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Arne Naess / Revue Le Rouge & le Blanc

7 min
À retrouver dans l'émission

Arne Naess : Ecologie, communauté et style de vie (Editions Dehors) / Revue Le Rouge & le Blanc N° 108

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Arne Næss est le fondateur du courant de l’ « écologie profonde », la deep ecology , dont ce livre est considéré comme la somme philosophique. C’est dès le début des années 70 que le philosophe et alpiniste, qui venait de quitter sa chaire de philosophie à l’université d’Oslo pour « vivre » plutôt que « fonctionner », suggère de distinguer cette nouvelle ontologie de ce qu’il désigne comme l’écologie superficielle, laquelle se contente de « lutter contre la pollution et l’épuisement des ressources » et dont il résume ainsi « l’objectif central : la santé et l’opulence des populations dans les pays développés ». C’est pourquoi il se contente souvent, selon lui, de proposer des « recommandations techniques afin, par exemple, d’abaisser le niveau de pollution et celui de la consommation dans les pays du tiers-monde ». C’est à cette conception anthropocentrique de l’écologie environnementale, où l’homme est le centre d’un environnement naturel qu’il faut préserver comme sa ressource propre que s’oppose la vision globale de l’écologie profonde, une vision du monde où, comme l’écrit David Rothenberg, qui a étroitement collaboré avec Arne Næss à l’édition anglaise du livre, « l’humanité apparaît comme inséparable de la nature, de sorte que toute atteinte portée contre la nature constitue dans le même temps une atteinte portée contre l’humanité elle-même ».

« Dès mon plus jeune âge et jusqu’à la puberté – écrit le philosophe dans un texte sur son parcours intellectuel – j’ai passé des heures entières, des journées et des semaines, les pieds dans des rivières peu profondes, à étudier et à m’émerveiller de la diversité et de la richesse prodigieuse de la vie marine. Le grouillement magnifique de ces formes minuscules dont personne ne se soucie et que personne ne voit indiquait la présence d’un monde apparemment infini, mais qui était néanmoins mon monde. Tandis que le monde des hommes me laissait bien souvent indifférent, je m’identifiais volontiers à la nature. » Dans Ecologie, communauté et style de vie , Arne Næss précise que « les espèces dites simples, inférieures ou primitives de plantes ou d’animaux contribuent de manière essentielle à la richesse et à la diversité de la vie. Elles ont une valeur en soi et ne sont pas que des échelons vers des formes de vie prétendument supérieures ou rationnelles. » Cette conception de l’unicité de la vie est l’un des principaux motifs de controverse avec d’autres courants de l’écologie, comme l’écologie sociale de Murray Bookchin, qui voyait dans la continuité ontologique entre les êtres humains et la nature une « métaphysique fuligineuse » ravalant l’humanité à « une entité zoologique parmi les autres, dont les membres sont en droit interchangeables avec les ours, les bisons, les moutons ou encore les mouches à fruit et les microbes ». Et surtout il dénonce une vision de l’humanité qui passe outre les distinctions entre les hommes de couleur et les hommes blancs, entre les hommes et les femmes, entre le Tiers-monde et les pays développés, entre pauvres et riches, entre ceux qui exploitent et ceux qui sont exploités ». Et il ajoutait : « la dynamique du « marche ou crève » de l’économie de marché capitaliste – qui ne manquerait pas de dévorer toute la biosphère, qu’il y ait 10 millions d’habitants sur terre ou 10 milliards – est purement et simplement noyée dans un spiritualisme sirupeux ». On trouvera dans l’éclairante postface de Hicham-Stéphane Afeissa de nombreux éléments des débats souvent passionnés déclenchés par la pensée d’Arne Næss dans les milieux écologistes et ses différentes tendances.

Cela dit, Arne Næss n’avait rien de dogmatique et il était ouvert à la discussion, il avait même conçu son système comme une dynamique que chacun pouvait adapter à sa propre expérience à partir de sa fameuse « plate-forme » et ses huit thèses fondamentales du mouvement de l’écologie profonde. La première se réfère à cette question de la vie « humaine et non-humaine » et à sa « valeur intrinsèque », de même que la deuxième et la troisième qui stipule que les humains n’ont pas le droit de réduire la richesse et la diversité des formes de vie « sauf pour satisfaire des besoins vitaux ». La quatrième dénonce les conséquences des interventions humaines dans la nature, la cinquième n’est pas sans poser de sérieux problèmes d’interprétation et d’application puisqu’elle évoque en termes malthusiens le problème de la surpopulation de la planète. La cinquième et la sixième abordent la question du « style de vie ». Pour améliorer nos conditions de vie, il faut dans le contexte qui est le nôtre, réorienter nos lignes de conduite, en particulier « les structures économiques, technologiques et idéologiques », et notamment en matière d’idéologie apprécier la « qualité de vie » plutôt que le « niveau de vie » élevé. Il faut – dit-il – « se concentrer sérieusement sur la différence entre ce qui est abondant et ce qui est grand ou magnifique » et dans son esprit cela renvoyait sans doute à la montagne où il voyait le modèle de la vie en symbiose avec l’élément naturel, il parle même d’une « relation intime » entre la montagne et ses habitants et l’on sait qu’il s’agit là d’une expérience personnelle. Arne Næss dirige en 1950 la première expédition pour gravir le Tirich Mir (Pakistan), point culminant de l'Hindou Kouch à plus de 7 700 m. et il conseillait souvent de « penser comme une montagne », une expression qu'il reprenait du taoïsme. Enfin, la dernière thèse énonce que ceux qui adhèrent à ces principes « ont l’obligation morale d’essayer, directement ou non, de mettre en œuvre les changements nécessaires ». Et là c’est le militant de la cause écologiste qui parle, celui qui s'enchaîne aux rochers en face des Mardalsfossen, ces chutes d'eau dans un fjord norvégien et qui refuse de descendre tant que les projets d'y construire un barrage ne sont pas abandonnés, un succès au final pour celui qui deviendra le premier secrétaire de la branche norvégienne de Greenpeace.

Jacques Munier

Revue LeRouge&leBlanc N°108

L’écologie tendance rouge-blanc-rosé

Irremplaçable revue d’amateurs éclairés et sans publicité – donc indépendante - qui propose des reportages sur des vignobles, des rencontres avec des viticulteurs et des dégustations

On parlait de montagne, Jean-Marc Gatteron est allé à la rencontre de Marion et Jacques Grange, en Suisse, dans le Valais, sur la rive droite du Rhône, c’est le domaine de Beudon accroché sur des pentes escarpées à près de 1000 m, avec un téléphérique pour transporter les vendanges

Dans la rubrique Les mots des autres, un entretien avec Alberto Manguel

Dégustations : Côte Rôtie, Châteauneuf-du-Pape, Chinon

Australie

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