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Thématique : Les fractures françaises - Christophe Guilluy

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À retrouver dans l'émission

Les fractures françaises - Christophe Guilluy

Christophe Guilluy, vous êtes géographe et chercheur auprès de collectivités locales et d’organismes publics. Vous avez publié en octobre 2010 aux éditions François Bourin un ouvrage intitulé Fractures françaises. Vous êtes également l’auteur d’un Atlas des nouvelles fractures sociales en France : les classes moyennes oubliées et précarisées , paru aux éditions Autrement en 2004 et d’un Atlas des fractures françaises : les fractures françaises dans la recomposition sociale et territoriale , publié chez L’Harmattan en 2000.

Dans Fractures françaises , vous affirmez que la conception dominante d’une « société sans conflit, moyennisée, multiculturelle et consensuelle » masque l’existence de « graves fractures sociales et culturelles », dont les « couches populaires sont les premières victimes ».Vous dénoncez aussi l’image caricaturale d’une France où s’opposeraient d’un côté une minorité « d’exclus issus des minorités ethniques » et de l’autre une majorité d’inclus : les banlieues d’une part et les autres territoires d’autre part.

Selon vous, la « classe moyenne majoritaire et bénéficiaire de la mondialisation », n’existe pas. C’est un mythe entretenu par la « disparition des couches populaires de la sphère médiatique, culturelle et politique ». L’« invisibilité » de ces couches populaires évacue l’idée même de conflit, écrivez-vous, alors que ces couches se situent à l’« épicentre de la question sociale ». Pour vous, cette « image en trompe-l’œil » est imputable à l’absence d’un véritable débat sur les conséquences de la « mondialisation libérale et du multiculturalisme » qui élargissent les fractures. C’est une véritable « entreprise idéologique » que vous entendez mettre au jour, dont les instigateurs sont les « élites dominantes » qui rêvent d’une « société métissée et apaisée ». Vous dénoncez également « l’influence médiatique, culturelle et idéologique considérable » des quartiers sensibles qui ne représentent que 7% de la population, et occultent les difficultés des « couches populaires » pourtant majoritaires. A vos yeux, le diagnostic social et économique négatif qui est fait des banlieues ne prend pas en compte la « mobilité » de ces territoires, mobilité qui explique pour partie la « persistance des difficultés ».

Vous dessinez une nouvelle géographie sociale de la France en faisant apparaître une fracture croissante entre une France métropolitaine d’un côté et une France périphérique de l’autre. Vous démontrez ainsi l’existence d’un exode urbain des couches populaires rejetées hors de la ville vers les territoires périurbains, ruraux et industriels, et notamment les petites et moyennes communes. Cet exode se double de pratiques d’évitement résidentiel ou scolaire, une « nouveauté » pour les couches populaires, qui « évitent désormais soigneusement les quartiers ethnicisés ». Les « couches populaires » révèlent ainsi pour vous une profonde crise du « vivre ensemble » qui touche l’ensemble de la société française.

Affirmer que la France a résisté à la mondialisation libérale et au multiculturalisme relève ainsi pour vous d’une « pensée magique républicaine » qui ne résistera pas longtemps et met en péril la cohésion nationale. Pour vous, il est urgent de reconnaître et de débattre de ces nouvelles fractures qui seront « demain au cœur du débat politique » et à l’origine d’une recomposition politique profonde. Christophe Guilluy, selon vous, quel rôle joueront les « fractures françaises » dans les prochaines échéances politiques ?

Intervenants
  • Député Modem des Hauts de Seine, vice-président de la commission des affaires européennes et ancien député européen, essayiste
  • Romancier et historien
  • directeur général de Terra Nova
L'équipe
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