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Thématique : Le "tourisme mémoriel" autour de la guerre de 14, avec Stéphane Audoin-Rouzeau

59 min
À retrouver dans l'émission

Stéphane Audoin-Rouzeau, vous êtes directeur d’études à l’EHESS. Spécialiste de la Première Guerre mondiale et de son histoire culturelle, vous vous êtes intéressé aux combattants des tranchées, à la violence de guerre, aux « enfants de l’ennemi », aux mécanismes du deuil individuel, à la « guerre des enfants ». Vous faites partie de la « troisième génération d’historiens », qu’Antoine Prost appelle la « génération de 1992 », année de l’ouverture de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, dont vous présidez le Centre de recherche, et vous publiez en Août Quelle histoire, un récit de filiation (1914-2014) (Seuil, 2013).

C’est en 1917 que parut en France le premier Guide Michelin des champs de bataille , qui concernait le front occidental, libéré, et avait pour titre : Champs de bataille de la Marne. L’Ourcq, Meaux, Senlis, Chantilly . Dédié à la mémoire des ouvriers de la firme Michelin tombés pour la patrie, le guide précisait dans un avertissement au lecteur : « Nous avons essayé de réaliser, pour les touristes qui voudront parcourir nos champs de bataille et nos villages meurtris, un ouvrage qui soit à la fois un guide pratique et une histoire », et de préciser que la visite des champs n’était pas conçue ici comme « une simple course dans les régions dévastées, mais bien comme un véritable pèlerinage. ». Il s’agissait, pour reprendre l’expression de Jean-Jacques Becker, d’un « tourisme immédiat », auquel a peu à peu succédé, au fur et à mesure de l’éloignement dans le temps, un tourisme dit « de mémoire ». Dans un article publié dans Le Monde en 2004, vous constatiez, Stéphane Audoin-Rouzeau, que l’intérêt pour la Première Guerre mondiale avait « redémarr[é] à la fin des années 1980. ». En 2010, une étude estimait que les sites mémoriels avaient attiré près de 6,2 millions de visiteurs en France. Les lieux consacrés au souvenir de la Première Guerre mondiale sont de nature et d’âge divers : musées, cimetières, nécropoles et cénotaphes, parcours sur les champs de bataille et vestiges. En 2011, un Musée de la Grande Guerre a été inauguré dans le Pays de Meaux. Dans la Meuse, le touriste peut visiter le Mémorial de Verdun, inauguré en 1967 les forts de Douaumont et de Vaux, ou encore l’ossuaire de Douaumont, où reposent les restes de 130.000 soldats non identifiés. Le musée du Chemin des dames, installé dans la « Caverne du Dragon » (Drachenhöhle ), a ouvert en 1969. Dans la Somme, le Conseil général estime que le tourisme de mémoire attire environs 400.000 visiteurs chaque année, dont de nombreux britanniques. Un « circuit du souvenir » de 92 km a été établi, qui passe par les principaux lieux du champ de bataille qui, entre le 1er juillet et le 18 novembre 1916, mit 420.000 britanniques, 202.500 Français et 335.000 Allemands hors de combat (morts, disparus ou blessés). Le mémorial de Thiepval, inauguré en 1932, fut construit sur une initiative britannique pour rendre hommage aux quelques 73.000 soldats britanniques et sud-africains dont les dépouilles n’ont jamais pu être inhumées. A cette diversité des types de lieux s’ajoute une grande disparité dans les approches nationales : alors qu’en France et Angleterre, la mémoire de 14 est toujours vive, en Allemagne, on peut parler, pour reprendre vos termes, Stéphane Audoin-Rouzeau, d’une « coupure mémorielle » liée à la culpabilité de la période nazie et en Russie, d’une « occultation » de la mémoire de 14, la Grande Guerre n’y paraissant que comme un épiphénomène de la révolution bolchévique de 1917.

A la veille du centenaire de 1914, pouvez-vous, Stéphane Audoin-Rouzeau, nous éclairer sur le regain d’intérêt que suscite le premier conflit mondial dans notre pays depuis les années 1980, et qui se manifeste notamment par le succès de ce « tourisme mémoriel » ? Comment le comprendre, et le situer dans l’Histoire de la Grande Guerre ?

Invités :

  • Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

  • Max GALLO, romancier et historien

  • Michael WIEGEL, correspondante à Paris de la Frankfurter Allgemeine Zeitung

Références :

  • Revue Esprit, mai 2013 : « De quoi se moque-t-on ? » / article 1914 : questions pour une commémoration , par Frédéric Worms, Christophe Prochasson, Stéphane Audoin-Rouzeau, Marc Crépon

  • Le tourisme de mémoire en France , rapport de l’agence Atout France, voir : http://www.atout-france.fr/publication/tourisme-memoire-france

La semaine prochaine : Les « soldats de la honte », avec Jean-Yves Le Naour

Intervenants
  • historien spécialiste de la Grande guerre, professeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
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