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Thématique : L'Inde, avec Christophe Jaffrelot

59 min
À retrouver dans l'émission

L’évolution de la République d’Inde a été marquée ces dernières années par une série de paradoxes. Sur le terrain économique en premier lieu. Au cours de la décennie qui vient de s’écouler, le pays a connu un taux de croissance annuel moyen supérieur à 7%. Au sein des pays du G20, seule la Chine a fait mieux. Comptant plus d’un milliard deux cent mille habitants lors du dernier recensement de 2011, elle sera le pays le plus peuplé au monde d’ici à 2050, devançant l’Empire du milieu. Ces atouts économiques et démographiques sont à mettre en regard du niveau de pauvreté du pays. Plus de vingt ans après la libéralisation de l’économie, 34% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, 450 millions d’indiens disposant de moins d’un euro par jour. Seuls 7% d’une classe d’âge accède à l’enseignement supérieur, et les classements internationaux situent l’Inde derrière de nombreux pays d’Afrique sub-saharienne en termes de malnutrition, de mortalité infantile ou d’alphabétisation. L’économie indienne a en outre connu un ralentissement au cours de la dernière année. La croissance sur l’année 2011-2012 n’a été que de 6,9%, l’une des moins bonnes performances du pays depuis 2003. On estime que pour que la croissance contribue à faire reculer la pauvreté, elle doit en Inde dépasser 10%. Le déficit budgétaire atteint 5,9% du PIB. En mars, le ministre de l’économie et des finances Pranab Mukherjee a présenté une série de mesures d’austérité visant à le ramener à 5,1%. Jusque là, l’Inde finançait son déficit pour grande part par les investissements étrangers, mais ceux-ci ont connu un recul depuis 2009, notamment en raison de l’inflation, qui s’élevait à 7,2% en avril dernier.

Sur le terrain politique, le Parti du Congrès est revenu au pouvoir en 2004. L’économiste Manmohan Singh, premier ministre depuis lors, a été reconduit pour cinq ans à la tête du gouvernement à l’issue des élections de 2009. L’année 2011 a été marquée par une série de scandales de corruption, qui ont donné naissance à un mouvement politique mené par l’activiste indien Anna Hazare. Le Parti du Congrès a également connu de nombreux revers aux élections régionales de février, qui ont affaibli la coalition gouvernementale.

Enfin, les relations du pays à ses deux voisins, le Pakistan et l’Afghanistan, sont marquées par l’imbrication d’enjeux politiques, religieux, économiques et militaires. En novembre 2008, la série d’attentats coordonnés qui avaient fait 166 morts à Bombay, avait placé l’Inde et le Pakistan au bord d’un nouvel affrontement (après les quatre guerres de 1947, 1965, 1971 et 1999). La visite du président pakistanais Asif Ali Zardari, qui a rencontré à New Delhi le premier ministre indien en avril, a marqué une embellie diplomatique entre les deux pays, rivaux depuis la partition de 1947. Les contentieux n’en sont pas pour autant effacés : Manmohan Singh a réitéré devant M. Zardari la requête indienne de voir traduit en justice Hafiz Saeed, le chef du groupe islamiste pakistanais Lashkar-e-Taiba. Cette organisation terroriste, partisane du rattachement au Pakistan de l’Etat indien du Cachemire, est soupçonnée d’être le commanditaire des attaques de Bombay. Au mois d’octobre, l’Inde a signé avec l’Afghanistan un accord de partenariat stratégique. Alors que les forces de l’OTAN ont prévu un retrait d’Afghanistan d’ici à 2014, l’Inde peut craindre que le Pakistan ne réactive son soutien aux talibans, et étudie la possibilité d’apporter son appui au président afghan Hamid Karzaï. L’attachement historique du pays à la doctrine du non-alignement ainsi qu’à l’affirmation de sa souveraineté rendent toutefois son implication sur ce terrain diplomatique complexe.

Christophe Jaffrelot, vous êtes directeur de recherche au Centre d’Etudes de l’Inde et de l’Asie du Sud de l’EHESS, ainsi qu’au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences-Po, que vous avez dirigé. Spécialiste de l’Inde et du Pakistan, vous avez consacré de nombreux ouvrages aux deux pays. A l’occasion d’un débat organisé par Le Monde en mars dernier, vous déclariez que « la question de la place que l’Inde veut occuper dans le monde est beaucoup plus compliquée qu’il n’y parait ». Pouvez-vous nous aider à démêler cette complexité, et nous éclairer sur la série de paradoxes que je viens d’évoquer ? Quels sont les mécanismes à l’œuvre dans l’évolution récente de l’Inde, en termes économiques, politiques et géopolitiques ?

Invités :

Christophe JAFFRELOT, chercheur au Centre de Recherches Internationales (CERI) de Sciences-Po

Michaela WIEGEL, correspondante à Paris de la Frankfurter Allgemeine Zeitung

Max GALLO, romancier et historien

Thierry PECH, directeur de la rédaction d’Alternatives économiques

Programme de la suite des émissions thématiques d’été :

  • 29 juillet : L’Europe centrale, avec Jacques Rupnik

  • 5 août : Les Etats-Unis, avec Ezra Suleiman

  • 12 août : Le monde arabe, avec Olivier Roy

  • 19 août : La Chine, avec François Godement

  • 26 août : Le Brésil, avec Jean-Pierre Langellier

Intervenants
  • directeur de recherche au CERI – Sciences Po et au CNRS, spécialiste de l’Inde
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