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Anthropologie du crime / Revue Crime, Histoire et Sociétés

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Jean-Michel Bessette : Anthropologie du crime (L’Harmattan) / Revue Crime, Histoire et Sociétés N°17 (Droz)

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« L’étude du crime – disait Henri Lévy-Bruhl – est un des éléments de première importance pour connaître et mesurer les valeurs courantes dans une société ». Et il est vrai que la sociologie criminelle apparaît dès les débuts de la sociologie, chez Durkheim notamment, qui considérait le crime dans sa relation à la peine, c’est-à-dire par rapport à la réaction sociale qu’il suscite – je cite : « Il ne faut pas dire qu’un acte froisse la conscience commune parce qu’il est criminel, mais qu’il est criminel parce qu’il froisse la conscience commune. Nous ne le réprouvons pas parce qu’il est un crime, mais il est un crime parce que nous le réprouvons ». Et avant lui, Quetelet avait mis en évidence, par l’analyse statistique, ce qu’il appelait une « constante relative de la criminalité », une sorte de taux social du crime, en somme. Si l’on observe la structure sociale des chiffres de la criminalité, les proportions relatives des hommes et des femmes, la surreprésentation des jeunes et des classes populaires, la nature respective des crimes par rapport aux catégories socio-professionnelles, une remarquable stabilité dans le temps vient accréditer cette thèse. L’ambition de Jean-Michel Bessette est donc d’élargir la focale de la sociologie à tous les aspects de ce fait social et d’intégrer à une anthropologie du crime les données statistiques, juridiques et économiques – puisqu’il est prouvé que les crises ou la montée du chômage ont également une influence – mais aussi linguistiques, psychologiques, neurologiques et cognitives.

Une telle anthropologie serait ordonnée, d’après lui, suivant la partition opérée par Leroi-Gourhan entre le geste et la parole , un modèle structural qui distingue deux grandes polarités de l’activité humaine et de la culture matérielle mais aussi de la division sociale du travail et des mentalités. Le crime serait plutôt du côté du geste , lorsque les ressources médiatrices du langage font défaut et en tant que tel, il peut aussi être considéré comme une atteinte à la parole officielle consignée dans le Code. Dans la nomenclature des qualifications criminelles, une telle partition est d’ailleurs reflétée, avec notamment dans les crimes contre les biens ou contre la chose publique, ceux qui participent davantage du geste, comme les vols à main armée, et ceux qui vont s’apparenter à la sphère de la parole, comme les abus de confiance, les détournements de fonds publics ou les faux en écriture, dont on comprend qu’ils ne soient pas la spécialité des ouvriers, tandis que pour les cadres administratifs ou les employés de bureau ils constituent une infraction pratiquement « à portée de plume ».

Cette répartition socio-professionnelle de la criminalité présente-t-elle également une forme de stabilité à travers le temps ?

C’est un phénomène structurel, un peu comme si chaque catégorie socio-professionnelle secrétait une forme criminelle spécifique, et cette variable conserve une influence majeure, comme dans les viols sur mineurs où le clergé, les instituteurs, mais aussi les contremaîtres, l’armée ou la police se taillent la part du lion, toutes personnes ayant, comme on dit, autorité . Ce sont d’ailleurs les crimes contre les personnes qui sont les plus nombreux, 64%, et parmi eux les viols qui représentent près de la moitié des condamnations, les crimes contre les biens comptant pour 34% de l’ensemble et ceux contre la chose publique 2% seulement.

Parmi d’autres perspectives ouvertes par le regard anthropologique à partir de l’analyse des statistiques, il y a celle qui révèle le lien étroit entre criminalité et degré d’intégration à la société. Par exemple les veufs (y compris ceux qui ont expédié leur compagne dans l’autre monde), les divorcés et les célibataires sont surreprésentés dans la population criminelle, le mariage et la famille étant une norme prépondérante d’intégration. De même, le degré d’exposition aux tensions générées par le monde du travail augmente considérablement la probabilité de se retrouver devant une cour d’assises. C’est ce qui explique la moindre criminalité des apprentis, qui cumulent pourtant deux facteurs globalement favorables : la jeunesse et l’appartenance au monde ouvrier. A bon entendeur, salut (et là je m’adresse aux politiques)

Jacques Munier

« Le peuple méprise la mort parce qu’il fait trop d’efforts pour vivre » Lao Tseu

Revue Crime, Histoire et Société N°17 (Droz)

Avec notamment la contribution de Jean-Lucien Sanchez : La relégation des femmes récidivistes en Guyane française (1887-1907), « un épisode particulièrement tragique de l’histoire de la colonisation pénale française ».

http://chs.revues.org/

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