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Thématique : Les bouleversements du monde arabe, avec Gilles Kepel

59 min
À retrouver dans l'émission

Gilles Kepel, vous êtes membre de l’Institut Universitaire de France, et professeur à Sciences Po. Orientaliste, vous avez publié de nombreux ouvrages consacrés au monde arabe, parmi lesquels on peut citer notamment Le Prophète et le Pharaon (Gallimard, 1984) et Guerre au cœur de l’Islam (Gallimard, 2004). L’année dernière, vous avez publié deux études consacrées aux banlieues françaises, sous le titre Banlieue de la République et Quatre-Vingt-Treize (Gallimard). Votre dernier livre, Passion arabe , qui paraîtra jeudi prochain, est le journal que vous avez tenu lors d’une série de voyages effectués au Proche et au Moyen-Orient entre mars 2011 et octobre 2012. Vous y analysez les mutations en cours dans le monde arabe, un peu plus de deux ans après l’éclatement des « printemps ».

En Tunisie, lieu de naissance de la vague des révoltes après l’immolation d’un vendeur ambulant à Sidi Bouzid, en décembre 2010, c’est le parti islamiste Ennahda qui est arrivé en tête aux élections à l’Assemblée constituante en octobre 2011, neuf mois après le départ de Ben Ali. Hamadi Jebali, l’un des leaders du parti, est devenu Premier ministre en décembre 2011, et Ennahda a formé une « troïka » avec le Congrès pour la République de Moncef Marzouki, devenu Président, et Mustapha Ben Jafar, du parti Ettakatol, auquel est revenue la présidence de l’Assemblée constituante. Depuis l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd le 6 février dernier, le pays est plongé dans une crise politique. Hamadi Jebali a démissionné le 19 février. Le Ministre de l’intérieur, Ali Larayedh, a été désigné pour lui succéder.

En Egypte, les prochaines élections législatives devraient se tenir fin avril. Après le départ d’Hosni Moubarak en février 2011, les élections législatives de janvier 2012 ont été marquées par la victoire des partis islamistes et des Frères Musulmans. Leur candidat, Mohamed Morsi, a été élu Président de la République le 17 janvier 2012. Fin décembre, la nouvelle constitution a été adoptée par 63,9% des suffrages, avec un taux de participation inférieur à 33%.

En Libye, la rébellion déclenchée à Benghazi en février 2011 a conduit en octobre 2011 à la chute de Mouammar Kadhafi, après l’intervention des forces militaires de l’OTAN. Aux élections, en juillet 2012, du Congrès National, assemblée législative et constituante de 200 membres, la coalition menée par l’ancien premier ministre Mahmoud Djibril est arrivée en tête du scrutin, devant les Frères musulmans. Il n’y a pas eu, comme en Tunisie et en Egypte, de victoire nette des partis islamistes, divisés dans ce pays en une demi-douzaine de formations. Le 11 septembre dernier, l’ambassadeur américain J. Christopher Stevens a trouvé la mort dans un attentat contre le consulat américain de Benghazi, imputé à la mouvance salafiste radicale.

A Bahreïn, pays que vous décrivez comme étant la « zone tellurique à haut risque sur la ligne de faille entre chiites et sunnites », le troisième des « printemps arabes » a été écrasé par les chars saoudiens, en mars 2011. Au Yémen, Abd Rabbou Mansour Hadi a succédé en février 2012 à l’ancien président Saleh, qui lui a cédé le pouvoir suite au mouvement de contestation déclenché en décembre 2010 par des étudiants, rejoints par une partie de l’armée et de l’opposition.

En Syrie, depuis le déclenchement des contestations du pouvoir en février 2011, et les premières balles tirées sur les manifestants en mars de la même année, la répression orchestrée par Bachar el-Assad a fait plus de 70.000 morts, d’après l’ONU.

Gilles Kepel, dans un article paru dans Le Monde quelques jours après l’attaque du Consulat américain à Benghazi en septembre dernier, vous analysiez le « défi des jeunes démocraties arabes » et la menace qu’y représente le salafisme. Vous ouvriez cette analyse par deux questions, que j’aimerais vous adresser pour ouvrir notre discussion : « Le printemps arabe n’a-t-il été qu’une illusion, dissipée par la réapparition des vieux démons du djihadisme et de la « guerre contre la terreur » ? La démocratisation du monde arabe a-t-elle avortée ?

Invités :

Gilles KEPEL, membre de l’Institut Universitaire de France

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

Max GALLO, romancier et historien

Thierry PECH, directeur de la rédaction d’Alternatives économiques

Référence :

  • « Si les élites arabes négligent le social, l’ombre du 11 septembre se propagera », Gilles Kepel, Le Monde , 19 septembre 2012
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