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The Doors / Revue Pulp

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Greil Marcus : The Doors, une vie à l’écoute de cinq années d’enfer (Galaade Éditions) / Revue Pulp N°3 Dossier Stars et idoles

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« À l’origine de ce livre – nous dit Greil Marcus – il y a les nuits que ma femme Jenny et moi avons passées (…) à nous éclater aux concerts des Doors. Nous avons pris des prospectus en repartant, et par je ne sais quel miracle, cinq déménagements et quarante-quatre ans plus tard, ils n’ont jamais disparu. » Le grand critique rock américain, dont Salman Rushdie estime que personne n’analyse une chanson comme lui, « dont la prose est aussi passionnée et omnivore que la musique qu’il aime » dit-il, a construit son livre autour des grands titres du groupe comme autant de vignettes tirées des dépliants de concerts, souvenirs de performances mémorables. Omnivore, sa prose l’est en effet, qui ne recule devant aucun rapprochement : Thomas Pynchon pour L.A. Woman , en particulier son polar Vice caché , Le Grand Sommeil de Raymond Chandler avec l’élégante plongée dans l’inconscience de The Crystal Ship , ou encore Roy Lichtenstein à propos de la fille Twentieth Century Fox , pour « l’éclat pop, l’ironie, le sourire sardonique ». Et même l’Internationale situationniste. Sans compter l’évidence de l’emprunt à Bertolt Brecht et Kurt Weill dans Alabama Song (Whisky bar ).

« Le groupe était à la fois léger et acharné » note Greil Marcus, et toujours dans une balance incertaine et tangente avec « la voix intense, onctueuse » de Jim Morrison, « un puits profond ». « Au plus fort de son efficacité – ajoute-t-il à propos de When The Music Over – le groupe est quasiment absent, comme pour donner au chanteur la place dont il a besoin pour s’échapper des mots qu’il a lui-même écrits », cherchant « une chanson à l’intérieur de la chanson ». « Parfois j’invente des mots pour pouvoir me souvenir de la mélodie que j’entends » a dit un jour Morrison. Libérée du sens, la chanson devient ainsi – je cite « un champ d’action sans clôture ». Et « Ray Manzarek (le compositeur) joue de son orgue comme s’il étouffait une caisse claire derrière le violon d’Henny Youngman », l’instrumentiste célèbre pour son humour et ses bons mots.

Un concert des Doors était, selon les dires de Jim Morrison, « une sorte de réunion publique », où les gens n’hésitaient pas à s’exprimer ou réclamer leur dû. En particulier la chanson Light my fire , vite classée au sommet des hit-parades et régulièrement plébiscitée. Come on baby, light my fire , le feu désiré, « une porte ouverte qui ballotte dans le vent », « un cri de plaisir se dédoublant dans son propre écho ». À la fin, note Greil Marcus à propos du concert du 30 septembre 1967 à Denver, « l’énergie et l’intensité sont telles que l’on croirait presque voir Morrison à genoux, poussant la chanson à travers un mur ».

Parfois – je cite « la chanson tangue entre le rêve et l’éveil, la parole et le silence, le fantasme et la réalité, la mort ou le matin suivant ». Les mots et l’image du « vaisseau de cristal » sont propulsés par une voix tapie derrière eux en direction de la mer obscure du sommeil. Pour en émerger, ou y retourner, voici bâbord amure le chant d’un bateau ivre, avant le dernier baiser, Crystal Ship

Before you sleep into unconsciousness I'd like to have another kiss, another flashing chance at bliss, another kiss, another kiss.

Avant que tu ne sombres dans l'inconscience Je voudrais un autre baiser, Une autre chance éclair vers la félicité, Un autre baiser, un autre baiser.

Jacques Munier

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Revue Pulp N°3 Dossier Stars et idoles

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