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Commémorations du 11 novembre à Paris, 11/111/2015 / Manifestation de Gilets jaunes à Nice, 15/11/18

Gilets jaunes : de quoi leur colère est-elle le nom ? / Trump, Poutine, Brexiters : qui veut la peau de l’Europe ?

58 min
À retrouver dans l'émission

Analyse politique et géopolitique de deux thèmes majeurs de l'actualité de la semaine, avec l'ancienne Ministre de la défense Sylvie Goulard, la philosophe Monique Canto-Sperber, l'ancienne Ministre de la culture Aurélie Filippetti et l'ancien Ministre des affaires étrangères Hubert Védrine.

Commémorations du 11 novembre à Paris, 11/111/2015 / Manifestation de Gilets jaunes à Nice, 15/11/18
Commémorations du 11 novembre à Paris, 11/111/2015 / Manifestation de Gilets jaunes à Nice, 15/11/18 Crédits : Ludovic Marin / Valéry Hache - AFP

Première partie : Gilets jaunes : de quoi leur colère est-elle le nom ? 

Gilets jaunes à Caen, 17 novembre 2018
Gilets jaunes à Caen, 17 novembre 2018 Crédits : CHARLY TRIBALLEAU - AFP

Un peu moins de 300 000 gilets jaunes hier à travers le pays et un mouvement qui allait sans doute se prolonger un peu. Une mobilisation endeuillée par la mort d’une manifestante. L’image de ce millier de personnes se rapprochant de l’Elysée, suivi avec excitation par les caméras des chaines d’info en continu. Des slogans et mots d’ordre divers, de « on n’en peut plus » à « Macron démission ». C’était cela le mouvement des gilets jaunes : une addition de colères, celles de citoyens ordinaires et moins ordinaires, colères agrégées, amplifiées par les réseaux sociaux avant d’être relayés par les médias traditionnels. Un cas d’école de « grass roots » comme disaient les anglo-saxons, des mouvements qui partaient du bas, ne s’appuyaient plus comme jadis sur des syndicats, des partis ou des organisations professionnelles au grand dam de ces derniers qui tentaient malgré tout de ne pas être trop laissés de côté dans cette affaire, de Nicolas Dupont aignan à Jean Luc Mélenchon sans oublier Laurent Wauquiez, Marine Le Pen restant plus prudente… Les Gilets Jaunes ou ce nouvel exutoire anti-taxes, anti-dirigeants, anti-tout, indéfinissable « ras le bol », « colère », « désespoir » parti de la toile, dont on se demandait s’il s’agissait de la version 2018 des jacqueries de l’Ancien Régime, des chemises vertes des années 30, des poujadistes des années 50 et plus récemment des bonnets rouges bretons de 2013, Avant d’écouter aussi ce que nous disaient ces sociologues qui analysaient depuis maintenant pas mal de temps, ce sentiment de déclassement et de décrochage de ces classes moyennes occidentales qui vivaient à la périphérie des villes, de la mondialisation, et de la révolution numérique, qui avaient le sentiment que les services publics fermaient aussi vite que les usines, et qui nourrissait cette résistance à l’impôt. Enfin on se demandait si on n’assistait pas aussi au déferlement d’une colère spécifiquement française, dans ce pays où l’on était si vite déçu par ces dirigeants qu’on élisait en croyant chaque fois à l’homme ou au président providentiel.On entendait, pour finir, l’impuissance de ces dirigeants qui rêvaient de grandes réconciliations nationales sous la bannière bleu blanc rouge ou sous le drapeau européen, et qui ne trouvaient en face d’eux qu’une rouge colère et des gilets jaunes !

Deuxième partie : Trump, Poutine, Brexiteurs : qui veut la peau de l’Europe ?

Cérémonie de commémorations du 11 novembre à Paris, 11 novembre 2018
Cérémonie de commémorations du 11 novembre à Paris, 11 novembre 2018 Crédits : Ludovic Marin - AFP

Dans cette affaire si complexe et confuse du Brexit et de la crise politique que traversait ce week end la Grande Bretagne, il y avait à ce jour 3 issues possibles :

  • Soit  le projet de Teresa May était adopté, qui prévoyait le maintien de l’ensemble du Royaume Uni dans une Union douanière avec l’Europe
  • soit on s’orientait vers un Brexit sans accord avec les Européens
  • soit un retour à la case départ, un nouveau référendum 

Que d’adversité et ce, depuis tant d’années pour l’aventure européenne ! Et qui la voulait encore cette Europe qui avait déclenché cette semaine les tweets rageurs du président américain ? Exaspéré par la volonté française et allemande de relancer le vieux serpent de mer d’une Armée européenne, Trump avait –avec cruauté- rappelé 14/18 et 39/45 et cette Europe incapable de sortir seule de ses conflits, qui devait toujours son salut au grand frère américain. Et puis il y avait eu dimanche 11 novembre cette image qui n’avait échappé à personne : le président Poutine se dirigeant spontanément vers son homologue américain pour lui serrer la main, avant de lui faire le signe du pouce levé, tout sourire, comme s’il félicitait Trump d’avoir calmé les ardeurs européennes du président Macron ; cette Union européenne que Poutine voyait depuis toujours comme une autre forme d’empire, rival, qui menaçait le sien, celui qu’il s’évertuait à reconstruire. Ce 11 novembre 2018 à Paris avait par ailleurs été boycotté par deux dirigeants européens : le polonais Kaczynski qui tenait Macron pour le symbole d’un européanisme détesté. A l’instar de Viktor Orban, le dirigeant hongrois.

Au fond cette semaine, de Budapest à Varsovie, de Moscou à Berlin, et de Washington à Londres en passant par Paris, on se posait la même question : Qui voulait encore de l’Europe ? Qui voulait sa peau ?

Références  / conseils de lecture 

  • Yascha Mounk, Le Peuple contre la démocratie, L'Observatoire, 2018
  • Alexis Spire, Résistance à l’impôt, l’attachement à l’état, Seuil, 2018
  • Soma Morgenstern, Etincelles dans l'abîme - Trilogie
  • Exposition au musée de l'armée à Paris : À L'EST LA GUERRE SANS FIN, 1918–1923
  • Sébastien Haffner, Histoire d'un Allemand,Souvenirs 1914-1933, Actes Sud, 2004
Intervenants
  • Philosophe, directrice de recherche au CNRS, ancienne directrice de l’ENS et ancienne présidente de l'université Paris sciences et lettres (PSL), auteure de plusieurs ouvrages de philosophie antique et philosophie morale contemporaine
  • Femme politique, romancière, ancienne ministre de la Culture dans les gouvernements Ayrault puis Valls
  • Ancienne Ministre de la défense.
  • diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand
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