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Unes des principaux journaux australiens du 17/09/18 / Manifestations de Gilets Jaunes à Paris lors du 22e samedi de mobilisation le 13/04/19

Notre-Dame de Paris : la mondialisation des émotions ? / L’après Grand Débat : quels enjeux ?

59 min
À retrouver dans l'émission

Analyse politique et géopolitique de la semaine avec les journalistes Sylvie Kauffman et Gérard Courtois, l'essayiste Philippe Manière et l'ancien Ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine.

Unes des principaux journaux australiens du 17/09/18 / Manifestations de Gilets Jaunes à Paris lors du 22e samedi de mobilisation le 13/04/19
Unes des principaux journaux australiens du 17/09/18 / Manifestations de Gilets Jaunes à Paris lors du 22e samedi de mobilisation le 13/04/19 Crédits : SAEED KHAN / THOMAS SAMSON - AFP

Première partie : Notre-Dame de Paris : la mondialisation des émotions ?

Le monde entier avait donc regardé quasiment en direct le spectacle infernal de ces flammes gigantesques dévorant l’une des cathédrales les plus célèbres de la planète, spectacle infernal qui avait déclenché une concorde et une émotion mondiale, universelle : Jean Luc Mélenchon lui-même avait retrouvé sa plume talentueuse d’homme politique féru d’Histoire et de culture républicaine, pour rappeler « toutes ces grandes heures du peuple de France qui ont transité à Notre Dame, des premiers Etats généraux à la victoire sur les Nazis, la nef a accueilli toutes nos clameurs libératrices. Je me dis qu’elle ne brûlera jamais tout à fait. Il en restera toujours un morceau qu’un être humain voudra continuer vers le ciel ».

Une émotion mondiale où chacun s’appropriait la plus française des cathédrales, ainsi le premier ministre espagnol Pedro Sanchez se mettait lui aussi à dire « nous » parlant avec émotion de ces « flammes détruisant 850 ans de NOTRE histoire, de NOTRE architecture, une catastrophe pour la France, l’Espagne, l’Europe ». « Un coup au cœur pour nous tous les Européens » avait écrit dans la même veine Giuseppe Conte le chef du gouvernement italien, et d’autres comme le Grec Alexis Tsipras, l’Allemande Angela Merkel avaient eux aussi parlé d’une culture européenne, d’une identité européenne, celle-là même qui semblait d’ordinaire si difficile à trouver et à définir. Encore plus inédit, voire insolite, Javad Zarif le ministre des affaires étrangères iranien avait évoqué à propos de Notre Dame de Paris « un monument emblématique dédié au culte de notre Dieu unique ». 

Enfin il y avait eu cette analyse si juste de l’éditorialiste Michael Kimmelman du New York Times, qui semblait comprendre mieux que quiconque ce qui se jouait pour chacun, au fond, devant cet incendie parisien, décrivant : « une France dans la tourmente qui pleure un symbole de son identité profonde, impossible de passer à côté du symbolisme de ce pays qui se déchire sur la manière de se réinventer, et qui a finalement communié dans le spectacle de ces flammes dévorant ce qui ressemblait le plus à la matérialisation de son identité. Au palimpseste de sa civilisation ».

Deuxième partie : L’après Grand Débat : quels enjeux ?

Avant même ce 23e samedi des Gilets Jaunes, cette nouvelle démonstration de force baptisée « ultimatum », les annonces « fuitées » du Président de la République avaient été jugées décevantes et pas au niveau par les principaux leaders du mouvement. L’un deux, Jérôme Rodrigues, avait eu cette exclamation : « Comment ça se fait qu'on n'attendait rien mais qu'on arrive quand même à être déçu? ». "Encore de la com', pendant ce temps-là rien de concret", disaient aussi les réseaux sociaux des Gilets Jaunes : "Rien sur les 80 km/h, ni sur le prix de l'essence, tout ça est totalement ridicule", lisait-on.

Pourtant Emmanuel Macron allait vraisemblablement annoncer en début de semaine prochaine qu’il était "favorable" à ce que des référendums d'initiative citoyenne (RIC), réclamés par les Gilets jaunes depuis des semaines, "puissent être organisés sur certains sujets d'intérêts locaux". Annonce présidentielle raillée par  Eric Drouet mardi, qui en dénonçait le caractère "local" alors que les Gilets jaunes réclamaient eux un référendum d'initiative citoyenne national.

Dans cette France des Gilets Jaunes, le président allait donc vraisemblablement en début de semaine prochaine confirmer les mesures suivantes : inflexion de la pression fiscale en direction des classes moyennes, avec baisses de l’impôt sur le revenu ; au nom d’un principe de justice fiscale, certaines niches supprimées ; le gouvernement qui semblait également prêt à revenir sur la désindexation des retraites de l’inflation. Autre annonce forte à venir : le gouvernement pourrait prendre en charge la garantie du paiement des pensions alimentaires pour les mères isolées. Pour le volet institutionnel, au-delà du RIC, une nouveauté: “une convention de 300 citoyens tirés au sort” installée “dès le mois prochain”, en mai, chargée de “travailler à la transition écologique et aux réformes concrètes à prendre”. On parlait aussi, ce qui n’était pas rien, de supprimer l’ENA, d’un nouvel acte de décentralisation avec, à la clé, une simplification du mille-feuille administratif, d’un gel des fermetures de services publics de proximité, à commencer par les écoles et les hôpitaux, et ce jusqu’à la fin du quinquennat. 

Restait à trouver maintenant la bonne mise en scène pour confirmer et préciser ces annonces, et à convaincre les Français, dans la foulée de Sibeth N’Diaye, la porte parole du gouvernement, qu’après cette intervention présidentielle, « plus rien ne serait comme avant » ! 

Références / conseils de lecture : 

Intervenants
  • journaliste, ancien chroniqueur au quotidien Le Monde
  • éditorialiste au Monde
  • Président et co-fondateur de la société de conseil Vae Solis Communications
  • diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand
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