LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Aurélie Névot / Revue "Tiers monde, n°129"

4 min
À retrouver dans l'émission

...Durant toute cette semaine de Noël, Antoine Dhulster remplace Jacques Munier ...

Aurélie Névot
Aurélie Névot
  • il chronique aujourd'hui l'essai de Aurélie Névot , "La couronne de l'Orient" (CNRS éditions) et la revue "Tiers monde, n°219, "Emergents : le temps des illusions" (Armand Colin)...

Cette année en 2014, la Chine est officiellement devenue, d’après les indicateurs du FMI, la première puissance économique mondiale. Elle détrône les Etats-Unis, installés à ce poste depuis 142 ans. L’événement, rendu public il y a quelques semaines, n’a pas manqué de faire réagir les éditorialistes de la presse économique, sur un registre bien connu : la Chine, locomotive et géant incontesté de la croissance mondiale. En revanche on a relevé moins de commentaires sur la dimension plus idéologique de ce basculement : quelle image la Chine a-t-elle d’elle-même, et de sa place dans le monde. Quelle vision de l’homme et du citoyen dans cet ordre symbolique ?

Cet ouvrage de l’anthropologue Aurélie Névot est une tentative de réponse à ces questions. A travers une analyse inattendue et audacieuse. Celle de l’architecture d’un bâtiment de Shanghai, baptisé la couronne de l’Orient. Cette bâtisse monumentale était le pavillon de la république populaire lors de l’exposition universelle de 2010. Elle a été ensuite transformée en un grand musée de la culture et de l’histoire chinoise. La Couronne de l’Orient devait dès le départ représenter une Chine revendiquant une place centrale dans le monde, en donnant forme à ses traditions séculaires. En vertu des principes du néoconfucianisme, le bon agencement du bâtiment doit préfigurer le bon ordonnancement de la société dans son ensemble, et du cosmos tout entier.

Les références symboliques sont donc nombreuses dans cette Couronne de l’Orient, sa forme évoque celle d’un vase rituel chinois de l’antiquité à quatre pieds, qui représente la relation entre le supérieur et l’inférieur, le ciel et la terre. On compte aussi 56 structures de bois qui soutiennent le toit, 56, le nombre des nationalités en Chine. Enfin la couleur elle-même de la construction, rouge vif, est d’inspiration pékinoise et impériale.

L’auteur voit dans cette accumulation de symboles une volonté de rompre avec deux grands moments de l’histoire chinoise récente : la présence coloniale occidentale, entre le XIXe siècle et l’arrivée au pouvoir de Mao Tsé Toung, et surtout la révolution culturelle, au cours de laquelle le pouvoir central voulait débarrasser la Chine de ses traditions. Ce renouveau idéologique étant à corréler à l’impressionnant développement de Shanghai ces dernières décennies, bien au-delà de la zone choisie pour abriter l’exposition universelle. Toute la ville apparaît ainsi comme un lieu d’expression du discours officiel du pouvoir. Il est vrai que Shanghai se prête bien aux lectures symboliques : la ville n’a jamais été une capitale impériale, elle a en revanche été très marquée par la présence occidentale, avant d’être remise au cœur du développement économique du pays. Mettre en valeur Shanghai, la grande ville la plus orientale de l’Empire du milieu, c’est affirmer l’importance symbolique de la direction de l’Est, dans son acception géographique et idéologique. L’Asie, avec à sa tête la Chine, doit affirmer sa place centrale dans le monde avec un nouvel universalisme, qui combine les traditions de la Chine avec l’idée de la société harmonieuse mise en avant par le régime. L’analyse présentée dans cet ouvrage ne fait pas l’impasse sur les incohérences de l’exercice du pouvoir dans la république populaire. Le parti pris de ce détour anthropologico-architectural est une tentative ambitieuse et réussie, pour comprendre un peu mieux le nouveau rapport au monde de la Chine, telle qu’il s’affirme dans sa dimension monumentale. En cela, note l’auteur, la Couronne de l’Orient relève bien d’une hétérotopie au sens de Michel Foucault, soit le lieu d’une utopie effectivement réalisée. Cette utopie étant l’universalisme retrouvé de la Chine, au-delà même de l’importance et de la centralité, réelle ou fantasmée, de ce bâtiment dans la Chine aujourd’hui.

La Chine et ses grands travaux sont également au menu de la revue du jour :

Oui la revue Tiers Monde, dans son édition de septembre dernier traitait de ce sujet dans un numéro intitulé : Emergents, le temps des désillusions. Cette publication faisait suite à un colloque qui a eu lieu l’an dernier au Brésil. La plupart des articles la revue sont consacrés à la situation de la Chine, et aux défis sociaux et politiques qu’elle doit relever. Une analyse en particulier retient l’attention, celle de Mylène Gaudard, qui traite de la spéculation immobilière. Le secteur attire les investisseurs en quête de rentabilité depuis les premières difficultés de l’industrie chinoise. Avec ce résultat : une explosion de l’endettement des collectivités locales et à terme une fragilisation des bases du pouvoir. Pas encore de quoi remettre en cause le modèle chinois, disent les auteurs, mais peut-être de quoi tempérer quelque peu le triomphalisme du gouvernement de Pékin sur la scène mondiale.

Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......