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Emmanuel Macron rend hommage à Simone Veil au Panthéon, 1er juillet 2018 / Big Ben dans la brume, Londres

Terrorisme, Algérie, Centenaire 1918 : quel récit national nous propose Emmanuel Macron ? / Brexit : point mort ou marche arrière?

59 min
À retrouver dans l'émission

L'Esprit Public en public du Théâtre de l'Odéon, avec l'économiste Daniel Cohen, la journaliste du Monde Sylvie Kauffmann, l'essayiste Philippe Manière et l'ancien Ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine.

Emmanuel Macron rend hommage à Simone Veil au Panthéon, 1er juillet 2018 / Big Ben dans la brume, Londres
Emmanuel Macron rend hommage à Simone Veil au Panthéon, 1er juillet 2018 / Big Ben dans la brume, Londres Crédits : LUDOVIC MARIN / ADRIAN DENNIS - AFP

Première partie : Terrorisme, Algérie, Centenaire 1918 : quel récit national nous propose Emmanuel Macron ?

La reconnaissance d'un système légal français dans la disparition de Maurice Audin, mathématicien communiste d'Alger, et en même temps une enveloppe de 40 millions pour les familles de Harkis, la préparation active des commémorations pour le centenaire du 11 novembre et pour les 60 ans de la Ve République : en cette rentrée compliquée, Emmanuel Macron semblait trouver refuge dans l'Histoire. Il était vrai aussi que depuis son élection, le jeune Président se posait en grand réconciliateur des mémoires. En s'attelant à celles, douloureuses et multiples, de l'Algérie Française, peut-être Emmanuel Macron pensait-il aussi à Jacques Chirac et à son grand discours du Vel d'Hiv qui avait osé nommer la responsabilité de l'Etat français, considérant que 53 ans après les faits, la France y était prête. Mais celui qui inspirait sans doute le plus le jeune président, c'était Charles de Gaulle, le Général dont Emmanuel Macron avait posé les Mémoires de guerre bien en évidence sur son bureau pour qu'elles figurent sur la photo officielle de son quinquennat. Cet illustre prédécesseur qu'il se préparait à célébrer sans fin ces prochaines semaines : jeudi prochain, le 4 octobre, Emmanuel Macron se rendrait sur la tombe du Général à Colombey pour lancer l'anniversaire de la Ve République. L'Elysée qui avait aussi prévu de célébrer en grande pompe en 2020 les 50 ans de la mort du Général et les 80 ans de l'appel du 18 juin. 

Le roman ou récit national réclamait comme tout roman des héros et des épisodes forts. Macron choisissait à dessein De Gaulle, figure du dépassement des partis et des clivages, d'une France debout, grandiose et résistante, mais aussi d'un style présidentiel où le Président triomphait sur la scène internationale, laissant à d'autres les dossiers du quotidien. 

Macron né en 1977 se disait et se sentait libre de choisir à sa guise les grandes figures de son récit, et la mise en scène : en novembre, pour le centenaire de 1918, il marcherait, plusieurs jours durant sur les sites des champs de bataille dans une inédite "déambulation mémorielle" avant de convier les grandes dirigeants de la planète dont Donald Trump - de nouveau. Pour commémorer l'horreur de la guerre, une victoire française et la valeur des "Alliés". Entre les événements, il faudrait continuer d'écrire cet autre récit national, qui se racontait aussi au présent : le budget, les réformes. "La gloire se donne seulement à ceux qui l'ont toujours rêvée" avait écrit un jour un grand romancier. Il s'appelait Charles de Gaulle ! 

Deuxième partie. Brexit : point mort ou marche arrière ?

La Grande Bretagne n'en finissait pas de ressasser l'humiliation de Salzbourg. Le 20 septembre dernier, l'orgueil britannique en avait pris un coup : à l'occasion d'un sommet européen des 27, Teresa May s'était vu retoquer son plan de Chequers, dont elle disait qu'il était un formidable compromis pour éviter le "no deal" ou "hard brexit", lui qui proposait un maintien de facto du Royaume-Uni dans le marché unique européen avec maintien des règles européennes en matière de sécurité. Teresa May n'avait pas vu venir la surprenante unité retrouvée des Européens sur le dos de la Perfide Albion, cohésion inattendue des 27, tous brusquement en phase pour refuser de laisser les Anglais accéder au marché européen après le Brexit, car ils ne manqueraient pas alors de pratiquer le dumping, soit des marchandises à prix cassés, ayant retrouvé leur autonomie sur leurs services financiers. 

Digérer Salzbourg, donc, et en mesurer les conséquences en termes de politique intérieure puisque ces prochains jours auraient lieu la grand messe annuelle du parti conservateur à Birmingham, et celle du Labour, à Liverpool. Comment Teresa May ferait-elle pour résister désormais à la concurrence des pro hard Brexit de son part, comment ferait-elle pour garder la main, elle qui avait perdu la face ? Quant à l'opposition travailliste, réussirait-elle à surfer sur les déboires de la première Ministre, ce dont rêvait Jeremy Corbyn ? Corbyn eurosceptique de gauche qui devait entendre que d'autres au Labour n'excluaient plus de revenir sur le Brexit. En attendant, les Europhiles pouvaient au moins se réjouir d'un chose : d'avoir de nouveau entendu la voix devenue si rare d'une Union européenne à l'unisson. Et de se raccrocher à l'idée que, s'il semblait si difficile de divorcer de l'Europe, c'était bien qu'elle avait encore un je ne sais quoi d'infiniment séduisant. 

Intervenants
  • Économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure
  • éditorialiste au Monde
  • Président et co-fondateur de la société de conseil Vae Solis Communications
  • diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand
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