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Comprendre nos interactions sociales / Revue Illusio

4 min
À retrouver dans l'émission

Christian Schmidt , Pierre Livet : Comprendre nos interactions sociales. Une perspective neuroéconomique (Odile Jacob) / Revue Illusio N°12-13 Dossier Théorie critique de la crise (Le Bord de l’eau)

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Ce livre est le fruit de la rencontre entre un économiste et un philosophe qui s’interrogent sur l’apport des neurosciences à notre connaissance des interactions sociales et la part respective du calcul rationnel et des émotions dans le processus de décision qui peut conduire à une opération économique, aussi simple ou complexe soit-elle. Le philosophe – Pierre Livet – est un spécialiste de l’ontologie des êtres sociaux, de la théorie de l’action et des émotions. L’économiste – Christian Schmidt – préside l’Association européenne de neuroéconomie et ses travaux portent sur l’analyse du risque et la théorie des jeux. Celle-ci, pour le dire vite, analyse les situations dans lesquelles l'action optimale d’un agent dépend des anticipations qu'il forme sur la décision d'un autre agent, personne physique ou entreprise. L'objectif de la théorie des jeux est de modéliser ces situations et de déterminer une stratégie optimale pour chacun des agents, voire une forme d’équilibre des stratégies. Elle a de nombreux champs d’application, notamment la géopolitique, les sciences sociales ou l’économie. De nombreux économistes se réclamant de cette théorie appartiennent au cercle restreint des Prix Nobel, à commencer par le dernier d’entre eux, Jean Tirole. Mais autant le dire tout de suite, on ne trouvera pas dans ce livre les recettes pour relancer notre économie en affinant les stratégies des entrepreneurs et des consommateurs. En revisitant des questions classiques de l’économie comme la coordination des actions ou la coopération des agents les auteurs s’emploient à repérer les processus émotionnels et cognitifs qui sont engagés, de même que l’influence des conventions sociales et des normes morales. Au passage, ils introduisent de nouveaux concepts comme l’interintentionnalité des sujets ou les différentes modalités de la confiance, ainsi que le facteur temps dans une vision dynamique du processus de décision.

Un exemple parmi d’autres dans cette forêt touffue de concepts et d’aperçus neuronaux sur la chimie du cerveau : le « discount temporel ». « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », la sagesse populaire subit une irrémédiable érosion dans le temps… Si des deux « tu l’auras » l’un est plus important que l’autre, même séparé du même laps de temps que celui qui s’étend du « tiens » à « tu l’auras », nous allons préférer cette attente à distance pour obtenir le gros lot, alors que dans le présent nous avions opté pour le plus rapide. « La dévaluation des gains futurs diminue donc quand on passe d’une comparaison entre un futur proche et un futur lointain à une comparaison entre deux futurs tous les deux lointains » commentent les auteurs. Comprenne qui voudra, ça se passe dans les méandres obscurs de nos circonvolutions encéphaliques. Conclusion sobre – je cite « Nos affects présentent donc des temporalités diverses ».

Tout le livre est une méthodique mise en cause des illusions que peut susciter cette nouvelle discipline – la neuroéconomie – illusions qu’on peut résumer ainsi : « grâce aux différentes données recueillies sur le fonctionnement du cerveau, nous allons enfin savoir comment raisonnent et décident réellement les êtres humains. Nous pourrons alors ajuster à ces comportements effectifs des modèles de décision et d’interaction qui renouvelleront les modèles formels construits par la théorie économique et par la théorie des jeux pour en rendre compte ». « L’utilisation de l’imagerie cérébrale fournit des résultats passionnants mais l’interprétation de ces résultats se révèle souvent problématique » ajoutent les auteurs. La réserve s’applique à tous les domaines des sciences sociales investis par les neurosciences. Et je soupçonne le philosophe, épistémologue émérite, d’avoir introduit là son grain de sel, lui qui se préoccupe constamment du grain de l’analyse – du plus grossier au plus fin – comme d’un critère discriminant de la connaissance.

Jacques Munier

Revue Illusio N°12-13 Dossier Théorie critique de la crise : Du crépuscule de la pensée à la catastrophe (Le Bord de l’eau)

illusio
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http://www.editionsbdl.com/fr/books/thorie-critique-de-la-crise-du-crpuscule-de-la-pense-la-catastrophe-volume-ii/409/

On change de « boîte à outils » conceptuelle, il s’agit de la Théorie critique de l’Ecole de Francfort. C’est le second volume, le premier étant consacré à la crise sociétale, celui-ci au domaine de la culture et à notre rapport à la nature, et on nous annonce un troisième et dernier volume sur l’économie, la politique et le travail. Une trentaine de contributions, dont des inédits de Günther Anders ou Herbert Marcuse (sur l’écologie)… Les auteurs interrogent l’actualité de la notion d’industrie culturelle, par exemple, au regard des pratiques contemporaines de la fête. On trouvera aussi des rapprochements éclairants entre la Théorie critique et la critique de la Société du spectacle

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