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A Berlin / Revue Théâtre Public

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Joseph Roth : A Berlin (Les Belles Lettres) / Revue Théâtre Public N°209 Dossier La Schaubühne Berlin Ouest

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C’est le Berlin des années vingt qui est ici dépeint, dans les couleurs sombres et les nuances criardes de l’expressionisme. Le Berlin des chancelantes années Weimar, vu sous l’angle de ses bouges mal famés, de ses foyers pour sans-abri et du ghetto dans le ghetto, le quartier des Granges, promis à la démolition, misérable réduit des réfugiés de l’Est, chassés par la tectonique brutale des recompositions nationales après la chute de l’Empire austro-hongrois, des réfugiés soudés les uns aux autres par la peur des pogroms qui – je cite « fait d’eux une avalanche de malheur et de saleté ». C’est le Berlin des laissés-pour-compte de l’histoire, comme cet officier tsariste, « fier et rigide » qui attend le départ des bolcheviks. « L’histoire a fait une cabriole – commente l’écrivain qui lui rend visite – et le lieutenant-colonel est tombé dans un asile de nuit ».

On sent une affinité prémonitoire avec ces victimes de temps de galerne. Joseph Roth, alors chroniqueur très demandé, connaîtra lui aussi l’exil – à Paris – les problèmes d’argent et finalement la mort à l’âge de quarante-quatre ans le 27 mai 1939. Lorsque l’hôtel vétuste où il réside rue de Tournon est démoli, il écrit à son grand ami Stefan Zweig qui l’aura beaucoup aidé : « L’hôtel Foyot va être détruit sur ordre de la municipalité et j’ai été le dernier client à partir, hier. La symbolique est par trop facile. » A l’époque où il donne ses articles sur Berlin à plusieurs journaux allemands, il n’a pas encore publié son grand œuvre La Marche de Radeztki . Promeneur invétéré, arpenteur de l’espace public et de ses havres, notamment les cafés du Kurfürstendamm qu’il décrit ici, il était mal à l’aise dans son appartement, si l’on en croit l’un de ses amis : « Je le voyais aller et venir dans la sombre et immense chambre berlinoise, les mains dans les poches de son manteau, comme dans une salle d’attente, l’oreille tendue vers le signal du départ de son train. » « Tout ce que je possède, ce sont trois malles », disait Roth. Et l’on comprend du coup sa compassion pour la dénommée catégorie ferroviaire des « Voyageurs avec bagages encombrants » qui ont leur place dans les derniers wagons et auxquels il consacre l’une de ses chroniques : « Ce n’est pas le hasard qui fait de vous un voyageur avec bagages encombrants, mais le destin ». Et celui qui a inventé cette catégorie, une véritable « définition philosophique », ignorait sans doute – je cite « qu’il avait d’un seul coup trouvé le titre d’une grande tragédie ». (Berliner Börsen-Courier, 4 mars 1923)

Les lieux dévolus à l’industrie du divertissement apparaissent sous une lumière décapante, comme à la foire du Printemps, qu’il juge grotesque et où – je cite « la gaieté sans prétention se transforme en sa propre caricature ». Dans les boites de nuit berlinoises, il ne voit que « l’indicible monotonie de la vie nocturne internationale ». Mais il y aussi, comme l’herbe verte entre les pavés, quelques moments de poésie urbaine. Dans les maisons qui bordent le trajet du métro aérien, les cours et arrière cours des immeubles déballent leurs petits secrets. Une frontière invisible et impénétrable semble isoler leurs habitants, qui ignorent le vacarme de la rame, un peu comme s’il était tombé au fond de leur conscience.

Plusieurs signes attestent de sa clairvoyance, dans ce paysage berlinois de banqueroute sociale et morale, et de sa prémonition de l’enfer qui s’annonçait. Un exemple : le portrait de cet homme blond ardent au verbe haut qui déboule avec fracas dans un salon de coiffure en affirmant ses opinions nationalistes. « Sa voix crépite comme une girouette peinte en jaune » - écrit-il, notez au passage la belle image sonore… Et « Des guerres mondiales ronflent dans sa poitrine ».

Jacques Munier

Articles de Neue Berliner Zeitung, Das Tagebuch, Berliner Börsen-Courier, Frankfurter Zeitung, Münchner Neueste Nachrichten

Joseph Roth : A Berlin (Les Belles Lettres)

Et vous vouliez signalez, chez le même éditeur, la réédition de deux ouvrages devenus introuvables, ainsi que la publication chez Rivages de la correspondance Stefan Zweig / Joseph Roth.

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Siegfried Kracauer : Rues de Berlin et d’ailleurs

Max Weber : La Ville, un grand classique de la sociologie urbaine, avec notamment l’analyse des rapports de souveraineté et de luttes pour la domination entre villes et Etats

Revue Théâtre Public N°209 Dossier La Schaubühne Berlin Ouest

La troupe et la scène mythique de Berlin

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