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Du Golfe aux banlieues / Revue Langage et société

6 min
À retrouver dans l'émission

Mohamed-Ali Adraoui : Du Golfe aux banlieues. Le salafisme mondialisé (PUF) / Revue Langage et société N°143 Dossier Dynamique langagière au Maroc (Editions MSH)

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Du Golfe aux banlieues, c’est le trajet de l’influence et du prosélytisme salafiste depuis l’Arabie Saoudite, qui s’appuie notamment sur une politique d’accueil des étudiants du monde entier venant se former à l’orthodoxie et aux normes salafistes dans ce pays, et sur des réseaux institutionnels qui propagent cette idéologie à l’échelle planétaire, comme la Ligue islamique mondiale. Cette influence se manifeste en particulier dans l’allégeance symbolique à l’égard du Royaume qui fait des membres de cette nébuleuse salafie partout dans le monde, et en France également, des « défenseurs du trône des Saoud » en vertu de la conformité du Royaume aux principes de la charia et d’une pratique fondamentaliste, rigoriste de l’islam. Même si depuis la France les candidats à la formation religieuse salafie se dirigent plutôt vers des pays comme l’Egypte ou l’Algérie, la société saoudienne reste l’horizon indépassable des sectateurs de ce mouvement. Mohamed-Ali Adraoui les a étudié de près, en suivant leur parcours biographique depuis leur engagement et les motivations de ce choix jusqu’à leur mise en retrait volontaire dans leur propre société, notamment par l’adoption des signes distinctifs comme la longue barbe, le qamis, une longue chemise qui ne descend pas jusqu’au mollet, la calotte qui couvre parfois un crâne rasé et pour les femmes le voile intégral.

A bien des égards le salafisme s’apparente dans son fonctionnement à une secte : rupture avec le milieu d’origine, surtout lorsqu’il est non musulman, processus de resocialisation, changement de nom, ainsi que d’apparence vestimentaire et physique, adoption d’un vocabulaire spécifique, pauvre et répétitif où reviennent en boucle des termes comme « impie » ou « mécréant », « innovation » qui désigne la déviance absolue, « preuve » qui dit la vérité d’un islam considéré « authentique » ou « retour », qui revient souvent pour signifier à la fois le retour à des origines qu’on peut estimer largement reconstruites, retour aux fondamentaux ou même retour dans les pays où règne la vraie foi et la charia. Certains salafistes enquêtés dans ce livre ont ainsi fait le pas et sont allés s’établir en Egypte, par exemple. Le mot par lequel ils se désignent – salafi ou salafiste – provient des premiers et réputés plus vertueux musulmans, ceux qui ont vécu à l’époque de la Révélation, et dans les temps qui ont suivi immédiatement et qu’on appelle les Salaf Salih .

D’après un rapport des renseignements généraux datant de 2005, les musulmans appartenant à cette obédience seraient environ 5000. La plupart sont jeunes, autour de la trentaine, moins de 10% ont dépassé 40 ans et dans leur grande majorité ils se sont convertis au salafisme autour de l’âge de vingt ans. Parmi eux la plus grande partie – 50 à 60% - sont issus de familles maghrébines, 25 à 30% proviennent de milieux non musulmans et le reste regroupe des musulmans originaires de pays d’Afrique sub-saharienne comme le Mali ou le Sénégal. Les musulmans turcs restent extrêmement rares dans cette mouvance. Les « convertis » à l’islam viennent essentiellement de familles antillaises ou africaines chrétiennes et dans une moindre mesure de familles chrétiennes européennes.

L’auteur a concentré ses observations sur l’une des grandes familles du salafisme, celle des « puristes », qu’on peut aussi désigner comme « quiétistes », essentiellement religieux et préoccupés de recherche de la perfection dans leur foi. Mais il existe aussi une tendance « djihadiste » qui regroupe les adeptes de l’action violente, voire du terrorisme et une tendance dite « politique » dont les membres sont « participationnistes », c’est-à-dire intègrent le jeu politique pour défendre leur conception de la société et s’engagent dans les élections et le débat public. Mais d’une manière générale, comme en témoignent les entretiens recueillis dans le livre, les salafis sont hostiles au vote et à la démocratie, car le caractère égalitaire des consultations électorales aboutit selon eux à faire que la voix d’un « pervers » ou d’un « mécréant » équivaille à celle de ce qu’ils désignent comme une « personne de science ». Dans leur attitude de retrait par rapport à la société occidentale, nombreux sont ceux qui ne dédaignent pas certains aspects de la modernité, notamment la technologie ou la réussite économique, et certains s’adonnent même à un consumérisme décomplexé. Il reste que les frontières sont poreuses entre les trois catégories définies par l’auteur et les cas de passage au djihad existent, comme l’a montré l’affaire Merah.

On pourrait résumer la nature des motivations qui animent les impétrants salafistes comme la recherche d’un islam « clef en mains », où l’effort personnel d’interprétation, d’infusion du message coranique est évacué. Un catalogue de solutions simples et immédiatement applicables, même si dans le détail la confusion s’invite en douce dans le discours. Ainsi sur la question des femmes. Les salafistes, évidemment polygames, sont en porte-à-faux dans notre société, à cet égard comme à tant d’autres, les propos en témoignent à satiété. Adnan, né Pierre dans une famille d’origine bosniaque, au sujet de la polygamie : « Pourquoi devrais-je me priver des bienfaits que Dieu a autorisés pour moi ? », pendant que son épouse débarrasse les reliefs du dîner. Et Bilal, selon lequel – je cite « l’islam prône l’égalité entre l’homme et la femme dans la restitution des droits mais pas au niveau des fonctions à remplir (…) Par exemple la femme doit rester à la maison pour veiller sur les biens de son mari et les enfants (…) Elle ne doit pas s’exhiber dans la rue car (…) c’est un facteur d’adultère ».

Jacques Munier

Revue Langage et société N°143 Dossier Dynamique langagière au Maroc (Editions MSH)

Un point sur la diversité linguistique au Maroc : l’arabe et ses variétés dialectales, le berbère, le judéo-espagnol, le français, une diversité qui est aujourd’hui soutenue par une politique de reconnaissance mise en œuvre dans l’éducation et les medias

Le berbère, qui est aussi appelé amazighe, dont Ahmed Boukous, de l’Institut Royal de la Culture Amazighe à Rabat, étudie le processus de revitalisation, l’aménagement du corpus et les politiques de soutien

Simon Lévy étudie les parlers arabes des Juifs du Maroc, une population dont le nombre n’a cessé de décliner et dont la couche scolarisée es gagnée par le français

Leila Messaoudi s’intéresse à ce qu’on appelle les « technolectes », langues techniques et jargon des métiers (la mécanique, le droit, la santé ou l’agriculture), ou le français joue un rôle important même s’il a tendance à être supplanté par l’anglais, notamment dans les entreprises multinationales

Sommaire

Dossier : Les langues au Maroc

Leila Messaoudi, « Dynamique langagière au Maroc. Présentation » ; Ahmed Boukous, « Revitalisation de l'amazighe. Enjeux et stratégies » ; Abderrahim Youssi, « Impératifs linguistiques, inerties socioculturelles » ; Simon Levy, « Les parlers arabes des juifs du Maroc » ; Hafida El Amrani, « Le statut du français écrit des nouveaux étudiants » ; Leila Messaoudi , « Les technolectes savants et ordinaires dans le jeu des langues au Maroc » ;

Varia

Maud Verdier, « La constitution de l'idéologie linguistique des chatteurs malgachophones dans les cybercafés de Tananarive » ; Nathalie Garric et Julien Longhi, « Atteindre l'interdiscours par la circulation des discours et du sens » ;

Rapport

Françoise Gadet, « Un nouveau corpus recueilli dans la région parisienne ».

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