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A g: Manifestations en hommage à Georges Floyd à Washington devant la Maison Blanche le 1/06 / Manifestations en soutien à la famille d'Adama Traoré devant le TGI, Paris, 2/06 / A d.: Plage du Prado à Marseille, 1/06

Racisme-violences policières aux USA et en France : quelle symétrie ? / Déconfinement phase 2 : la France et la liberté

58 min
À retrouver dans l'émission

Racisme et violences policières : le débat - ou le combat - est-il le même aux Etats-Unis et en France ? Et puis déconfinement phase 2 : le moment idéal pour interroger notre rapport à la liberté et cette docilité avec laquelle nous nous en sommes privés.

A g: Manifestations en hommage à Georges Floyd à Washington devant la Maison Blanche le 1/06 / Manifestations en soutien à la famille d'Adama Traoré devant le TGI, Paris, 2/06 / A d.: Plage du Prado à Marseille, 1/06
A g: Manifestations en hommage à Georges Floyd à Washington devant la Maison Blanche le 1/06 / Manifestations en soutien à la famille d'Adama Traoré devant le TGI, Paris, 2/06 / A d.: Plage du Prado à Marseille, 1/06 Crédits : SAMUEL CORUM / STEPHANE DE SAKUTIN / CLEMENT MAHOUDEAU - AFP

Première partie : Racisme-violences policières aux USA et en France : quelle symétrie ?

En revenir aux faits, rien qu’aux faits : tout a commencé par une vidéo devenue virale le 25 mai à Minneapolis dans le Minnesota: celle de l’arrestation par la police de George Floyd, un homme noir de 46 ans, filmée par une passante : un agent de police le plaque au sol en gardant pendant de longues minutes son genou sur son cou. Floyd répète à plusieurs reprises « Je ne peux pas respirer ». L’agent lui répond de rester calme. Un second policier s’occupe des passants qui alertent sur le fait que l’homme appréhendé ne bouge plus.  Les policiers appellent une ambulance. George Floyd est transporté dans un hôpital où il meurt peu après. La police met d’abord en avant une thèse selon laquelle George Floyd, soupçonné d’avoir tenté d’écouler un faux billet de 20 dollars, aurait résisté aux agents venus l’interpeller. Sauf que sur des images captées par les caméras du restaurant devant lequel il a été arrêté, Floyd a les mains menottées dans le dos et n’oppose aucune résistance.

En réaction à la mort de George Floyd, des manifestations contre le racisme et les violences policières ont embrasé l’Amérique, avec le slogan « I can’t breathe », « je ne peux pas respirer ». Sa mort a finalement été requalifiée en meurtre par la justice qui a inculpé les 4 policiers impliqués.

Toujours les faits, rien que les faits. A près de 7000 km de Minneapolis, à Paris cette fois, mardi dernier, la mort de Floyd a redonné du souffle au comité « La vérité pour Adama » : plus de 20 000 manifestants se sont rassemblés devant le Tribunal de Paris réclamant justice pour Adama Traoré. Les faits remontent au 19 juillet 2016 : des gendarmes interviennent pour interpeller Bagui Traoré, dans le cadre d'une enquête pour extorsion de fonds. Son frère Adama, qui l'accompagnait, s'enfuit en courant pour tenter d'échapper au contrôle. Trois gendarmes procèdent à l'arrestation du jeune homme âgé de 24 ans. « On se trouvait à trois dessus pour le maîtriser », indiquera plus tard l'un des militaires aux enquêteurs, accréditant la thèse d'un plaquage ventral. Adama Traoré est ensuite menotté et placé dans la voiture de la gendarmerie alors qu'il se serait rapidement plaint de difficultés à respirer. Durant le court trajet vers la gendarmerie de Persan, Traoré semble perdre connaissance. Malgré un massage cardiaque et l'intervention du Samu, il ne pourra pas être réanimé. Contrairement à l’affaire Floyd, cette affaire Traoré est sans témoins ni vidéo, les seuls témoignages sont ceux des trois gendarmes qui ont procédé à l'interpellation et ceux des secours arrivés plus tard à la gendarmerie. Commence alors un long débat d'experts médicaux. La famille évoque elle « une asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral », quand plusieurs expertises judiciaires pointent du doigt des pathologies cardiaques et pulmonaires ainsi que le contexte de stress intense et de d'effort physique qui auraient provoqué l’arrêt cardiaque. D’autres témoins devraient désormais être entendus. 

Les faits rien que les faits qui déclenchent ensuite questions, mobilisations, récupérations… Etats-unis, France : racisme et violences policières, quelle symétrie ou asymétrie ? A nous d’en débattre !

Deuxième partie : Déconfinement phase 2 : la France et la liberté, un état des lieux

Nous avons donc redécouvert cette semaine le bonheur inouï d’aller prendre un café en terrasse, d’aller dîner au restaurant, voire, de partir en week end au-delà de 100km, de revoir familles, amis, contempler la mer, marcher en forêt...

« L’ordinaire devient extraordinaire » comme le disait cette semaine sur notre antenne Adèle van Reth qui publie ces jours ci un livre sur –précisément- l’ordinaire. Cette semaine la vie est redevenue « normale » à défaut d’être « ordinaire » presque « comme avant », à l’exception des masques et gels omniprésents, d’élèves qui ne sont toujours pas tous scolarisés, de parents qui n’ont pas tous non plus renoué avec leur vie professionnelle d’autrefois, sans oublier tous ceux qui sont désormais bel et bien confrontés de plein fouet à la crise économique.

Mais il s’agit quand même bel et bien d’un retour à la liberté, et c’est le moment choisi par Bernard-Henri Levy pour publier chez Grasset un livre titré Ce virus qui rend fou, bilan d’étape de la « première PEUR mondiale », ce confinement qui nous a ramené je cite, « à l’âge de la garderie et du jardin d’enfants ». Et le philosophe de s’étonner : « nous avions nous les individus le choix de râler, d’obéir à contre cœur… au lieu de nous extasier de n’avoir jamais été aussi libres, nous aurions pu prendre la mesure de cette régression citoyenne, sociale et morale ». Mais non, nous aurions fait preuve d’une incroyable docilité, que nous soyons riches ou pauvres, laissant BHL désespéré de voir avec quelle facilité nous avons accepté de voir nos libertés rognées, tandis que Suédois et Néerlandais pouvaient eux se réjouir de leur statut à part sur le continent, eux qui avaient fait un autre choix, et tandis que les Allemands semblaient moins dociles que nous, certains manifestant même contre certaines de leurs contraintes (pourtant bien moindres que les nôtres).

Heureux comme un Français confiné en quelque sorte… l’occasion de nous interroger sur la France et la liberté : un état des lieux !

Coronavirus, une Conversation Mondiale - Emmanuel Laurentin

Emmanuel Laurentin vient présenter des morceaux choisis de la "Conversation mondiale" qu'il fait vivre en ce moment avec son équipe du Temps du Débat : des intellectuels de tous les continents leur envoient leurs réflexions sur la période historique que nous vivons. Il nous parle aujourd'hui de deux textes, l'un de l'historien et politiste Achille Mbembé selon lequel "Le poids de la vie est incalculable", et un autre écrit par Enrico Letta, le président de l'Institut Jacques Delors, qui prône la coopération dans l'après-crise.

Intervenants
  • Philosophe, directrice de recherche au CNRS, ancienne directrice de l’ENS et ancienne présidente de l'université Paris sciences et lettres (PSL), auteure de plusieurs ouvrages de philosophie antique et philosophie morale contemporaine
  • Économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure
  • Journaliste et productrice de l'émission "Affaires étrangères" sur France Culture
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