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Catholicisme en tensions / Revue Etudes

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Céline Béraud, Frédéric Gugelot & Isabelle Saint-Martin (dir.) : Catholicisme en tensions (Editions EHESS) / Revue Etudes

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Céline Béraud, Frédéric Gugelot & Isabelle Saint-Martin (dir.) : Catholicisme en tensions (Editions EHESS)

Hans Küng : Peut-on encore sauver l’Eglise ? (Seuil)

Hans Küng, l’un des plus brillants – et des plus contestataires – de nos théologiens catholiques, qui se lia d’amitié avec son collègue de la faculté de Théologie de Tübingen, Josef Ratzinger, devenu depuis le pape Benoit XVI. A la demande de Jean XXIII, ils participeront tous les deux pendant trois ans aux travaux du Concile Vatican II.

50 ans après le début du Concile Vatican II, nous sommes à l’heure des constats et ils ne sont guère encourageants pour l’Eglise catholique. Certains, nous y reviendrons, comme Hans Küng, l’ont fait depuis longtemps, et c’est sans doute ce qui explique le titre alarmant de son livre. Son constat recoupe d’ailleurs en tous points celui que dresse Christine Pedotti dans Faut-il faire Vatican III ? : la crise grave des vocations de prêtres, la désaffection des fidèles, l’absence de toute réforme du gouvernement romain et le retour du traditionalisme, de l’autoritarisme et de l’ordre moral, le tout dans le contexte délétère du scandale de la pédophilie. On le voit, nous sommes loin de l’esprit de Vatican II.

L’ouvrage collectif publié sous la direction de Céline Béraud, Frédéric Gugelot & Isabelle Saint-Martin entre dans le détail de nombreux aspects de ce constat mais il a aussi une autre ambition : faire la sociologie des tensions qui traversent le catholicisme dans les pays où il est traditionnellement majoritaire, comme la France mais aussi l’Espagne, l’Italie, le Canada et en particulier le Québec, ou encore l’Argentine. Ces tensions, on peut les résumer comme celles qui opposent l’aspiration au changement et le maintien de la tradition, mais aussi la communauté des croyants et la hiérarchie de l’Eglise dans le contexte d’une sécularisation croissante de la société et, pour l’Eglise, d’un éloignement grandissant par rapport à une culture qu’elle a si longtemps imprégnée, ce que Danielle Hervieu-Léger désigne par la notion d’ « exculturation », où l’on peut entendre l’inversion de ce que les missionnaires jésuites en Chine appelaient au contraire l’« inculturation », c’est à dire la faculté de s’intégrer tout en s’adaptant à une culture si profondément différente.

Ce partage qui va s’accentuant entre la base et le sommet, entre une communauté ouverte et une hiérarchie, notamment romaine, arc-boutée sur le principe de l’unité de l’Eglise et du dogme de l’infaillibilité pontificale est redoublé par une ligne de fracture qui oppose ceux qu’on appelle les « catholiques d’ouverture » et les « catholiques d’identité », même si, comme le rappelle Philippe Portier dans sa contribution, catholiques de droite et catholiques de gauche proviennent « d’une matrice identique fondée sur une commune inquiétude face aux dérèglements causés par la modernité ». Mais aujourd’hui, dans les franges les plus attachées à une pratique observante de la foi, le balancier s’est mis a pencher fortement du côté du catholicisme d’identité, contrairement à ce qui se passait dans les années 60 et 70. Le même auteur donne les chiffres de l’évolution des pratiques pour ce qui concerne la France, mais si le rythme et l’intensité de ces processus sont différents, plus précoces en France, plus tardifs au Québec et en Espagne quoique plus brutaux, moins nets en Italie, ils reflètent les mêmes tendances, de même qu’en Allemagne, où, il faut le rappeler, les catholiques ne sont pas majoritaires et où, comme l’indique Hans Küng dans son livre, des centaines de milliers de fidèles ont signé la déclaration de non-appartenance qui leur permet de ne plus payer l’impôt reversé à l’Eglise. En 2006, seuls 60% des Français reconnaissaient encore appartenir à l’Eglise catholique, contre 80% à la fin des années 50, ce qui ne peut s’expliquer par la progression des pratiquants de la deuxième religion du pays, l’islam, qui représentent aujourd’hui tout au plus 4% de la population française. La pratique des catholiques a subi une érosion en conséquence de cette baisse du sentiment d’appartenance. Dans les années 50, 25% des catholiques déclarés suivaient la messe tous les dimanches et seulement 4,5% aujourd’hui. On peut également repérer un grave déficit dans la connaissance des articles de la morale catholique, comme dans cette enquête réalisée en 2008-2009 auprès des candidats à une assistance médicale à la procréation : plus de 90% des catholiques déclarés, hommes et femmes confondus, admettaient n’avoir aucune connaissance des préceptes de l’Eglise dans ce domaine. Ne parlons pas des dogmes, l’incarnation ou la trinité, seuls 53% des catholiques pensent que Dieu existe et ils ne sont que 10% à ajouter foi à la résurrection des morts.

Sur la distorsion entre les pratiques sociales et la morale de l’Eglise, on trouvera dans l’ouvrage deux contributions sur le vécu des homosexuels catholiques en France et au Québec, autrefois exclus ou contraints de vivre leur sexualité dans le secret, et Hans Küng rappelle dans son livre la désastreuse encyclique Humanae Vitae de 1968 qui s’est opposée sans le moindre succès à la pilule, laquelle fut mise au point, comme il le relève, par deux bons catholiques. L’analyse esquissée par le théologien suisse sur le déroulement et l’échec de Vatican II est particulièrement éclairante, d’autant qu’elle émane d’un témoin direct. Malgré les entraves de la Curie, qui a tout fait pour garder le Concile sous contrôle, l’assemblée des évêques s’était fixée pour tâche deux changements de paradigme, celui de la réforme et de la nécessaire adaptation du dogme et du culte aux données de la société, et celui de la modernité : soit la liberté de conscience et la reconnaissance des autres religions, avec celle de la responsabilité dans l’antisémitisme. Dans la foulée, une nouvelle position de principe, plus positive, est postulée à l’égard du progrès, de la science et de la démocratie. On sait ce qu’il en est resté. Mais lors de sa rencontre avec Benoit XVI en 2005, c’est notamment sur ce sujet qu’a roulé leur longue conversation : « La théologie – je cite – ne peut plus croire qu'elle peut sous son aile ordonner la science, et la science ne peut plus croire qu'elle peut s'ordonner toute seule ».

Jacques Munier

Revue Etudes le N° de décembre, avec notamment deux articles sur la Syrie :

La résistance du peuple syrien

par Wladimir Glasman

Le Web à l’épreuve de la « cyberguerre » en Syrie

par Stéphane BAZAN , Christophe Varin

Ainsi que des Réflexions sur la condition enseignante

par Marcel Pochard

mais je souhaitais revenir sur un N° précédent de la revue, celui du mois de septembre où John O’Malley, professeur de théologie à l’université de Georgetown, revient sur le grand espoir suscité chez les catholiques du monde entier par les travaux du Concile Vatican II et sur la raison pour laquelle on s’est alors mis à parler de « l’esprit » du Concile plutôt que de la lettre des documents qu’il a produits. Il analyse notamment sous cet angle le document final intitulé « L’Eglise dans le monde de ce temps » et la nouvelle manière de parler qui est apparue à l’époque, en particulier en termes de réconciliation, avec le monde, les autres religions et la liberté de conscience.

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