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François Fillon et ses soutiens à Nîmes le 2 mars 2017

Les suites de l'affaire Fillon // le programme d'Emmanuel Macron

57 min
À retrouver dans l'émission

François Fillon a maintenu sa candidature malgré sa convocation à des fins de mise en examen // Emmanuel Macron a précisé son programme électoral.

François Fillon et ses soutiens à Nîmes le 2 mars 2017
François Fillon et ses soutiens à Nîmes le 2 mars 2017 Crédits : Pascal Guyot - AFP

Sur la fin de la participation de Jean-Louis Bourlanges à l'émission

Philippe Meyer a lu à l'antenne ce message de la directrice de France Culture Sandrine Treiner :

"Nous nous heurtons donc à deux problèmes bien évidents. Le premier est celui des temps de parole. Chaque émission équilibre durant l’année ses temps de parole, raison pour laquelle nous limitons les politiques ou leurs soutiens déclarés aux émissions susceptibles de maintenir les équilibres entre toutes les familles politiques, de l’extrême-gauche à l’extrême droite. L’enjeu est d’autant plus brûlant en période de campagne, cela va sans dire. En l’occurrence, l’engagement public de Jean-Louis Bourlanges auprès d’Emmanuel Macron pose un problème insoluble. Mais le tout ne s’arrête pas là. Les médias de service public sont interpellés de manière de plus en plus fréquente sur leurs supposées positions partisanes. La question de la crédibilité de nos antennes n’est pas négociable. Comment une personnalité déclarée aux côtés d’un candidat pourrait-elle raisonnablement continuer à commenter la campagne électorale et donc son propre candidat et ses adversaires ? C’est évidemment impensable. Les idées sont une chose, l’engagement public auprès d’une personne en particulier en est une autre. En tant que directrice de la chaine, je suis garante de ces principes déontologiques. Cette question a été débattue entre tous les directeurs de Radio France et les mêmes usages seront appliqués partout. J’en profite d’ailleurs pour te transmettre dans un instant des réactions reçues et transmises par le médiateur si tu voulais lui répondre.

Je discuterai donc avec Jean-Louis Bourlanges, et tout autre collaborateur régulier de la chaine qui viendrait à se déclarer officiellement. Il va de soi que dès l’élection passée, il retrouvera toute sa place sur notre antenne."

Il a ensuite lu une lettre de Jean-Louis Bourlanges dont voici le texte :

"Lettre à Philippe Meyer et aux auditeurs de l'Esprit public :

Je m'adresse à vous, cher Philippe, chers camarades, et chers auditeurs de l’Esprit public, pour vous dire au revoir. La direction de France Culture a décidé de m’interdire toute participation à l’Esprit public pendant la durée de la campagne pour l'élection présidentielle, sous prétexte que j’ai affiché publiquement ma préférence pour l'un des candidats en compétition, en l'occurrence pour Emmanuel Macron. Cette décision est doublement incohérente. Elle l'est d'abord parce que je ne participe pas à cette émission en qualité de journaliste tenu à un devoir de neutralité et d'impartialité, ce que je ne suis pas et que je n'ai jamais été, mais comme ce que Raymond Aron appelait " un spectateur engagé “, invité en raison et non en dépit de ses prises de position dans le débat public. Parlementaire européen du centre pendant près de vingt ans, longtemps vice-président de l'UDF, je n'ai jamais fait mystère de mon engagement " libéral, social et européen " et j’ai toujours eu à cœur au cours des quinze dernières années d'afficher mes couleurs à chaque élection présidentielle ou législative.

L’incohérence de la décision se lit aussi dans le calendrier choisi. Pourquoi limiter la mise en œuvre de la sanction à la seule campagne présidentielle et me promettre un retour à l'antenne sitôt ce grand rendez-vous passé, alors que la question se posera en des termes strictement identiques pour la campagne des élections législatives et devrait en bonne logique appeler la prolongation du "régime spécial" qui m'est réservé ? N'était-il pas déjà contraire à la logique dont on argumente que la direction de France Culture ne se soit pas ému de me voir il y a quelques semaines prendre position en faveur d’Alain Juppé dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Sans doute avait-elle alors conscience de cette évidence aujourd’hui oubliée : c'est la raison d'être de l''Esprit Public que d'organiser un dialogue, voire une confrontation, civilisés entre des personnalités engagées à des titres divers dans la vie de la Cité.

Ces incohérences comme les explications embarrassées de la directrice de l'antenne révèlent que la raison véritable de mon ostracisme est d'un autre ordre : il ne s'agit pas de veiller, très légitimement, à l'équilibre des temps de parole entre les partisans des différents candidats mais, l'allusion au courrier reçu par le médiateur est éclairante à cet égard, de me sanctionner pour les propos très durs que j'ai tenus sur l'un des candidats en le qualifiant de " sournois, arrogant et corrompu". Bien que je ne sois pas seul à formuler une appréciation aussi sévère sur M. Fillon, je comprends que mes propos aient pu choquer certains auditeurs et je ne peux que le regretter. Je constate toutefois qu'ils n'ont pas donné lieu à une plainte pour diffamation, plainte que j’aurais d’ailleurs, en l'état présent du dossier Fillon, accueillie avec sérénité. On sait - et qui les en blâmerait ? - que les partis politiques excellent à susciter des réactions collectives organisées aux propos qui les dérangent. Céder à ces pressions, de la part d'un média comme France Culture revient à reconnaitre à certains groupes un droit à l'intimidation et à justifier du même coup l'institution d'un véritable délit d'opinion opposable à ceux qui interviennent sur son antenne.

Vous comprendrez que tout en moi m'interdit de cautionner de telles pratiques. Je veux bien être un intermittent du spectacle mais pas un intermittent de la censure. J'ai donc décidé de mettre un terme définitif à ma participation à Esprit public. Après plus de quinze ans de présence hebdomadaire au cœur de la Maison ronde, cette décision me coûte mais elle est inévitable. Je remercie tous ceux, réalisateurs, techniciens, assistants qui m'ont permis de m'adresser librement à vous chaque semaine. Ma gratitude va, bien entendu, d'abord à Philippe Meyer qui m'a donné cette magnifique tribune et qui, de plus, m'a supporté pendant de longues années avec un stoïcisme qui mérite hommage. Je l'adjure de continuer aussi longtemps qu'on lui en laissera le pouvoir à porter cette émission nécessaire. Pour ma part, je me contenterai en vous quittant de pousser deux vivats qui devraient n'en faire qu'un : vive France Culture, vive la liberté de l’esprit !

Jean- Louis Bourlanges"

A LIRE AUSSI Le rappel sur les règles de la campagne électorale à Radio France, fait par le médiateur des antennes.

LES SUITES DE L’AFFAIRE FILLON

Le candidat des Républicains a réuni la presse à son siège de campagne mercredi. Il a annoncé sa convocation par les juges d’instruction le 15 mars à des fins de mise en examen. Cette demande de comparution fait suite à l’ouverture le 24 février d’une information judiciaire pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ces délits, trafic d’influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique ».

François Fillon a accepté de se rendre à cette convocation non sans dénoncer « une enquête menée exclusivement à charge » et un « assassinat politique » perpétré « en violation de l’État de droit ». Il a réaffirmé son intention d’ « aller jusqu’au bout face au peuple français, seul à même de décider par le suffrage universel qui sera le prochain Président de la République ».

L’équipe du candidat organise cet après-midi un « rassemblement de soutien à François Fillon » place du Trocadéro à Paris. Le sénateur de la Vendée et initiateur de l’événement Bruno Retailleau a réfuté la qualification de « manifestation » ou de « marche contre le coup d’Etat des juges » comme l’a présenté l’hebdomadaire Valeurs Actuelles. Cette qualification a provoqué des inquiétudes chez les Républicains : la Présidente du conseil régional d’Ile de France Valérie Pécresse a demandé « une clarification du mot d’ordre de l’évènement » et le député LR de la Manche Philippe Gosselin a dénoncé « une stratégie extrêmement dangereuse ».

Quoi qu’il en soit, les défections sont nombreuses parmi les soutiens du candidat des Républicains : Bruno Le Maire, des proches d’Alain Juppé comme Gilles Boyer, trésorier de la campagne, ou Benoît Apparu qui jugent la tournure que prend la campagne « incompatible avec leur conception de l’engagement politique ». Plusieurs figures locales des Républicains comme le maire de Nancy Laurent Hénart et le maire de Reims Arnaud Robinet ont appelé François Fillon « à prendre ses responsabilités et à tenir sa parole face aux Français ». Le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde a annoncé le retrait du soutien de son parti à François Fillon et demandé « solennellement aux Républicains de changer de candidat ». Le porte-parole de François Fillon et organisateur de la primaire Bruno Solère a annoncé vendredi son retrait de la campagne, suivi de peu par le directeur de la campagne, Patrick Stefanini.

Le comité politique des Républicains se réunira lundi à l’initiative de son président Gérard Larcher et du secrétaire général du parti Bernard Accoyer afin d’ « évaluer la situation à sept semaines du premier tour de l'élection présidentielle ».

LE PROGRAMME D'EMMANUEL MACRON

Jeudi 2 mars, Emmanuel Macron a présenté les six grands chantiers de son programme politique, avec lequel il espère « Retrouver [un] esprit de conquête pour bâtir une France nouvelle. » Il a dit ne pas vouloir « réformer une France irréformable », mais répondre aux citoyens qui « attendent une transformation radicale », avant de faire de « l'efficacité et la justice » les mots d’ordre de son projet politique.

Les questions liées à l’éducation et à la culture ont été abordées dans une perspective de « transmission des valeurs » et « d’émancipation pour construire l’égalité des chances ». Emmanuel Macron a proposé la création de 4000 à 5000 postes d’enseignants supplémentaires, le rétablissement des études dirigées et des classes bi-langues, ou encore la création d’une prime de 3 000 euros nets par an pour les enseignants en zone prioritaire. Le second chantier, consacré à la « société du travail » prévoit entre autres la simplification du droit à l’assurance chômage, l’établissement des exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires ou encore la création d’un régime unique de retraite, sans modification de l’âge légal du départ. Le candidat a également promis la « modernisation de l’économie », notamment par la baisse de l'impôt sur les sociétés (de 33,3% à 25%), la transformation de l’ISF en « Impôt sur la fortune immobilière » (excluant le patrimoine financier) ou encore le non renouvellement de 120.000 postes de fonctionnaires. Il a chiffré son plan d'investissement à 50 milliards d'euros (dont 15 pour la formation et 15 pour la transition écologique). Dans une perspective de « sécurisation de la nation », le candidat d’En Marche ! s’est engagé à consacrer 2 % du PIB aux dépenses militaires et a promis la création de 10.000 postes de policiers et gendarmes supplémentaires. Dans une perspective de « renouveau démocratique » le cinquième chantier propose l’interdiction de cumuler plus de trois mandats identiques successifs, la réduction d'un tiers du nombre de parlementaires ou encore la fiscalisation de l'intégralité de leur rémunération. Enfin, Emmanuel Macron s’est exprimé sur les questions de politique internationale et européenne autour des enjeux climatiques, économiques et de sécurité nationale. Il a placé l’Europe « au cœur de son projet » et dit vouloir « restaurer la crédibilité française vis-à-vis de l’Allemagne. »

Les ralliements à Emmanuel Macron se sont multipliés ces dernières semaines à l’image de François de Rugy et de François Bayrou, avec lequel une alliance a été annoncée mercredi dernier. Selon un sondage Elabe publié jeudi, le fondateur d’En Marche ! accèderait au premier tour avec 24% des voix devant une droite particulièrement affaiblie depuis l’annonce d’une éventuelle mise en examen de François Fillon. Face à Marine le Pen, elle-même sous le coup d’une convocation judiciaire pour une mise en examen, Emmanuel Macron serait élu Président de la République avec 62% des intentions de vote.

Brèves

Sylvie KAUFFMANN : La Chine en eaux profondes, de Sylvie Bermann (Stock, mars 2017)

François BUJON DE L'ESTANG : Chroniques terrestres, de Dino Buzzati (Robert Laffont, janvier 2017)

Marc-Olivier PADIS : La danse de l'araignée, de Laura Alcoba (Gallimard, janvier 2017)

Nicole GNESOTTO : Le Bal, mis en scène par Virginie Lemoine au Théâtre Rive Gauche

Philippe MEYER : La guerre civile n'aura pas lieu, de David Djaïz (Éditions du Cerf, février 2017)

Intervenants
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