuel Barroso a affirmé que le vote suisse aurait de « sérieuses conséquences ». « En matière de réciprocité, il n'est pas approprié que les citoyens suisses bénéficient d'une totale liberté de circulation dans l'UE », a-t-il déclaré. Le même jour, le ministre suisse des affaires étrangères a été chargé par son gouvernement d’engager des négociations avec l’Union européenne et les Etats membres. Les Etats membres de l’UE se sont en effet inquiétés du vote suisse : une « mauvaise nouvelle » pour Laurent Fabius, un vote qui « pose des problèmes considérables » pour Angela Merkel. En revanche, en Grande Bretagne, le porte parole du premier ministre David Cameron a estimé que le vote suisse montrait une « inquiétude grandissante quant à l’impact de la liberté de circulation ».

Le Royaume Uni

Lors de sa visite en Grande Bretagne, fin janvier, le Président français avait du constater son profond désaccord au sujet de l’Union européenne avec le Premier Ministre David Cameron. Londres veut renégocier les règles communautaires pour retrouver sa souveraineté sur de nombreux sujets comme le contrôle des frontières. « Nous voulons ces changements, a déclaré le Premier ministre britannique, nous voulons cette renégociation, cette renégociation impliquera des changements dans le traité. » François Hollande exclut un pareil projet et considère que « la révision des traités n'est pas la priorité ». David Cameron répond à la montée de l’euroscepticisme et du nationalisme, notamment dans les rangs de son parti. Les conservateurs sont talonnés par le Parti de l’Indépendance du Royaume-Uni ou UKIP (United Kingdom Independence Party) qui promet la sortie de l’Union européenne. Les sondages le donnent en deuxième place lors des élections européennes de mai, derrière l'opposition travailliste. David Cameron, qui remettra son mandat en jeu en 2015 lors des prochaines élections législatives, a promis qu’en cas de réélection, il organiserait avant 2017 un référendum sur la sortie de l’Union.

Le monde des affaires britanniques est alarmé par cette perspective. L’Union européenne absorbe la moitié des exportations britanniques, et ce débouché assure 14 % du PIB du pays. Le patronat britannique a estimé que trois millions d'emplois seraient détruits si le Royaume-Uni quittait l'Union. Les investisseurs internationaux ont menacé de quitter la Grande-Bretagne si le pays ne peut plus leur donner l’accès au reste du marché européen. Un tel scénario pourrait aussi aggraver le fossé entre l’Angleterre et l’Ecosse, traditionnellement plus europhile. Les électeurs écossais seront appelés à se prononcer le 18 septembre prochain sur l’indépendance de leur pays, mais tous les sondages prédisent une large défaite au camp indépendantiste.

En 2013, le Royaume-Uni a vu son économie se reprendre. L’an dernier, la confiance des ménages est revenue, la consommation est repartie, le taux d'épargne a baissé, le taux de chômage est tombé à 7,1 % et le PIB britannique a cru de 1,9 %.

Le discours d’austérité du gouvernement a sans doute rassuré les marchés. La flexibilité du code du travail et le gel des salaires auraient permis de limiter la progression du chômage. Pour 2014, les prévisions de croissance s'échelonnent entre 2,4 % et 3,2 %. Les économistes s’accordent à dire que la reprise est à mettre au crédit de la politique monétaire de relance de la Banque d’Angleterre. Celle-ci a maintenu des taux d’intérêts très bas et elle a injecté des sommes massives dans l'économie. Mais cette politique a aussi relancé l’endettement des ménages au point que certains analystes annoncent une nouvelle bulle immobilière, telle que celle qui avait éclaté en 2008.

Invités

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris

Max GALLO, romancier et historien

Eric LE BOUCHER, éditorialiste aux Echos et co-fondateur de Slate

Marc-Olivier PADIS, directeur de la rédaction de la revue Esprit

Brèves

Thierry GUIDET, La rose et le granit, le socialisme dans les villes de l'Ouest (Editions de l'Aube, février 2014)

Philippe FORO, Dictionnaire de l'Italie fasciste (Editions Vendémiaire, février 2014)

Jacques MISTRAL, Guerre et paix entre les monnaies (Fayard, janvier 2014)

Jean de KERVASDOUE, Ils ont perdu la raison (Robert Laffont, janvier 2014)

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