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JL Mélenchon devant la police anticorruption à Nanterre /Portraits du roi Salman bin Abdulazziz(c) , du prince héritier MBS (g.) , et du fondateur du royaume Abdulazziz al-Saudm à Riyad, 18 oct. 2018

Perquisition chez Jean-Luc Mélenchon : le politique est-il un justiciable comme les autres ? / Arabie Saoudite : quel(s) cadavre(s) dans le placard ?

1h
À retrouver dans l'émission

L'Esprit Public ce dimanche avec la journaliste du Monde Sylvie Kauffmann, le directeur général de la Fondation Jean Jaurès Gilles Finchelstein, le directeur général de la Fondation pour l'innovation politique Dominique Reynié et l'ancien Ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine.

JL Mélenchon devant la police anticorruption à Nanterre /Portraits du roi Salman bin Abdulazziz(c) , du prince héritier MBS (g.) , et du fondateur du royaume Abdulazziz al-Saudm à Riyad, 18 oct. 2018
JL Mélenchon devant la police anticorruption à Nanterre /Portraits du roi Salman bin Abdulazziz(c) , du prince héritier MBS (g.) , et du fondateur du royaume Abdulazziz al-Saudm à Riyad, 18 oct. 2018 Crédits : Lionel BONAVENTURE / Fayez Nureldine - AFP

Première partie : Perquisition chez Jean-Luc Mélenchon : le politique est-il un justiciable comme les autres ?

Une perquisition de bon matin au domicile d’un responsable politique de premier plan, filmée en direct live par l’intéressé lui-même et diffusé sur Facebook. Jean Luc Melenchon enfilant son écharpe tricolore de parlementaire avec ces mots : « personne ne me touche/ ma personne est sacrée/ c’est moi, Mélenchon avec mon écharpe tricolore / je n’ai peur de personne ». 

Paradoxe d’un élu se parant du symbole de la République et de ses lois au moment où il les contestait. Paradoxe d’un homme qui, lorsque François Fillon ou Marine Le Pen, étaient eux même empêtrés dans des démêlés judiciaires avait tenu un tout autre discours de rappel aux sacro-saints principes de « la justice pour tous ». Paradoxe d’une époque où l’on pouvait donc dire tout et son contraire, afficher des principes pour les contester ensuite et en faire un spectacle. Bien-sûr, malgré tout, il y avait des questions légitimes qui se posaient dans cette histoire folle : une simple « enquête préliminaire » dans une affaire d’assistants parlementaires et de comptes de campagne justifiait-elle un tel déploiement d’effectifs judiciaires et policiers quand le FN et le Modem n’avaient eu droit à de telles perquisitions que lors de la phase dite de l’instruction ?

Comment éviter le soupçon d’une justice « dépendante » et d’un Parquet aux ordres du Ministère de la Justice, même si un Juge des Libertés et de la détention, qui était lui statutairement pleinement indépendant, avait validé le principe de cette perquisition ? Ces images de la semaine en imposaient d’autres, plus anciennes : celle d’un François Fillon pendant le « PenelopeGate » dont la colère avait été beaucoup plus froide et la réaction tout en propos lapidaires et cinglants lorsqu’il avait accusé, là encore devant des caméras, un « cabinet noir » de l’Elysée d’être derrière ses démêlés judiciaires pour perturber sa campagne électorale. Alors bien sûr on se souvenait aussi de responsables politiques s’inclinant devant la justice même lorsqu’ils s’estimaient maltraités par l’institution judiciaire. Mais entre ces deux pouvoirs, Politique et Justice, la relation pouvait-elle ne pas être conflictuelle, le second étant d’ailleurs présenté comme « un contre pouvoir » : et le Politique était-il / pouvait-il être au fond, un justiciable comme les autres ?

Deuxième partie : Arabie Saoudite : quel(s) cadavre(s) dans le placard ?

Chaque jour son lot de révélations dans cette sordide affaire de disparition se déroulant le 2 octobre dernier au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul. Le média turc Yeni Şafak ne nous épargnait cette semaine aucun détail qu’il disait tenir des services de renseignements d’Erdogan : dès son entrée au consulat saoudien, Khashoggi aurait été torturé pendant un interrogatoire au cours duquel il aurait eu plusieurs doigts coupés, il aurait été ensuite décapité et son corps démembré par des agents saoudiens à l’intérieur du consulat, lesquels écoutaient de la musique pendant l’opération sur les conseils du médecin légiste venu spécialement de Riyad pour l’occasion, la musique permettant « d’apaiser la tension lorsque l’on effectue un tel travail » l’entendait-on dire sur un enregistrement que se serait procuré les Turcs.

L’opération de démembrement aurait duré 7 minutes pendant lesquelles la victime était toujours vivante et consciente bien qu’ayant subi une injection de produit calmant.  On apprenait également que Khashoggi n’était pas un journaliste lambda, mais un homme qui aurait travaillé au cœur même du système saoudien, ancien conseiller du prince Tourki ben Fayçal, chef des services de renseignement des services secrets saoudiens et cousin de Mohammed Ben Salman.

Lequel Mohammed Ben Salman, choisi par son père le roi pour être son dauphin au mépris de la tradition qui voulait que jusque-là le trône se transmette de frère en frère, commençait à avoir beaucoup d’ennemis : tous ceux, princes, cousins, VIP du royaume enfermés au Ritz-Carlton de Riyad officiellement au nom de la lutte contre la corruption, mais aussi les religieux conservateurs opposés à ses réformes libérales - permis de conduire pour les femmes, réouverture des salles de concert et cinéma, sans oublier le long cortège de militants des droits de l’homme enfermés à tour de bras. Et tous les morts de la guerre au Yémen déclenchée par MBS, ministre de la Défense. Cela faisait beaucoup de cadavres dans les placards de MBS…  

Le conseil de lecture d'Hubert Védrine

Christine Ockrent, Mohammed Ben Salman. Le Prince mystère de l'Arabie, éditions Robert Laffont 

Intervenants
  • éditorialiste au Monde
  • directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, directeur des études d'Euro RSCG Worlwide.
  • Professeur des Universités à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol)
  • diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand
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