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Anthropologie de l’homme mondialisé / Revue Brésil(s)

6 min
À retrouver dans l'émission

Christoph Wulf : Anthropologie de l’homme mondialisé. Histoire et concepts (CNRS Editions) / Revue Brésil(s) N°3 2013 Dossier Hétérotopies urbaines (Editions de la MSH)

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La mondialisation est entrée dans le collimateur des sciences humaines et sociales. Parmi elles, la géographie et l’histoire se sont taillé la part du lion, ces deux disciplines se situant par nature, comme l’économie ou l’écologie à l’échelle du monde. L’histoire a ouvert la voie avec l’école des Annales, Fernand Braudel et sa Grammaire des civilisations , ou Pierre Chaunu qui, dans son livre de 1969 sur L’expansion européenne du XIIIe au XVe siècle déplorait « l’oubli de 55% de l’humanité » dans les grandes fresques de l’histoire européenne. Il évoque ce que des auteurs comme Serge Gruzinski appellent « l’histoire connectée », qui se présente comme une critique de l’histoire globale dans la mesure où le « global » n’est pas un niveau autonome d’analyse mais qu’il se manifeste à travers des « connexions », des contacts dont la « première mondialisation », celle des Grandes Découvertes, offre de nombreux exemples. Le champ de la critique et du débat historiographique s’est donc ouvert également, comme en témoigne l’historien indien Sanjay Subrahmanyam qui estime quant à lui que trop souvent les productions en langue anglaise de l’histoire globale s’appuient uniquement sur des sources européennes. Dans cette optique on peut également signaler l’importance de l’approche globale pour l’histoire postcoloniale. ( voir Ann Laura Stoler, Frederick Cooper : Repenser le colonialisme (Payot)

En anthropologie, le tournant global a consisté depuis des années à s’efforcer d’adopter le point de vue de l’autre, soit en étudiant avec soin la nature des interactions linguistiques produites dans l’échange entre l’observateur et l’enquêté, soit en réintégrant celui-ci dans l’élément vivant de sa culture, à laquelle on restitue son caractère historique au lieu de la considérer comme un ensemble figé et anhistorique. On peut citer ici les travaux d’Alban Bensa sur la société kanake, ou Eric Chauvier et l’attention minutieuse qu’il porte aux effets de langage dans l’enquête de terrain. Il faut également évoquer ce qu’on appelle l’anthropologie réciproque, qui consiste à découvrir le regard que portent sur nos sociétés et sur le monde en général des chercheurs provenant de cultures qui étaient plutôt jusqu’alors l’objet des enquêtes de nos ethnologues occidentaux. La mondialisation elle-même est aujourd’hui un sujet émergent chez les anthropologues, je citerai en France l’enquête réalisée à l’OMC par des anthropologues de différentes nationalités sous la direction de Marc Abélès (lequel dirige actuellement chez Belin une nouvelle collection d’anthopologie exclusivement consacrée aux effets de la mondialisation). James C. Scott : Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil) cette vaste région montagneuse qui s’étend des hautes vallées du Vietnam au nord-est de l’Inde et traverse cinq pays du Sud-Est asiatique : le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et la Birmanie, ainsi que quatre provinces chinoises, et qui abrite près de 100 millions de personnes « appartenant à des minorités d’une variété ethnique et linguistique tout à fait sidérante ». C’est la dernière région du monde dont les peuples n’ont pas encore été complètement intégrés à des Etats-nations, alors que comme le relève l’auteur, « il n’y a pas si longtemps, de tels peuples se gouvernant eux-mêmes représentaient la majorité de l’humanité ».

C’est donc l’objet de la grande rétrospective de Christoph Wulf, Anthropologie de l’homme mondialisé. Histoire et concepts , qui revient sur l’histoire longue de la mondialisation de l’anthropologie ainsi que des sociétés humaines, en développant notamment la question de ses effets sur l’unité de base de la société, l’individu et plus précisément le corps, sa sensibilité et ce qu’il appelle « l’étiolement des sens » dans nos sociétés modernes. Le corps, qu’on ne cesse de scruter sous toutes ses coutures depuis quelques années, est en effet le premier témoin et agent des transformations et des évolutions historiques et culturelles. L’auteur l’étudie comme le résultat d’une série de processus mimétiques par lesquels se fait l’acquisition de savoirs culturels. Ces processus se réalisent à travers l’exécution des rituels, des gestes, des actes de langage ou d’imagination. Et comme il le souligne, « avec la diffusion ubiquitaire des nouveaux médias et l’accélération de la vie, on peut s’attendre à des changements considérables dans l’usage des sens ».

Ce vaste tableau semble vouloir procéder à l’inventaire de ce qui a été marqué par la mondialisation pour repérer les questions qu’elle esquisse à l’horizon d’une anthropologie à venir. En explorant les voies et récits de la condition humaine depuis ses origines, avec la théorie de l’évolution, qui permet d’envisager la nature dans une perspective temporelle et historique, puis dans la rencontre de cette théorie avec l’idée de progrès qui aboutira à une hiérarchisation des cultures qui est à l’origine de l’idéologie colonialiste, mais aussi de l’ethnologie et de l’anthropologie culturelle, en étudiant les transformations de l’anthropologie depuis lors, ce panorama, même s’il se situe trop souvent à un niveau de généralité qui ne permet pas d’entrevoir les perspectives concrètes de nouveaux terrains, cet état des lieux et des questions constitue une utile cartographie du processus en cours.

Jacques Munier

la sociologie des religions, qui semble avoir de beaux jours devant elle: la pratique religieuse est par nature transnationale, même si l’on continue à parler du protestantisme américain ou de l’islam de France. Peggy Levitt insiste sur le caractère fondamentalement mobile du fait religieux, illustré par le phénomène du syncrétisme et elle propose pour l’étudier le modèle du rhizome, qui « n’est pas fixé par des frontières ou des limites conceptuelles ».

Alain Caillé, Stéphane Dufoix (ss. dir.) : Le tournant global des sciences sociales (La Découverte)

A lire aussi :

David Harvey, Géographies de la domination , et Paris, capitale de la modernité , Les Prairies ordinaires

Marc Abélès (ss. dir.) : Des anthropologues à l’OMC. Scènes de la gouvernance mondiale (CNRS Editions)

Revue Brésil(s) N°3 2013 Dossier Hétérotopies urbaines

http://crbc.ehess.fr/document.php?id=678

Au sommaire :

Patrica Birman et Jérôme Souty, « Vous avez dit hétérotopies ? »

Michel Agier, « Le campement urbain comme hétérotopie et comme refuge. Vers un paysage mondial des espaces précaires »

María Elvira Díaz-Benítez, « Espaces multiples : penser la pornographie depuis ses lieux de production »

Heitor Frúgoli Jr., « Variations sur un quartier du centre de São Paulo »

André Bakker, « De l'emplacement de la culture : hétérotopie et formation esthétique dans la réserve pataxó de la Jaqueira »

Angelo Serpa, « L'univers des radios communautaires à Salvador de Bahia »

Márcia Pereira Leite, « La favela et la ville : de la production des "marges" à Rio de Janeiro »

Varia

Tania Regina de Lucas, « La défaite de la France et son impact sur le milieu intellectuel brésilien »

Encarnacíon Moya et Eduardo Marques, « Échanges sociaux et mécanismes relationnels à São Paulo et Salvador »

Luiz Filgueiras et Elizabeeth Oliveira, « La nature du modèle de développement des années Lula ».

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