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>Donald Trump / Recep Tayyip Erdogan le 26 octobre 2018 à Ankara  / Salle de cours

Attentat antisémite dans l’Amérique de Trump / Affaire Khashoggi, sommet d'Istanbul sur la Syrie : Erdogan au centre du jeu ? / France : Violences scolaires : Jean-Michel Blanquer est-il au niveau? /

58 min
À retrouver dans l'émission

L'Esprit Public ce dimanche avec la philosophe Monique Canto-Sperber, la journaliste Christine Ockrent, le journaliste du Monde Gérard Courtois et l'ancien conseiller en communication de François Hollande Gaspard Gantzer.

>Donald Trump / Recep Tayyip Erdogan le 26 octobre 2018 à Ankara  / Salle de cours
>Donald Trump / Recep Tayyip Erdogan le 26 octobre 2018 à Ankara / Salle de cours Crédits : SCOTT OLSON / TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE / CHARLY TRIBALLEAU - AFP

Première partie.   Attentat antisémite dans l’Amérique de Trump

Il s'agit de l’attaque antisémite la plus meurtrière des dernières décennies aux Etats Unis. Samedi un homme de 46 ans a tué à l’arme à feu 11 fidèles d’une synagogue à Pittsburgh en Pennsylvanie. Robert Bowers, l’assaillant, a fait irruption lors d’une cérémonie célébrant la naissance d’un enfant en hurlant : tous les juifs doivent mourir. L’homme était inconnu des services de police mais vociférait régulièrement des insultes antisémites sur un réseau social proche de l’extrême droite américaine. Cette attaque intervient dans un climat très tendu aux etats Unis, tant dans le débat politique que dans la société. Au cours de la semaine écoulée, l’Amérique avait été tenue dans l’angoisse par l’envoi de colis piégés à des personnalités démocrates.

"Ce soir je vais changer de ton" a déclaré Donald Trump en réaction au massacre, le président américain qui n’a pas interrompu sa campagne électorale de mi-mandat, à un peu plus d’une semaine de l’échéance, condamnant vivement l’attaque, ordonnant la mise en berne des drapeaux, et affirmant que le bilan aurait été moins lourd si la synagogue avait été gardée par des hommes armés avant de conclure : La seule chose à faire c’est de durcir l’application de la peine de mort… what else ?

Deuxième partie : Affaire Khashoggi, sommet d'Istanbul sur la Syrie : Erdogan au centre du jeu ?

C’était une rentrée où tout semblait lui sourire, le président Recep Tayip Erdogan qu’on avait vu avant l’été affaibli par les mauvaises performances de l’économie turque promise à une récession, critiqué par la presse internationale pour sa propension à jeter journalistes et opposants en prison, en conflit avec les Etats Unis en raison de la détention du pasteur américain Andrew Brunson… Erdogan avait donc changé de costume : Il avait maintenant les habits d’un chef d’état affable et incontournable dans le règlement du chaos moyen oriental, Recevant hier à Istambul Vladimir Poutine, Angela Merkel, et Emmanuel Macron pour parler d’Idleb, dernière région, dans le nord ouest de la Syrie, encore contrôlée par la rébellion, et de ses 3 millions de civils susceptibles de fuir vers la Turquie. Erdogan maître de maison pour relancer les tractations de « l’après guerre » en Syrie, lui qui avait déjà été un pilier du processus dit d’Astana quand Moscou Teheran et Ankara affichaient leur union pour s’entendre sur l’avenir de la Syrie. Téhéran absente en revanche du sommet d’hier. Erdogan qui avait aussi géré de main de maître et tout à son avantage l’effroyable affaire Khashoggi, ou l’assassinat de ce journaliste saoudien sur le sol turc : réfutant la version officielle de Mohamed Ben Salman d’un interrogatoire ayant mal tourné, Ankara ne s’était pas privé de souligner à l’envi la cruauté et les incohérences du pouvoir saoudien avec qui il était historiquement en rivalité pour se poser en grand leader du sunnisme : avec d’un côté l’autocratie wahhabite de Riyad allié aux Emirats et à l’Egypte, de l’autre l’islam politique des Frères Musulmans prôné par la Turquie et le Qatar, et dont Khashoggi de son vivant partageait l’idéologie. La Turquie d’Erdogan qui avait toujours eu du talent pour nouer des alliances contradictoires. Membre de l’OTAN tout en achetant des S-400 à la Russie, ces batteries de défense anti aérienne dont les experts savaient qu’elles poseraient des problèmes de compatibilité avec les systèmes d’armement otaniens. Bref en cette rentrée, Recep Tayip Erdogan plus que jamais, semblait maîtriser comme personne cet art géopolitique complexe qui consistait à avoir plusieurs cartes dans son jeu et à ne jamais les abattre toutes en même temps!

Troisième partie. Violences scolaires : Jean-Michel Blanquer est-il au niveau ?

L’enseignante est étrangement calme sur l’image, tandis qu’un adolescent pointe sur sa tempe un pistolet dont on ignore alors s’il est factice. La classe est hilare, la scène filmée avec un smartphone. Nous sommes au Lycée Edouard Branly de Créteil dans le Val de Marne, et rapidement la vidéo va devenir virale, déclenchant sur les réseaux sociaux le hashtag « pas de vague », soit une invitation lancée à tous les profs de l’hexagone de raconter sur la toile l’indifférence de leur hiérarchie devant LEURS violences scolaires. Violences protéiformes, celles des élèves avec les enseignants, celles des élèves entre eux, sans oublier celle des parents avec le monde éducatif, violences davantage verbales que physiques, plutôt stables ces dernières années disaient d’ailleurs les statistiques…mais les statistiques dans cette affaire étaient secondaires.

#PasDeVague n’était pas une affaire de chiffres, mais un déversoir bienvenu d’un sentiment profond de solitude et d’abandon des enseignants français, dévalorisés, mal formés, mal payés, mal accompagnés par leur hiérarchie, proviseurs, inspecteurs, recteurs souvent qualifiés de « grande muette » ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Mauvaise semaine pour Jean-Michel Blanquer, le premier de la classe de la Macronie, qui voulait faire de la réforme de l’Education la pierre angulaire de son programme de rénovation du pays. L’Executif qui avait donc immédiatement saisi l’enjeu de ce mouvement PasDeVague et avait voulu apporter une réponse rapide vendredi avec un comité interministériel réuni en urgence, et des mesures annoncées dans le domaine quasi exclusif de la « sécurité », en renforçant notamment la présence des forces de l’ordre aux abords des établissements. On comprenait bien qu’il fallait à tout prix éviter le procès en laxisme… mais le flic en faction devant le collège de Créteil répondrait-il à lui tout seul au mal-être de l’enseignant débordé dans sa salle de classe ?

Intervenants
  • philosophe, directrice de recherche au CNRS, ancienne directrice de l’ENS et présidente fondatrice de PSL, auteure de plusieurs ouvrages de philosophie antique et philosophie morale contemporaine
  • Journaliste et productrice de l'émission "Affaires étrangères" sur France Culture
  • journaliste, ancien chroniqueur au quotidien Le Monde
  • co-fondateur de l'agence de conseil en communication "2017", ancien conseiller en communication de François Hollande
L'équipe
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