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Thématique : Les pays du monde arabe, avec Olivier Roy

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À retrouver dans l'émission

Olivier Roy, vous êtes directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Institut universitaire européen de Florence, où vous dirigez le programme Méditerranée. Vous avez travaillé sur l’islam politique et notamment sur l’Afghanistan, l’Iran et les pays du Moyen-Orient. Dernièrement, vous avez publié Le Croissant et le chaos (2007) et La Sainte Ignorance (2008). En 1992, vous aviez fait paraître aux éditions du Seuil un ouvrage intitulé L’Echec de l’Islam politique , dans lequel vous démontriez la défaite de l’islamisme comme idéologie politique.

Un an après les révolutions du « printemps arabe », la situation politique de pays tels que l’Egypte, la Tunisie ou le Maroc semble à première vue apporter un démenti à cette thèse. En Egypte, Mohamed Morsi, candidat des Frères musulmans, a obtenu 51,7 % des voix au second tour de l’élection présidentielle, le 17 juin dernier, battant ainsi le général Ahmed Chafik, ancien Premier ministre d’Hosni Moubarak. Le taux d’abstention au second tour a atteint 48 % lors de ce scrutin. Les élections législatives organisées en janvier avaient été remportées par le parti de la liberté et de la justice, émanation des Frères musulmans, avec environ 45 % des suffrages, suivi par le parti salafiste Al-Nour (« Parti de la Lumière », 22,5 %). La révolution égyptienne avait commencé le 25 janvier 2011, avec l’occupation de la place Tahrir, au Caire. Elle avait abouti à la chute du président Moubarak le 11 février 2011, condamné à la réclusion à perpétuité en juin dernier.

En Tunisie, l’après Ben Ali, a été marqué par la victoire du parti Ennahda (« la Renaissance ») lors de l’élection de l’assemblée constituante. La formation islamiste a obtenu 89 sièges, devenant ainsi la première force politique du pays, devant le Congrès pour la République de Moncef Marzouki (29 sièges). A la suite d’un accord entre les principaux partis formant une « coalition d’intérêt national », M. Marzouki est devenu président de la République le 12 décembre 2011, tandis qu’Hamadi Jebali, membre d’Ennahda, obtenait le poste de Premier ministre. Au printemps dernier, Rached Ghannouchi, leader d’Ennahda, a annoncé que son parti respecterait l’article premier de la Constitution tunisienne, qui stipule que « la Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, sa religion est l'islam, sa langue, l'arabe, et son régime, la République ». Cette déclaration a ainsi exclu toute référence à la charia (la loi islamique) dans la future Constitution.

Au Maroc, le Parti de la justice et du développement (islamiste) a remporté les élections législatives organisées en novembre 2011. Il a obtenu 27 % des suffrages, soit 107 sièges sur 395, et compte ainsi 61 députés supplémentaires par rapport à l’Assemblée élue en 2007. Le leader de ce parti, Abdelillah Benkirane, a été nommé chef du gouvernement par le roi Mohammed VI le 29 novembre.

En Turquie, en juin 2011, le parti AKP (Parti pour la justice et le développement) du Premier ministre Erdogan a obtenu 49,9 % des voix et la majorité absolue à la Grande assemblée nationale de Turquie. Il s’agit de la troisième victoire consécutive pour ce parti islamo-conservateur, au pouvoir depuis 2002. L’AKP est régulièrement cité en modèle par les partis islamistes présents dans les pays du Moyen-Orient, pour sa capacité à concilier islamisme et démocratie.

En Libye, le Conseil national de transition (CNT) assure l’exercice du pouvoir depuis le renversement du dictateur Mouammar Kadhafi et sa mort, survenue au cours d’une embuscade rebelle le 20 octobre dernier, aux environs de Syrte. Le CNT espère mettre en place une nouvelle Constitution en 2013. La guerre civile avait commencé à Benghazi, le 17 février 2011. Un mois plus tard, le 17 mars, le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait adopté la résolution 1793, autorisant des frappes aériennes contre les forces de Kadhafi pour protéger les populations civiles.

L’Iran, pour sa part, est depuis 1979 une république théocratique islamique : toutes les institutions obéissent aux principes de la loi coranique. La Constitution iranienne place l’ensemble des institutions sous l’autorité du Guide Suprême, l’ayatollah Khamenei depuis 1989 et la mort de l’ayatollah Khomeyni. Le président de la République, Mahmoud Ahmadinejad a été réélu en juin 2009, à l’issue d’un scrutin contesté par l’opposition.

Olivier Roy, vous défendez l’idée selon laquelle, malgré les évolutions récentes que je viens d’évoquer, nous serions entrés dans une ère post-islamiste. Dans un article publié en décembre dans la revue Esprit , vous insistez sur les processus de sécularisation et d’autonomisation du champ politique reconnus par les différentes formations islamistes. Selon vous, si « le religieux fait (…) retour avec le printemps arabe, il revient sous la forme de la question identitaire. (Or) la question religieuse posée en termes d’identité est, écrivez-vous, parfaitement compatible avec la démocratisation. » Pourriez-vous nous éclairer sur cet apparent paradoxe selon lequel l’institutionnalisation d’un parti islamiste signifierait l’échec de l’islamisme en tant qu’idéologie ? Cette grille de lecture peut-elle selon vous s’appliquer à l’ensemble des pays concernés par l’islam politique ?

Invités :

Olivier ROY, professeur à l’Institut Universitaire européen de Florence et directeur de recherche au CNRS

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

Max GALLO, romancier et historien

Thierry PECH, directeur de la rédaction d’Alternatives économiques

Référence :

Olivier Roy, « L’entrée dans une ère postislamiste ? », Esprit , décembre 2011

Programme de la suite des émissions thématiques d’été :

  • 19 août : La Chine, avec François Godement

  • 26 août : Le Brésil, avec Jean-Pierre Langellier

Intervenants
  • politologue spécialiste de l’islam, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence (Italie)
L'équipe
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