LE DIRECT

Thématique : Les fractures territoriales françaises, avec Laurent Davezies

59 min
À retrouver dans l'émission

Laurent Davezies, vous êtes économiste, professeur titulaire de la chaire « Economie et développement des territoires » au Conservatoire National des Arts et Métiers, et consultant auprès de plusieurs organismes publics. Vous avez publié en 2008 au Seuil La république et ses territoires , et en octobre dernier La crise qui vient. La nouvelle fracture territoriale .

Dans cet ouvrage, si vous rappelez que « la spécialisation des régions [est] un phénomène ancien », c’est pour mieux montrer que les inégalités territoriales ne cessent de s’accentuer en France, où « la crise a fait exploser plusieurs formes d’inégalités territoriales » et a « véritablement fracturé le pays ». Vous analysez cette « nouvelle fracture » en distinguant quatre France : une « France productive, marchande et dynamique, concentrée dans les plus grandes villes, où se forgent les nouveaux atouts de la compétitivité du pays », dans laquelle vit 36% de la population une « France non productive, non marchande et pourtant dynamique, située à l’ouest d’une ligne Cherbourg-Nice », « qui vit d’une combinaison de tourisme, de retraites et de salaires publics », rassemblant 44% de la population une « France productive, marchande et en difficulté, composée de bassins industriels déprimés, principalement dans la moitié nord du pays », « dont le déclin semble difficile à enrayer » et qui regroupe 8% de la population et enfin une « France non productive, non marchande et en difficulté, située également dans le nord-est du pays et faite de territoires si frappés par le déclin industriel qu’ils dépendent essentiellement de l’injection de revenus sociaux », regroupant 12% de la population.

Vous analysez le risque politique que présente la déstabilisation des territoires les plus en difficultés, rappelant l’analogie entre la géographie des zones sinistrées par la crise, en termes de pertes d’emploi, et celles où le Front National a connu ses meilleurs résultats au cours des dernières élections, notamment au premier tour de la présidentielle en 2012. Ces « territoires périurbains ruraux (…), loin des élites politiques, font l’objet du mépris des urbanistes et des intellectuels, et de la haine des écologistes qui leur reprochent leur empreinte environnementale excessive. (…). Cette stigmatisation qui ne dit pas son nom est une triste réponse à leur paupérisation, bien réelle, et à leur sentiment d’abandon », écrivez-vous. A l’opposé, les métropoles, ont pour la première fois depuis la crise de 1974, été largement protégées des effets de la crise. En raison de l’assèchement des finances publiques, qui avaient jusque là permis de contenir les inégalités territoriales, vous écrivez que « la France est à la veille d’un choc nouveau et autrement plus brutal que les précédents » : « les territoires sont et seront de moins en moins protégés », si bien que la « fracture territoriale » menace aujourd’hui de « devenir un gouffre ».

« Le « redressement productif » de la France, dans un contexte de croissance molle et avec une dette publique écrasante, apparaît aujourd’hui comme la seule voie permettant le maintien du modèle social français, écrivez-vous en conclusion de ce livre. Pourtant, les conditions de ce redressement, fondé sur les zones d’emploi les plus performantes, impliquent un creusement des disparités territoriales. Faudra-t-il bientôt choisir entre l’égalité territoriale et l’efficacité économique ? ». Laurent Davezies, c’est sur cette question, d’ordre politique, que j’aimerais vous interroger pour ouvrir notre discussion. De quelles marges de manœuvre dispose à votre sens le pouvoir politique face à l’aggravation de la « fracture territoriale » ? Faut-il en effet renoncer à l’objectif de « l’égalité territoriale » au profit de « l’efficacité économique » ?

Invités :

Laurent DAVEZIES, économiste, professeur au Conservatoire national des arts et métiers

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

Max GALLO, romancier et historien

Thierry PECH, directeur de la rédaction d’Alternatives économiques

Références :

  • « La France périphérique et marginalisée : les raisons du ressentiment », entretien avec Laurent Davezies et Christophe Guilluy, paru dans le n°393 de la Revue Esprit (mars-avril 2013).

  • Jean-Pierre Le Goff, La fin du village (Gallimard, 2012)

L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......