LE DIRECT

Le chômage en France - La Tunisie

58 min
À retrouver dans l'émission

Le chômage en France

Selon les chiffres publiés lundi, il y a désormais plus de trois millions trois cent mille demandeurs d’emploi de catégorie A en France métropolitaine, ce qui constitue un nouveau record. On compte 10. 200 nouveaux chômeurs en décembre, et leur nombre a augmenté de 5,7% en 2013. François Hollande n’est donc pas parvenu à « inverser la courbe » avant fin 2013 comme il s’y était engagé. Le ministère du Travail a cependant estimé que « l'inversion est amorcée » pour les 25-49 ans : au quatrième trimestre, 13 800 d’entre eux sont sortis du chômage. Le taux de chômage des moins de 25 ans s’est lui aussi stabilisé, mais à un niveau élevé : 24,5% d’entre eux sont sans travail. Pour cette catégorie, le gouvernement avait misé sur les emplois d’avenirs. 100 000 contrats de ce type ont été signés en 2013, mais ils n’ont pu que compenser les destructions d’emploi du secteur marchand. Les seniors sont les plus touchés par la progression du chômage. Le taux de chômage des plus de 50 ans a augmenté de 12% en 2013. Le chômage de longue durée se développe lui aussi. 41,9% des inscrits à Pôle emploi le sont depuis plus d’un an. Et fin décembre, 803.000 personnes sans emploi touchaient le RSA, un chiffre en augmentation de 13% sur l’année.

De Turquie, François Hollande a reconnu son échec. Mais il a toutefois estimé que les chiffres de la fin de l'année traduisaient une « stabilisation ».

Pour relancer la croissance et l’emploi, le gouvernement compte sur le Pacte de responsabilité et la réduction du coût du travail. Les cotisations familiales seront supprimées d’ici à 2017, et les versements du Crédit d’impôt compétitivité emploi, le CICE, commenceront en mai. Mais les économistes sont divisés sur les effets attendus de ce pacte. Pour Eric Hayer et Mathieu Plane de l’OFCE, baisser les cotisations patronales n’a d’effets significatifs sur l’emploi qu’à deux conditions : si la baisse est financée par le déficit, et si nos voisins ne mènent pas simultanément la même politique. Or ces deux conditions ne sont pas réunies. Pour l’économiste Jean Gadrey, l’effet du Pacte sera faible, voire « presque nul ». D’après lui, nombre d’entreprises françaises ont d’ores et déjà des liquidités mais souffrent de l’absence de débouchés pour investir. Les dernières données de l’INSEE indiquent que le taux d’investissement des entreprises françaises a continué de reculer de presque 2% en 2013.

La Tunisie

Dimanche dernier, l’assemblée constituante de Tunisie a adopté la nouvelle constitution à la quasi unanimité. Ce texte cherche à concilier les exigences de l’Etat de droit avec l’identité musulmane du pays. Le préambule énonce en même temps « l'attachement du peuple tunisien aux enseignements de l'islam » et l’apport des « acquis universels de la civilisation humaine ». Le premier article dispose que « la Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l'islam est sa religion, l'arabe sa langue et la République son régime ». Le deuxième article proclame que « la Tunisie est un État à caractère civil ». Le texte reconnaît les «principes des droits de l'homme universels» et fait de l'Etat le « garant de la liberté de conscience » et de la « neutralité des mosquées ». La Constitution protège les « droits acquis de la femme » et confirme la parité dans les assemblées élues, une disposition introduite dès les premières élections libres d’octobre 2011. L'État garantit également les libertés d'opinion et d'expression ainsi que le droit syndical et le droit de grève. La peine de mort, inappliquée dans le pays depuis 1991, est maintenue.

Adopté trois ans après le renversement du régime de Ben Ali, ce texte est l’aboutissement d’un long travail de recherche d’un consensus national. Pour Ferhat Horchani, président de l'Association tunisienne de droit constitutionnel, « des questions cruciales comme l'égalité hommes-femmes, l'indépendance de la justice ont été réécrites sous la pression de la société civile ». Le parti islamo-conservateur Ennahda, majoritaire à l’assemblée, a fait d’importantes concessions. C’est par exemple à la demande expresse de son chef Rached Ghannouchi que les élus du parti islamiste ont accepté de graver dans le marbre « la liberté de conscience », disposition unique dans le monde arabe à l’exception du Liban.

Le parti Ennahda, qui dirige le gouvernement de coalition depuis octobre 2011, est soupçonné de dérives autoritaires depuis l’assassinat des opposants Chokri Belaid en fevrier dernier et Mohamed Brahmi en juillet. Pour le politologue Hasni Abidi, « l'islam politique est en difficulté un peu partout, Ennahda a tiré les leçons de la situation égyptienne. Le parti a compris qu'il ne pouvait pas gouverner seul ». Le premier ministre islamiste Ali Larayedh avait annoncé en octobre qu’il céderait le pouvoir. Il a attendu de signer la constitution pour laisser la place au nouveau gouvernement de technocrates dirigé par Mehdi Jomaa. Mais le parti Ennahda reste favori aux élections qui auront lieu à la fin de l’année, tandis que l’opposition est morcelée.

Invités

Michaela WIEGEL, correspondante à Paris de la Frankfurter Allgemeine Zeitung

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris

Max GALLO, romancier et historien

Thierry PECH, directeur général de la Fondation Terra Nova

Brèves

Olivier MANTEI, Public / Privé, Nouvelles acceptions culturelles (Riveneuve, janvier 2014)

Edouard BALLADUR, La tragédie du pouvoir (Fayard, octobre 2013)

Alexandre ADLER, Quand les français faisaient l'histoire (Grasset, février 2014)

Bertrand GALLICHER, France-Allemagne, un marché de dupes ? (Michel de Maule, décembre 2013)

L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......