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Thématique : L'état de l'industrie française, avec Jean-Louis Beffa

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« L’industrie française atteint aujourd’hui un seuil critique, au-delà du quel elle est menacée de destruction », écrivait Louis Gallois, l’ancien PDG d’EADS, dans le rapport sur la compétitivité remis au Premier ministre en novembre dernier. La part de l’industrie dans la valeur ajoutée de notre pays est passée de 18% en 2000 à un peu plus de 12,5% en 2011, plaçant la France au 15ème rang des pays de la zone euro. D’après les chiffres publiés par l’Insee en début d’année, la production industrielle a chuté de 2,2% l’an dernier. Le recul est encore plus net dans l’industrie manufacturière (hors énergie et mine), en particulier dans l’automobile et le raffinage. 266 sites industriels ont fermé l’an dernier, soit 42% de plus qu’en 2011, selon les chiffres publiés début février par la société de veille économique Trendeo. En trente ans, le secteur industriel a perdu 2 millions d’emplois et le solde de la balance commerciale est passé d’un excédent de 3,5 milliards d’euros en 2002 à un déficit de 67,2 milliards en 2012.

Jean-Marc Ayrault a présenté en novembre le « Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi » du gouvernement. Pour diminuer le coût du travail, un « crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi » d’un montant de 20 milliards d’euros pour les entreprises a été mis en place. Pour le financer, la TVA sera augmentée en 2014. Fin décembre, le Parlement a adopté le projet de loi créant la Banque Publique d’Investissement (BPI), organisme détenu à parité par l’Etat et par la Caisse des dépôts et consignations. Début mai, Jean-Marc Ayrault déclarait : « Nous envisageons, dans un certain nombre d’entreprises publiques où le taux de participation de l’Etat en tant qu’actionnaire est très important, [de pouvoir] en dégager une partie pour financer l’investissement ». « Ce n’est pas le retour des privatisations », a toutefois précisé le Ministre de l’économie et des finances Pierre Moscovici.

Jean-Louis Beffa, vous avez été président directeur général de Saint-Gobain de 1986 à 2007, après en avoir été le directeur général et y être entré en 1974, comme directeur du Plan. Vous en avez présidé le Conseil d’administration jusqu’en 2010, et êtes aujourd’hui Président d’honneur de la Compagnie. Vous êtes directeur de la branche Asie de la banque Lazard, co-président du Centre Cournot pour la Recherche en économie et, dans un tout autre domaine, président de l’Association pour la Rayonnement de l’Opéra de Paris. Vous êtes l’auteur, avec Gerhard Cromme, président du Conseil de surveillance de Siemens et ancien dirigeant de Thyssen Krupp, d’un rapport sur la compétitivité et la croissance en Europe remis fin mai à François Hollande et Angela Merkel. Dans votre livre La France doit choisir , paru en janvier 2012 aux éditions du Seuil, vous défendiez le « retour d’un Etat stratège ». La France a selon vous changé plusieurs fois de modèle économique au cours des soixante dernières années : au « modèle autocentré » de reconstruction qui a prévalu sous la IVème République a succédé un « modèle commercial-industriel » mis en place par le Général de Gaulle, puis l’adoption d’une « politique libérale financière » par François Mitterrand et Pierre Bérégovoy. Depuis les années 1990, la France se trouverait ainsi dans un « entre-deux », « hybride mais essentiellement libéral-financier ». Vous voyez dans « l’acception de la primauté de l’actionnaire » l’origine de la désindustrialisation française. Vous défendez le modèle commercial-industriel et une action de l’Etat « incitative ». « Rien ne peut remplacer l’industrie », déclariez-vous au moment de la parution de ce livre dans un entretien aux Echos . « En France, l’Etat n’est plus imprégné des intérêts de son industrie. (…) A trop se préoccuper du consommateur, [il] en a oublié l’intérêt de ses producteurs. Cette erreur, nous la répétons depuis dix à quinze ans. Elle explique à elle seule le fossé qui s’est creusé entre l’industrie allemande et la nôtre ». Jean-Louis Beffa, vous faisiez ce constat en janvier 2012. Plus d’un an après l’élection de François Hollande, comment analysez-vous l’action du gouvernement en matière de politique industrielle ? Pouvez-vous nous aider à la replacer dans l’Histoire de l’action publique en la matière dans notre pays ?

Avec :

  • Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

  • Max GALLO, romancier et historien

  • Thierry PECH, directeur de la rédaction d’Alternatives Economiques

La semaine prochaine : Marseille, avec Jean Viard

Référence citée dans l’émission :

http://www.rapportbeffacromme.eu/

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