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Agriculture et mondialisation / Revue Etudes rurales

5 min
À retrouver dans l'émission

Sébastien Abis , Thierry Pouch : Agriculture et mondialisation. Un atout géopolitique pour la France (Les Presses de SciencesPo.) / Revue Etudes rurales Dossier Les agricultures de firme (Editions EHESS)

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A Paris, autour du Palais Brongniart, quatre statues représentent les piliers de la société et de la prospérité française : l’industrie, la justice, le commerce et l’agriculture. Les auteurs estiment qu’aujourd’hui l’agriculture n’est pas considérée à la place qui lui revient, qu’on ne l’évoque le plus souvent qu’en référence aux questions environnementales ou à propos des subventions, en négligeant sa fonction nourricière et surtout son rôle géostratégique. Ils plaident pour une prise en compte géopolitique de l’activité agricole et agroalimentaire qui contribue le plus, juste après l’aéronautique, aux exportations de notre pays. Si certains secteurs de notre économie sont sur le déclin, ce n’est pas le cas de l’agriculture, qui vient au contraire compenser la perte de compétitivité enregistrée depuis des années et qui se mesure à travers la part de nos exportations dans les échanges commerciaux à l’échelle mondiale. L’agroalimentaire, notamment, contribue très fortement à réduire le déficit de notre balance commerciale, en dégageant des excédents significatifs depuis plusieurs années. Or les besoins alimentaires augmentent avec la taille de la population mondiale, la crise économique et financière s’est accompagnée de tensions sur les marchés des matières premières et en particulier sur ceux des produits agricoles entraînant une forte hausse des prix, dans de nombreuses régions du monde l’insécurité alimentaire menace les populations, de nouveaux acteurs apparaissent et aujourd’hui, parmi les six premiers exportateurs mondiaux, trois sont désormais des pays émergents : le Brésil, la Chine et l’Inde. La suprématie européenne et française n’est donc pas assurée dans un contexte devenu très concurrentiel et instable. On le voit, les enjeux sont considérables et la donne évolue. C’est pourquoi les auteurs, spécialistes de géopolitique et d’économie de l’agriculture et de l’alimentation insistent pour replacer cette question au rang qui lui revient dans les préoccupations des politiques et suggèrent notamment, dans le cadre de la nouvelle diplomatie économique que le gouvernement met en place, de nommer un « ambassadeur des céréales » comme il en existe dans les domaines de l’audiovisuel extérieur, de la bioéthique ou de la lutte contre la criminalité organisée.

Car la première puissance agricole et céréalière de l’Union européenne dispose d’atouts considérables. D’abord, elle a connu un développement et une modernisation continue depuis des décennies, sous l’effet notamment de la politique agricole commune et du volontarisme des gouvernements successifs du général de Gaulle qui, face à l’industrialisation de l’Allemagne décide de soutenir l’agriculture comme un des éléments fondamentaux de l’effort de redressement après guerre. Le pays accède ainsi, grâce aux excédents dégagés par les gains de productivité, au deuxième rang des exportateurs mondiaux, juste après les Etats-Unis, ce qui lui donne aujourd’hui une longueur d’avance sur ses concurrents, par ses positions acquises sur les marchés mondiaux. Il y a également l’avantage de la géographie, un élément évident de stabilité, l’Europe étant la région du monde où la variation interannuelle de la production céréalière est la plus faible, les écarts en termes de régularité des récoltes les plus réduits, un avantage géographique et climatique qui place aujourd’hui la France au troisième rang des exportateurs mondiaux de ce qu’on appelle aussi le « pétrole doré », après les Etats-Unis et la Chine, et devant l’Inde, la Russie, le Brésil et l’Ukraine.

Et puis, dans le domaine de l’agroalimentaire, il y a le label France, une tradition et un art de vivre reconnus dans le monde entier…

Avec, là aussi, un avantage supplémentaire par rapport à ses concurrents européens comme les Pays-Bas, qui doivent importer des produits bruts pour les exporter ensuite après transformation. Pour l’essentiel, la France puise dans ses productions locales pour exporter non seulement des produits bruts, mais aussi des produits ayant fait l’objet de transformations. Et c’est vrai : pour toute une série de produits, le vin évidemment, les produits laitiers, classés au troisième rang des exportations de biens agroalimentaires, avec la réputation des fromages français, le label France fonctionne toujours. Sébastien Abis et Thierry Pouch évoquent aussi l’avantage en matière d’économie du savoir et des connaissances, ils insistent sur le soutien qui doit rester entier à la recherche agronomique, l’un des éléments du soft power français. Au chapitre des mesures à prendre pour conserver et développer notre force de frappe en matière agricole, ils mettent en garde contre l’étalement urbain qui ne cesse de grignoter de bonnes terres de culture. Et ils conseillent de transformer notre avantage géopolitique acquis en termes de coopération et d’aide au développement pour consolider nos positions commerciales dans le monde.

Jacques Munier

Revue Etudes rurales Dossier Les agricultures de firme (Editions EHESS)

Un vaste dossier, l’agriculture de demain c’est déjà aujourd’hui, un spectacle à bien des égards terrifiant, lorsque la finance et de gigantesques entreprises qui ont un lien faible au territoire arraisonnent des pans entiers de pays, comme au Brésil, dans l’Etat de Bahia

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