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Thématique : Pierre Lascoumes – La corruption

59 min
À retrouver dans l'émission

Pierre Lascoumes, vous êtes docteur en droit, diplômé en sociologie et en criminologie, directeur de recherches au CNRS et vous travaillez au Centre d’études européennes de Sciences Po. Vous avez publié un ouvrage intitulé La démocratie corruptible . Arrangements, favoritisme et conflits d’intérêts , aux éditions du Seuil en février. Vous avez également dirigé un ouvrage paru en 2010 aux presses de Sciences Po intitulé Favoritisme et corruption à la française. Petits arrangements avec la probité .

Dans La démocratie corruptible , vous évoquez « divers épisodes auxquels nous avons assisté en France entre juin et septembre 2010 ». Vous prenez l’exemple, sans citer de noms, des affaires impliquant les deux secrétaires d’Etat à la coopération et au Grand Paris Alain Joyandet et Christian Blanc, et de l’affaire qui a conduit au limogeage d’Eric Woerth au mois de novembre. Selon vous, ces affaires ont eu peu de « suites politiques » et ont laissé peu de traces dans la mémoire collective, sinon « la confirmation de la défiance ressentie par les citoyens ». A cet égard, je rappelle que le Cevipof a publié en février une étude indiquant que la confiance à l’égard des institutions et du personnel politique est en baisse à tous les niveaux.

Ces épisodes offrent selon vous « une bonne illustration de la ‘zone grise’ de la démocratie ». Vous définissez cette zone grise comme « une ambivalence collective à l’égard des phénomènes de corruption ». Vous la décrivez comme un écart paradoxal entre « une forte dénonciation symbolique des corruptions » d’une part, et « son acceptation de fait », et même une « large tolérance à l’égard du favoritisme et de la recherche d’avantages individuels », d’autre part. Ces affaires révèlent aussi selon vous « la faiblesse des systèmes d’alerte et les contre-pouvoirs démocratiques» et permettent d’observer « un renversement des responsabilités opéré par les dirigeants », puisque ce sont « les acteurs de la vigilance démocratique qui sont incriminés et non les responsables soupçonnés ». Vous dénoncez enfin les « propos lénifiants » du personnel politique qui « le plus souvent, fait bloc pour minimiser les défiances, endiguer l’opprobre, et maintenir ses avantages ». Vous rappelez néanmoins dans votre ouvrage que la corruption est un phénomène complexe qui ne recouvre pas que des pratiques illégales, mais aussi la transgression de normes informelles. Vous ajoutez que la corruption n’est pas le seul fait des élus : elle implique un «solliciteur » (un individu ou une entreprise) et l’ensemble des citoyens, qui sont « le plus souvent en position de censeur passif » .

Vous parvenez à la conclusion que la corruption est un phénomène « normal », et non une « impasse de la démocratie », qui est selon vous fondamentalement « corruptible », comme toute société organisée. La seule façon de « restreindre les effets négatifs » de la corruption, écrivez-vous « est de les rendre explicites, de les mettre en visibilité ». Pierre Lascoumes, je commencerai par une question qui peut sembler de détail : que pensez-vous de l’évolution de l’emploi en France de l’expression « incivilité » ?

Intervenants
  • Député Modem des Hauts de Seine, vice-président de la commission des affaires européennes et ancien député européen, essayiste
  • Romancier et historien
  • Journaliste, cofondateur de Slate.fr et directeur de la rédaction du magazine Enjeux-Les Échos.
  • Sociologue et juriste
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