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Thématique : L e Printemps arabe - François Bujon de l'Estang

58 min
À retrouver dans l'émission

L e Printemps arabe - François Bujon de l'Estang

Après les révolutions tunisienne et égyptienne l’hiver dernier, une vague de contestation balaie plusieurs pays du Maghreb et de la péninsule arabique. En Tunisie, le président Ben Ali a quitté le pays mi-janvier. Il a été condamné par contumace à 35 ans de prison et 45 millions d’euros d’amende, pour détournement de fonds publics, il y a trois semaines. En Egypte, le président Hosni Moubarak a démissionné mi-février et son procès doit s’ouvrir début août, tandis que l’armée au pouvoir a annoncé la tenue d’élections législatives au mois de septembre. En Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé des réformes en avril et a encouragé la réunion d’états généraux de la société civile il y a un mois, sans calmer les revendications de la population pour autant. Au Yémen, à Bahreïn et à Oman, ainsi qu’en Libye et en Syrie, la répression des pouvoirs en place est plus violente. Le président du Yémen Ali Abdullah Saleh a été blessé début juin dans un attentat, et a été remplacé à la tête du pays par le vice-président. A Barheïn, la population en majorité chiite s’oppose au roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa, sunnite, qui a levé début juin l’état d’urgence proclamé le 15 mars. En Libye, l’Est du pays est contrôlé par les rebelles, appuyés par les forces de l’Otan entrées en action militaire depuis le 31 mars. En dépit des offensives sur Tripoli, le colonel Kadhafi rejette fermement toute idée de départ. Enfin, en Syrie, le président Bachar Al-Assad réprime l’opposition de manière sanglante depuis 3 mois, malgré les condamnations de la communauté internationale.

François Bujon de l’Estang, vous êtes conseiller pour les affaires internationales de Citigroup France, dont vous avez été président de 2003 à 2010. Vous êtes également membre des comités de rédaction de la Revue des Deux Mondes et de l’édition française de Foreign Policy . Vous avez été Conseiller du Premier Ministre pour les Affaires Diplomatiques, la Défense et la Coopération auprès de Jacques Chirac entre 1986 et 1988, puis ambassadeur de France au Canada (1989-1991) et aux Etats-Unis (1995-2002). Vous avez publié en avril dans la Revue des Deux Mondes un article intitulé « Printemps arabe : l’embarras des diplomaties occidentales».

Vous écrivez que « les observateurs du monde arabe percevaient depuis des années le développement d’un malaise économique et social persistant, nourri par une démographie incontrôlée, le chômage massif des jeunes, l’absence de toute perspective entretenue par une vie publique cadenassée ne laissant aucun espace aux libertés, l’omniprésence de la corruption et la sclérose de régimes en place depuis trop longtemps, fermés à toute évolution » . Vous vous intéressez principalement à la difficulté des diplomaties occidentales à appréhender le phénomène. Selon vous, cette difficulté s’explique par la soudaineté du soulèvement et parce que depuis 1979, « les gouvernements occidentaux ont littéralement pactisé avec ces régimes renversés ou contestés, tout en les sachant parfaitement autocratiques et corrompus, au nom de la nécessité de faire barrage au développement de l’islamisme et de lutter contre le terrorisme » . Vous rappelez que les Etats-Unis et l’Union européenne sont engagés à des degrés divers dans la région. L’Arabie saoudite, écrivez-vous « reste la clef du dispositif stratégique américain au Moyen-Orient et dans la région du Golfe » , car la péninsule arabique assure l’approvisionnement des Etats-Unis en pétrole, et parce qu’elle demeure opposée à l’Iran. De son côté, l’Union Européenne, que des accords d’aide et d’association lient aux 3 pays d’Afrique du Nord, est plus préoccupée par la Libye et le Maghreb. Selon vous, « l’Union se sent directement concernée par les problèmes d’approvisionnement en hydrocarbures, comme par les problèmes d’immigration » . Vous évoquez le « naufrage de la diplomatie française » et soulignez qu’Israël, « cette seule démocratie du Moyen-Orient, n’a jamais exprimé la moindre sympathie pour les aspirations à la liberté qui s’y exprimaient » . A vos yeux, « les Etats-Unis sont la seule puissance qui donne l’impression de s’être tirée jusqu’à présent sans accroc d’une situation riche en danger, et peut-être même d’avoir gagné en crédit auprès des masses arabes » . Vous affirmez que Barack Obama « est parvenu à donner l’impression d’être du bon côté de l’Histoire » . Ce comportement tient pour vous à quatre facteurs : le poids des Etats-Unis et leur importance dans la région, la personnalité de Barack Obama, son discours du Caire de 2009, qui « recherchait des convergences profondes entre les valeurs de l’Amérique et celles de l’islam » , et enfin l’habileté de la diplomatie américaine. François Bujon de l’Estang, pensez-vous que l’attitude des diplomaties occidentales lors de ce « printemps arabe » leur soit préjudiciable à long terme ? Où mèneront ces révolutions ?

Intervenants
  • Député Modem des Hauts de Seine, vice-président de la commission des affaires européennes et ancien député européen, essayiste
  • directeur général de Terra Nova
  • Correspondante à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung
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