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De l’écologie à l’autonomie / Les carnets du paysage

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À retrouver dans l'émission

Cornelius Castoriadis & Daniel Cohn-Bendit : De l’écologie à l’autonomie (Le Bord de l’eau) / Revue Les carnets du paysage N°25 Dossier Nourritures

écolo
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C’est un document révélateur sur les débuts de l’écologie politique en Europe, sur le moment où elle tente d’aller au delà du combat anti-nucléaire en prenant conscience que la question de l’énergie va engager une remise en cause de l’ensemble des dispositions sur lesquelles reposent nos sociétés avancées, notamment de leur modèle de production et de consommation. Nous sommes début 1980, un débat est organisé à l’université de Louvain-la-Neuve, en Belgique, à l’initiative de plusieurs collectifs étudiants sur le thème : Lutte anti-nucléaire, écologie et politique . Castoriadis et Cohn-Bendit ne se sont jamais rencontrés mais le deuxième a lu le premier et il commence son intervention en confessant une sorte de gêne d’avoir à parler après l’animateur de Socialisme ou barbarie : « Je me trouve un peu – dit-il – dans la situation d’un marxiste qui aurait passé des années à lire Marx et qui, un soir, se trouve discuter avec Marx. » Il va sans dire que la glace est vite rompue, le bouillant Dany se lance dans un vaste exposé aux allures de vision du monde où se croisent écologie et politique, révolution et stratégie de la brèche empruntée à Castoriadis et Claude Lefort, socialisme réel à Berlin-Est et socialisme français dans la personne de Laurent Fabius rencontré par hasard dans un petit village corse, révolution iranienne à ses débuts et abandon des utopies brouillonnes de Mai 68, et beaucoup, beaucoup de questions. Nous sommes à l’évidence à un moment charnière, ce dont témoigne également le débat nourri avec le public, qui fait suite aux deux interventions.

Castoriadis prend la mesure de l’ampleur du problème. On peut résumer ainsi sa position : ce n’était pas facile, déjà, de faire entrer dans les esprits l’idée de révolution, ce sera encore plus difficile de provoquer une prise de conscience concernant l’écologie et toutes les modifications substantielles de comportement individuel et collectif qu’elle suppose. Et ce au fond pour la même raison. Car s’il faut abandonner cette vieille idée de la gauche selon laquelle – je cite « le système établi ne tiendrait que par la répression et la manipulation des gens », et admettre que ce « système tient parce qu’il réussit à créer l’adhésion à ce qui est », il va falloir déployer des trésors de persuasion pour engager les gens dans la voie d’une remise en cause de leurs habitudes, même s’il est clair que les besoins dont ils font état sont en grande partie suscités par le système, lequel fait en sorte de les satisfaire pour le plus grand bien de la fuite en avant technico-industrielle. Une des choses qui pourrait enrayer cette mécanique infernale ce n’est pas la paupérisation, ni la précarisation ou l’insécurité sociale mais « par exemple le fait que les gouvernements ne puissent plus fournir aux automobilistes de l’essence ». « Lorsque nous parlons du problème de l’énergie, du nucléaire, etc. – ajoute Castoriadis – c’est en fait tout le fonctionnement politique et social qui est impliqué, et tout le mode vie contemporain. » C’est pourquoi la crise de l’énergie est aussi une crise de société. Et à cette crise les réponses classiques en termes d’égalisation des conditions ne suffisent plus. Que dire, par exemple, d’un socialisme des embouteillages, lequel est en fait déjà réalisé, qu’on soit au volant d’une Porsche ou d’une Clio ?

There is no alternative , pensent en silence tous les automobilistes. Et Dany le rouge de rebondir sur cette réalité triviale qui fait que chacun est prêt à payer le prix économique et psychologique des bouchons pour s’offrir quatre semaines de vacances. On le voit, comme disait le dialecticien Hegel, le commencement c’est la fin. Les questions posées par le mouvement écologiste dans les prémisses de sa politisation ont ouvert l’horizon d’attente d’une conversion radicale aux réquisits de la planète Terre. Et il faut rappeler que l’autonomie dont il est ici question, c’est la règle – nomos – que l’on s’impose à soi-même – auto .

Jacques Munier

paysage
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Revue Les carnets du paysage N°25 Dossier Nourritures

http://www.ecole-paysage.fr/site/carnets_du_paysage/Nourriture.htm

Le paysage à boire et à manger, comme dit Gilles Fumey dans sa contribution à cette livraison gastronomique qui tente de répondre à ces questions : « quel type de relations matérielles entre les contenus de l’assiette et les paysages de production ? Comment circulent les matières, comment sont-elles produites, transformées, conditionnées ? » Comme on le verra, « l’assiette nous parle du paysage » car s’il y a une fonction symbolique des aliments que nous mangeons, ce N° explore ses représentations paysagères. Et l’on sait bien que l’agriculture façonne les paysages, comme l’a montré le géographe Roger Dion à propos de la vigne.

Avec un bel exemple, très visuel, d’identification d’un produit à son territoire : le fromage saint-nectaire, comme on peut le voir à travers toute une collection d’étiquettes de cette AOP d’Auvergne, où les paysages figurent comme une garantie d’origine et l’image d’une « nostalgie agricole »

Du Triangle Vert, dans l’Essonne à la nourriture internationale au Mexique, la belle table que voilà

ÉDITORIAL Jean-Marc Besse, Dans l'assiette CIRCUITS Habib Ayeb, La nouvelle agriculture dans la steppe du Sud-Est tunisien et la mort annoncée de l'oasis de Gabès. Ou quand la dépossession et la marginalisation sociale transforment les paysages Antoine Jacobsohn, Agriculture, nourriture et paysage au Potager du Roi Thierry Laverne, Le Triangle Vert, les potagers et les champs citoyens Jean-Philippe Teyssier, L'approvisionnement : l'impossible, l'exceptionnel, l'ordinaire

CARTES Gilles Fumey, Paysages à boire et à manger Lydie Ménadier et Yves Michelin, Le paysage comme élément d'identification d'un produit à son territoire : entre réalisme et symbolisme. Le cas du fromage saint-nectaire Maximino Matus Ruiz, La fragmentation des frontières nationales et l'assemblage des paysages alimentaires. Des aliments mexicains aux États-Unis à la nourriture internationale au Mexique

SÉLECTION Cueillette. Petite anthologie RECETTES Serge Bahuchet, La viande de brousse. De la forêt des Pygmées à la capitale, en Afrique centrale Sébastien Argant et Eugénie Denarnaud, Être à la table du paysage. Parabole sur le commensalisme et notre lien à la terre par la bouche Thierry Boutonnier, Triste trophique Olivier Sigaut, Sylvie Monin et Bernadette Lizet, Le pâté de ragondin. Enquête sur un aliment limite Michel Bras et Chloë Francisci, De la cueillette à l'assiette Jean-Claude Bruneel, Alimentaire, mon cher espace vert ! Biodiversité gourmande jusque dans la ville

MISE EN BOUCHE Fabien Vallos, Le paysage en ambigu. Ou comment le paysage est un garde-manger Stéphane Crémer, La Terre est ronde comme un sakazuki Émilie Bierry, La cuisine comme paysage Françoise Crémel, La succulence du paysage Nicolas A. A. Brun, La sapide blancheur

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