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Combats de femmes 1914-1918 / Revue Inflexions

5 min
À retrouver dans l'émission

Évelyne Morin-Rotureau (ss. dir.) : Combats de femmes 1914-1918. Les Françaises, pilier de l’effort de guerre (Autrement) / Revue Inflexions Civils et militaire : pouvoir dire N°25 Dossier Commémorer (La documentation française)

autrement
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Une chanson de l’époque, extraite du livre d’Anne Simon-Carrère Chanter la Grande Guerre. Les « Poilus » et les femmes :

« Nous la gratifions de nos caresses / Elle ne fait pas de chichis, d’embarras / Avec elle nous couchons dans toutes les positions /

Et cette bonne-amie-là c’est Rosalie ». Détrompez-vous, cette Rosalie jolie, c’est la baïonnette au canon, ainsi baptisée par les poilus et dont on estime qu’elle n’aura occasionné au final qu’un pour cent des blessures mortelles. Mais en période d’abstinence, sous la mitraille ou les obus, les symboles s’animent dangereusement et Cupidon débride la ceinture. Cet aspect des rapports et des frontières de genre qui s’égarent est l’un des sujets de l’ouvrage collectif consacré à la contribution éminente des femmes à l’effort de guerre. Épouses, fiancées, marraines ou prostituées, elles sont demeurées le plus souvent dans l’envers du décor malgré leur rôle essentiel dans les usines, les exploitations agricoles, au front comme infirmières ou dans le cœur des soldats. Et après-guerre tout rentrera dans l’ordre, les héroïnes sont vite effacées de la mémoire collective, leur émancipation ajournée, si ce n’est tout de même quelques traces de l’épisode : la mode des années 20 et ses « garçonnes » aux cheveux courts, comme leurs robes qui n’utilisent dorénavant que le tiers du métrage de tissu d’avant-guerre. Mais contrairement à leurs voisines allemandes, autrichiennes ou anglaises, il faudra attendre aux Françaises presque 30 ans pour obtenir le droit de vote. Ce qui fait dire aux féministes que le suffrage des femmes aurait sans doute empêché la guerre.

On a gardé l’image des infirmières, les Anges blancs, des munitionnistes des usines d’armement ou des chauffeurs de tram mais l’immense majorité des femmes au travail furent agricultrices. Et il leur a fallu s’y mettre dans l’urgence. C’est au moment même des moissons, au début d’août 1914 que les paysans ont été mobilisés en masse. Et alors elles doivent tout faire, comme le rappelle Michèle Zancarini-Fournel : non seulement faucher avec des instruments le plus souvent inadaptés à leur taille, décider des productions, labourer, semer, rentrer les foins, conduire la charrue, tailler la vigne… Emilie Carle en témoigne : « Nous avions une charrue toute simple, un araire avec un manche fait pour un homme. Pour moi, il était bien trop haut. Quand je faisais des sillons avec cet engin, chaque fois que j’accrochais une pierre, je recevais le manche dans la poitrine ou dans le visage. Pour moi, labourer était un véritable calvaire ».

Leur sort n’était pas plus enviable dans l’industrie. Quatorze heures par jour, les femmes tournent 2500 obus, soit quotidiennement 35 tonnes de métal et les accidents sont fréquents. Le maréchal Joffre leur rend hommage : « Si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre ! ». ça n’empêchera pas les grèves, notamment pour obtenir un salaire égal à celui des hommes. Les femmes font aussi à cette occasion l’apprentissage de la vie syndicale et certaines d’entre elles dirigeront des entreprises malgré la loi qui les considère encore comme des mineures.

Le sort des femmes dans les zones occupées par les Allemands est longtemps resté dans l’angle mort de cette histoire très vite passée sous silence. Déportées, soumises au travail forcé pour les tâches de génie à proximité du front, elles constituaient une sorte de bouclier humain, toujours menacées par les obus de leurs compatriotes et, qui sait, d’un fils ou d’un mari. Par ailleurs, elles sont victimes d’une véritable politique de terreur destinée à impressionner la population et la maintenir en état de choc, et qui s’exerce tout au long du conflit, avec évacuations forcées, prises d’otages, viols. Ce dont les camps de concentration et de déportations de femmes, dès 1916, seront les exemples les plus parlants. En ce sens, la Grande Guerre aura été le laboratoire des horreurs et des tragédies du siècle. Et si elles n’étaient pas directement au front, les femmes seront bien en première ligne.

Jacques Munier

A lire aussi :

poilus
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Revue Inflexions Civils et militaire : pouvoir dire N°25 Dossier Commémorer (La documentation française)

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/revues/3303334100009-inflexions

Dans cette livraison un fil rouge, le centenaire de la Grande Guerre, et des questions concernant le sens de la commémoration pour les militaires, avec notamment l’analyse de Pierre-François Rousseau, médecins des armées et spécialiste des états de stress post-traumatiques, qui résume la situation des vétérans dans le contexte de la commémoration avec cette formule de Claude Barrois : « le souvenir de l’enfer et l’enfer du souvenir ».

La contribution de François Dosse sur la confusion croissante entre le pôle mémoriel et le pôle historique, qui était l’objet du travail de clarification entrepris par Paul Ricœur dans La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli , où celui-ci montre qu’il convient de penser ces deux pôles comme complémentaires, « l’ambition de la vérité pour l’histoire et celle de la fidélité pour la mémoire »

Un entretien avec Jean-Noël Jeanneney, ancien président de la Mission du bicentenaire de la Révolution française.

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