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Chanter chez les Darhad de Mongolie / Revue Techniques et culture

4 min
À retrouver dans l'émission

Laurent Legrain : Chanter s’attacher et transmettre chez les Darhad de Mongolie (École Pratique des Hautes Études) / Revue Techniques et culture N°61 Dossier Vivre le sable (Editions MSH)

darhad
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Dans ce pays de taïgas montagneuses, situé au nord de la Mongolie aux confins de la Fédération de Russie, l’hiver modifie du tout au tout la perception sonore de l’espace. La glace fige les rivières et leur son cristallin, la neige amortit tous les bruits de la nature et, par contraste, souligne ceux de la vie humaine, le crissement des pas, le crépitement du feu, les mélopées et les différentes sonorités de la voix. Les Darhad sont un peuple particulièrement sensible à leur environnement sonore. Laurent Legrain a même forgé pour eux la notion de « continuum sonore », pour qualifier cette relation forte et presque identitaire aux sonorités du monde et des voix. Cette notion est aussi la transposition d’un terme par lequel les Mongols désignent tous les sons qui captent leur attention, un terme unique pour désigner à la fois le son, la voix et le chant. « Toutes les belles choses ressemblent au chant », affirme l’hôte de l’ethnologue, qui ajoute que les Darhad « portent en grande estime ceux qui chantent bien, usent du chant en toute occasion, qu’ils élèvent leur bétail, qu’ils travaillent, qu’ils voyagent, qu’ils célèbrent un événement ».

C’est cet attachement au timbre et aux modulations de la voix qui fait l’objet de cette enquête, en partie historique, et c’est lui qui joue dans la transmission du répertoire, même si celui-ci a eu tendance à se figer en folklore de la « tradition nationale » dans la période soviétique, conformément à la formule de Staline : « national par la forme, socialiste par le contenu ». Aujourd’hui, cette tradition est librement revisitée, parfois réinventée mais elle est toujours au centre de ce « continuum sonore » qui « s’étend – je cite – des mélodies huchées à l’éloquence et du chant long aux petites formules propitiatoires dites en un souffle, et englobe également le son des rivières et du vent, le cri des animaux et les sons produits par leur déplacement ». Les rivières, en particulier, sont réputées conférer une identité propre aux vallées comme le centre de gravité autour duquel s’organisent les communautés qui les habitent, de même qu’elles sont censées colorer de leur empreinte sonore les timbres et les chants. Et c’est par un « principe liquide » que les Darhad rendent compte de l’effet du chant et du poème sur l’esprit, sa capacité à s’infiltrer, à imprégner la sensibilité. Dans ce « continuum sonore » texte et musique sont considérés également signifiants. L’un des interlocuteurs de l’ethnologue s’est employé à lui en faire la démonstration, en déclamant un poème, puis en chantant des onomatopées sans signification sur le même ton, prétendant ensuite qu’il n’y avait là aucune différence.

Au cours d’une promenade avec une jeune Darhad, Laurent Legrain croise un randonneur français affalé sur son sac et lisant tranquillement du Supervielle. La jeune femme lui demande s’il connaît l’auteur du livre et il lui répond qu’il s’agit d’un poète. « Non » rétorque-t-elle incrédule, « comment comprendre un poème en silence ? »

Jacques Munier

Avec un extrait de la chanson « Beauté époustouflante » par Horolbadam, provenant du CD joint au livre

sable
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Revue Techniques et culture N°61 Dossier Vivre le sable (Editions MSH)

http://www.fmsh.fr/fr/c/6773

Le sable qui chante lui aussi dans les dunes, « épiderme sensible sur lequel on déambule »

« Le sable, matière naturelle environnante… et parfois envahissante, n'a jamais vraiment été questionné par les sciences sociales dans ses dimensions socio-techniques, culturelles et symboliques, et en particulier dans les sociétés du désert, d'hier et d’aujourd’hui, peut-être du fait précisément de l’évidence de sa présence. Pourtant, les propriétés physico-chimiques de cette matière impliquent forcément un rapport singulier entre les individus et leur environnement, qu’il soit ou non médiatisé par des artefacts.

Solide, pulvérulent ou encore liquide, cette matière à la plasticité remarquable invite depuis toujours les sociétés à inventer toute une palette de rituels domestiques, de pratiques thérapeutiques, de critères de confort, de procès de fabrication d’objets, mais aussi de techniques d’orientation que ce numéro de Techniques & Culture propose d’explorer, en croisant les points de vue de chercheurs appartenant à différentes disciplines, allant de l’anthropologie et l’archéologie à la physique des solides et à la zoologie, en passant par la géographie et la linguistique... »

Au sommaire

Pierre-Olivier Dittmar & Frédéric Joulian, « Éditorial — Écrire le sable »

Sébastien Boulay & Marie-Luce Gélard, « "Vivre le sable !". Une introduction »

I. États et statuts du sable

Ahmed Ould el-Moctar, « Le sable du point de vue de la physique » ;

Julie Misuriello, « La double perception du sable en Égypte ancienne » ;

II. Habiter, vivre et manipuler le sable

Bernard Faye, « La dune et la bosse » ;

Sébastien Boulay, « Habiter ou "faire avec" le sable » ;

Marie-Luce Gélard, « "Les bains de sable" dans le Tafilalt (Maroc) » ;

Baptiste Buob, « Sable, moules, modèles et matrices » ;

Sylvie Poirier, « Traces, bâtons à fouir et dessins sur le sable chez les Aborigènes du désert occidental australien » ;

III. Empreintes, traces et mémoire du sable

Laurent Gagnol, « Identifier, rechercher et surveiller par les traces » ;

Catherine Taine-Cheikh, « Sur les traces des Maures, entre sable et poussière » ;

Varia

Giulia Anichini, « Quand la science bricole, c'est du sérieux » ;

Gérard Marty, « L'art d'organiser les enchères de bois » ;

Augustin Berque, « Marcher au Japon » ;

Curiosa

Roman Stadnicki & Manuel Benchetrit, « Le sable dans les villes du Golfe » ;

Robert Vernet, « Sable et préhistoire saharienne » ;

Lucie Smolderen & Romain Minguet, « Un fil d’Ariane dans le Dendi ».

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