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Dictionnaire encyclopédique d’éthique chrétienne / Revue d’éthique et de théologie morale

7 min
À retrouver dans l'émission

Laurent Lemoine, Eric Gaziaux, Denis Müller (dir.) : Dictionnaire encyclopédique d’éthique chrétienne (Cerf) / Revue d’éthique et de théologie morale N°273 (Cerf)

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Les auteurs, partant du constat que dans le domaine éthique les choses vont toujours plus vite, se sont orientés dans une double direction : d’une part, faire le point en actualisant les données et en resserrant la focale sur la pointe avancée du contemporain et d’autre part élargir l’horizon à toutes les sensibilités du christianisme et pas seulement à la doctrine catholique. Un peu plus de deux-cents articles, d’Acharnement thérapeutique à Vulnérabilité en passant par Bien commun, Clonage, huit entrées différentes pour Ethique, Famille, Homosexualité, Liberté, Responsabilité ou Soins palliatifs, 115 auteurs, parmi lesquels Jean-Marie Colombani pour Communication, François Euvé pour Sciences, Eric Fassin pour Discrimination et Pacs, David Le Breton pour Anthropologie du corps et Violence ou Paul Valadier pour Politique, et je ne cite là que quelques uns des auteurs les plus connus, il fallait bien une telle diversité pour se hisser à la hauteur de la tâche et rendre compte de ce que l’esprit du christianisme peut encore inspirer comme valeurs, pratiques ou conduites dans un monde largement sécularisé et à partir d’un pays de tradition laïque comme le nôtre.

Compte tenu de l’importance qu’a prise chez nous le débat récent sur le mariage gay, et de la présence déterminée et voyante des catholiques dans le camp des opposants, on n’a pas résisté à la tentation de se rendre bille en tête à l’entrée Mariage, une institution qu’on disait il n’y a pas si longtemps moribonde. Due à Xavier Lacroix, philosophe, théologien et membre du Comité consultatif national d’éthique, qui signe également l’article Famille, la notice nous rappelle que le mariage est la plus universelle de toutes les institutions, celle qui établit les règles de la filiation et les structures de la parenté. Elle revêt également un caractère social, qui prend tout son sens, nous dit l’auteur, dans la perspective de la filiation. L’enfant de deux concubins est l’enfant de deux célibataires dont le lien n’est pas reconnu socialement et c’est, selon l’auteur, « une base de sécurité affective, pour un enfant, de savoir que sa famille n’est pas fondée seulement sur des réalités subjectives, mais par son inscription dans un cadre social, public, institué ». C’est pourquoi il s’inscrit en faux contre l’affirmation de la sociologue Irène Théry, pour laquelle « rien ne distingue dans leur vie quotidienne les familles naturelles et les familles légitimes ». Et il s’avère que le taux de rupture entre les concubins est six fois plus élevé qu’entre les époux. Très complète, la notice aborde tous les aspects de cette union, son histoire et son mystère, celui qui fait d’un couple, selon l’Evangile, « une seule chair », la nature du contrat et de la fidélité, mais on chercherait en vain la moindre allusion au mariage entre personnes du même sexe. C’est que sans doute le genre n’ajoute rien à l’affaire, ni ne lui retranche, et l’on peut en conclure, comme cet industriel devenu secrétaire d’état à la Défense du président Eisenhower : « ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique ».

Guidé par la curiosité, on poursuivra alors sa petite enquête à la notice Parentalité qui succède immédiatement à PACS. « Le chemin de la connaissance est rond comme une pomme », disait un grand kabbaliste. On retrouve à la fois Irène Théry et Xavier Lacroix dans l’article de Laurent Lemoine, chargé de cours à l’Université catholique de l’Ouest et celui-ci fait état des débats de société « très vifs » que suscite cette question. Avec les familles « monoparentales », « pluriparentales », « coparentales », il évoque également les familles « homoparentales ». Et c’est pour dire que si l’on manque de recul pour juger du développement psychoaffectif d’un enfant élevé par « deux papas » ou « deux mamans », les études réalisées « tendent à mettre en évidence qu’il n’y a pas, pour le moment, de troubles particuliers chez ces enfants ». Et d’avancer qu’une des raisons en serait que l’identification au masculin et au féminin ne se limite pas au père et à la mère et que d’autres peuvent aussi jouer ce rôle. Et l’œdipe dans tout ça ? Qu’est-ce qu’on va faire des psychanalystes ?

Je passe très vite sur l’entrée Pornographie, car elle nous apprend qu’un enfant de 11 ans sur deux aurait déjà vu un film de cette catégorie et que 26% des garçons et 24% des filles de 14-18 ans se disent spectateurs assidus… Aïe, pas d’entrée Contrôle parental mais Freud et Lacan invoqués, ce dernier pour son « objet partiel » qui définit bien la manie du corps morcelé et l’apothéose des organes qui provoque la sidération, avec la logique de la pulsion qui vient entraver celle du désir, la pulsion dont Freud avait souligné le caractère répétitif, ici largement confirmé.

Je ferme la parenthèse pour aborder les grandes questions. Dans une enquête réalisée en 2008-2009 auprès des candidats à une assistance médicale à la procréation, plus de 90% des catholiques déclarés, hommes et femmes confondus, admettaient n’avoir aucune connaissance des préceptes de l’Eglise dans ce domaine. L’article du bioéthicien Laurent Ravez sur la procréation peut utilement pallier cette lacune, je n’en retiendrai qu’un aspect qui prend aujourd’hui une grande acuité : le médecin pointe « la montée en puissance d’un état d’esprit faisant de l’enfant un besoin à satisfaire »…

Dans cette lecture très orientée par l’actualité des débats sociétaux, j’ai fait des choix mais chacun pourra composer son parcours à sa guise et réactualiser ou faire progresser ses connaissances en matière religieuse, par exemple, avec des valeurs sûres comme le Péché ou la Grâce, car Grégoire le Grand le disait déjà : « L’Ecriture avance avec ceux qui la lisent ».

Jacques Munier

Revue d’éthique et de théologie morale N°273 (Cerf)

Une revue dirigée par Laurent Lemoine, qui est l’un des coordinateurs du dictionnaire dont je viens de parler

Au sommaire de cette livraison, on trouvera une contribution consacrée au mariage homosexuel, due à un professeur à la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris, Hubert Faës, qui commence par réfuter les arguments psychanalytiques et anthropologiques mis en avant par les opposants, considérant qu’ils « font un usage sommaire, voire abusif, des connaissances contemporaines » et surtout, du point de vue religieux, il affirme – je cite – qu’ « il n’ y a rien dans la foi chrétienne, dans l’Ecriture sainte et dans les dogmes essentiels, qui implique une condamnation de l’homosexualité et une interdiction du mariage homosexuel. » Il y a bien dans l’Ancien Testament des interdits et des jugements négatifs concernant l’homosexualité mais rien dans le Nouveau Testament, et c’est d’ailleurs ce qui explique que les opposants dans le camp catholique aient plutôt recours à des arguments de type anthropologique.

Et voici pour être tout à fait complet le message d’un auditeur ou d’une auditrice :

« Rien dans le nouveau testament qui condamne l'homosexualité ? "C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes: car leurs femmes ont changé l'usage naturel en celui qui est contre nature; [27] et de même les hommes, abandonnant l'usage naturel de la femme, se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement. [28] Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour commettre des choses indignes, [29] étant remplis de toute espèce d'injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice; pleins d'envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité; [30] rapporteurs, médisants, impies, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, dépourvus d'intelligence, [31] de loyauté, d'affection naturelle, de miséricorde. [32] Et, bien qu'ils connaissent le jugement de Dieu, déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font." (Saint Paul, Épître aux Romains, 1, 26-32). Personnellement, l'homosexualité et le mariage entre personnes de même sexe me sont complètement indifférents, mais, à moins que je me trompe et que les Épîtres de Saint Paul ne fassent plus partie du Nouveau Testament, Hubert Faes vous a manifestement induit en erreur et je tenais simplement à vous le signaler. »

Dont acte

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