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7000 langues / Revue Langage et société

7 min
À retrouver dans l'émission

Louis-Jean Calvet : Il était une fois 7000 langues (Fayard) / Revue Langage et société Numéro 139 (Editions de la Maison des sciences de l'homme)

langage et société
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7000 langues
7000 langues

Un voyage dans l’extrême diversité des langues, même si c’est un tour du monde en 260 pages, tient toujours de l’exploration en profondeur des mentalités, des histoires, des échanges, tant il est vrai que la langue, « lalangue » en un seul mot comme disait Lacan, est consubstantielle à nos existences, qu’elles soient individuelles ou collectives; d’ailleurs elle constitue l’élément où se produit cette corrélation entre l’individuel et le collectif et ce dans les deux sens: de la langue vers l’individu, par l’imprégnation des représentations déposées dans la langue et de l’individu vers la langue, par l’usage singulier qu’il en fait et qui peut la transformer ou la faire évoluer. L’écrivain par un usage personnel, les peuples par le relais et l’écho qu’ils donnent au lexique comme aux expressions.

Diverses les langues le sont par nature, par fonction et par le nombre de leurs locuteurs. Elles sont très inégalement réparties sur la surface du globe (3% seulement en Europe et 30% en Afrique) et s’il y avait en Chine ou aux Etats-Unis la même proportion de langues qu’en Papouasie-Nouvelle-Guinée par rapport à la population, il y aurait plus de 200 000 langues en Chine et 60 000 aux Etats-Unis. 90% d’entre elles sont parlées par 5% de la population mondiale, dont 500 langues par moins de 100 personnes. Inutile de dire qu’elles sont les plus menacées. On prévoit ainsi qu’à la fin du siècle, la moitié au moins des langues aura disparu. Mais il est presque impossible d’estimer le nombre de celles qui ont déjà disparu dans le passé, précisément parce qu’elles ne laissent pas de traces. Dans ces conditions on comprend que la question de l’origine des langues ait toutes les apparences d’une insurmontable aporie. L’auteur s’y risque, évoquant différentes hypothèses, origine unique ou multiple, il examine les nombreux mythes qui s’y rapportent et même la génétique des populations qui établit un lien entre la diversité génétique et la diversité linguistique mais aucune loi ne permet de faire des projections globales car les exceptions sont trop nombreuses. D’autant que la corrélation entre distance génétique et distance linguistique s’avère faible. Deux exemples seulement, près de nous, dans le Caucase: les Arméniens et les Azéris qui parlent des langues totalement différentes (les uns une langue indo-européenne, les autres une langue turque, donc altaïque) sont très proches génétiquement. A l’inverse, les Tchétchènes et les Ingouches qui parlent des langues très voisines sont différents du p

oint de vue génétique.

Difficile, donc, de suivre le chemin des gênes pour remonter le temps jusqu’à la langue des origines. Les débuts de l’écriture, plus proches de nous et attestés par des traces nous fournit peut-être un modèle. En étudiant la formation de l’alphabet phénicien, Louis-Jean Calvet imagine pour la première lettre, l’alpha de l’alphabet grec qui s’en est inspiré, ou l’aleph de l’alphabet hébreu, une séquence qui va de la représentation pictographique, la tête d’un boeuf pour désigner l’animal (boeuf se dit aleph en sémitique) à l’utilisation de ce pictogramme pour désigner le son initial du mot par acrophonie, c’est-à-dire en détachant le premier phonème, pour désigner enfin par un nom ce que notait le pictogramme. Le passage du geste au démonstratif oral, une onomatopée ou un cri qui s’est progressivement enrichi d’inflexions pourrait avoir suivi un chemin comparable.

Diverses, les langues le sont aussi par leur importance géopolitique ou leur penchant pour l’hégémonie culturelle. Il faut ici pointer la responsabilité de l’histoire dans l’extinction de nombreuses langues, du fait de la colonisation, de la mondialisation ou, à l’échelle d’un pays, de la centralisation et de l’urbanisation. Max Weinreich, linguiste et historien de la langue yiddish, disait qu’ « une langue, c’est un dialecte qui a une armée et une marine ». Aujourd’hui

l’Internet, né dans une agence du département américain de la Défense, a imposé l’anglais dans une proportion qui ne cesse de croître. Mais paradoxalement la norme de codage Unicode, mise en oeuvre dans les années 90, permet d’utiliser un grand nombre de systèmes graphiques, ainsi qu’une écriture bidirectionnelle, de gauche à droite mais aussi de droite à gauche et la présence de toutes les langues est ainsi mieux garantie, elle a déjà et elle devrait encore progresser. On en revient à cette interaction constante entre l’individuel et le collectif qui caractérise l’usage des langues et qui se confirme. Tout espoir n’est pas vain. Je cite : « On peut, grâce aux progrès technique, intervenir sur le statut de sa langue, sur ses fonctions, en en faisant une langue de la modernité »

Louis-Jean Calvet est sociolinguiste, je rappelle au passage que parmi ses nombreux livres il y en a un sur Brassens et un autre sur Léo Ferré.

Pour compléter et approfondir cette lecture, une publication exhaustive autant que faire se peut et un tour du monde en 1700 pages, cette fois, avec les contributions de plus de 150 spécialistes: le Dictionnaire des langues, sous la direction de Emilio Bonvini, Joëlle Busuttil et Alain Peyraube (PUF)

Jacques Munier

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