LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Camarade Mallarmé / Revue Le Tigre

4 min
À retrouver dans l'émission

Jean-François Hamel : Camarade Mallarmé. Une politique de la lecture (Les Éditions de Minuit) / Revue Le Tigre N°36-37

mallarmé
mallarmé

« Mallarmé is a machine gun », on se souvient de ce titre frappant de Viviane Forrester, en forme de point d’orgue à toute une bordée de lectures marxistes, saussuriennes ou structuralistes de l’auteur du Coup de dés , qui faisaient déplorer à Julien Gracq que « ce pauvre Mallarmé » – je cite – soit « promu clairon dans les troupes du progressisme métalinguistique ». C’est l’incroyable postérité politique d’un poète pourtant peu versé dans le réalisme socialiste ou la littérature à l’estomac, et plutôt réputé élitiste voire impénétrable, qu’étudie ici Jean-François Hamel, même s’il faut rappeler son témoignage en faveur de Félix Fénéon l’anarchiste devant les tribunaux, ainsi que les propos qu’il tient dans une lettre à son ami Henri Cazalis : « si j’arbore un drapeau rouge c’est uniquement parce que je hais les gredins et déteste la force », non sans lui avoir auparavant confié que toutes ses illusions politiques se sont effacées « une par une ».

C’est à Jean-Pierre Faye que l’on doit l’invocation au « camarade Mallarmé », dans un article paru en 1969 dans L’Humanité pour dénoncer la mainmise du groupe de la revue Tel Quel sur ce que Philippe Sollers avait désigné comme la « question Mallarmé ». Là encore, au-delà de la querelle de chapelle, c’est la ressource révolutionnaire de l’opération mallarméenne sur le langage qui est avancée comme la promesse d’une société nouvelle, un argument qui circule comme une monnaie de maigre aloi depuis les surréalistes, avec des versions plus élaborées, éthiques ou politiques, chez Paul Valéry ou Maurice Blanchot, Michel Leiris ou Roland Barthes. Même Guy Debord lorgne au copieux râtelier, lui qui affirme dans Panégyrique : « La destruction fut ma Béatrice, écrivait Mallarmé, qui a été le guide de quelques autres dans des explorations assez périlleuses ». « Tout se passe en somme – ajoute Jean-François Hamel – comme si le Livre, duquel Mallarmé attendait l’explication orphique de la terre, représentait pour ces lecteurs un cryptogramme du Capital , un traité de résistance aux mystifications de la société du spectacle, voire un équivalent du petit livre rouge ». Et le placide Francis Ponge, prophétisant dès 1926 l’étonnante fortune politique de celui que Claudel désignait comme « le reclus du cabinet des Signes », se demandait s’il ne fallait pas se préparer au temps où en viendrait « à faire servir Mallarmé comme proverbes »…

C’est l’histoire de l’inscription durable dans le « traité de balistique de la modernité littéraire de la figure du camarade Mallarmé » que raconte cette passionnante enquête, parfaitement documentée autant que réfléchie, et qui peut être aussi lue, du coup, comme le récit des avatars et des impasses de la question de l’engagement en littérature au long du siècle dernier. Jean-François Hamel recycle, pour s’orienter dans le maquis, la distinction utile opérée par Antoine Compagnon entre deux pratiques de lecture : la philologie et l’allégorie. La première rejoint l’œuvre dans son contexte d’apparition en se gardant de toute interférence entre le passé et le présent alors que la deuxième « se l’approprie en lui donnant une signification nouvelle ». C’est ainsi que, pour ceux qui ont tenté de nouer la littérature à la politique, le XIXe siècle apparaît comme « l’arrière-pays du XXe ». On peut penser que le phénomène est lié à la tectonique de l’émergence d’une langue littéraire dans notre horizon national, un phénomène qui a pris des couleurs sociétales et pas seulement culturelles ou symboliques dans un pays qui porte à sa langue un culte ancien.

Jacques Munier

tigre
tigre

Revue Le Tigre N°36-37

http://www.le-tigre.net/

Avec au sommaire :

A propos d’une déesse phénicienne en ferrociment , par Renaud Wattwiller, qui a suivi le procès des pirates somaliens ayant abordé le voilier français La Tanit (un monocoque en ferrociment portant le nom d’une déesse phénicienne) dans l’Océan indien en avril 2009 et dont l’assaut par le commando de marine français avait causé la mort du capitaine du voilier Florent

Il paraît que le progrès, c’est eux , par Antoine Zéo : 24h de conférences d’un think-tank de droite, la « Fondation pour l’innovation politique »

En feuilleton :

— Vies, par Goria

— OFPRA : des jeunes gens tout à fait normaux, par Joël Boulvais

— Toto-Patate : chocolat, par Francis Tabouret

Images

— City stages, photographies de Matthew Pillsbury

— Précisions, photographie d’Anémone de Blicquy

— Dans les arbres, photographies de Corinne Rozotte

— Les baisers de cinéma, dessins d’Amélie Scotta (en couverture du numéro)

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......