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Edmond Maire, une histoire de la CFDT / Revue Politix

4 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Michel Helvig : Edmond Maire, une histoire de la CFDT (Seuil) / Revue Politix, N°102 (De Boeck) Dossier Continuités et discontinuités dans le militantisme.

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Peu de dirigeants syndicaux auront autant marqué les mémoires qu’Edmond Maire. Il est vrai, comme le relève l’auteur, que leur action est circonscrite à leur mandat et que leur vie austère ne se prête guère au storytelling . L’ambition personnelle, la leur ou celle qu’on leur prête est en principe un sujet tabou dans le contexte de l’action syndicale et le meilleur profil est celui où l’ego affleure le moins possible. Celui que Michel Foucault avait nommé « l’homme véridique » parce qu’il ne s’embarrassait pas de précaution dans le débat public aura pourtant laissé l’empreinte d’un visage et d’un tempérament, le fruit d’une alchimie bien française au carrefour des traditions anarcho-syndicaliste, chrétienne et socialiste du mouvement ouvrier. Et comme on peut le voir dans le livre très documenté de Jean-Michel Helvig, l’itinéraire du dirigeant de la CFDT constitue – je cite « un plan de coupe de l’histoire politique et sociale contemporaine », celle des Trente Glorieuses et de la lutte pour l’autogestion dans le sillage de Mai 68, celle des années Mitterrand et de la Deuxième gauche .

Né dans le creuset de la chimie, étant lui-même chimiste, formé aux cours du soir des Arts et Métiers, il intègre la Fédération de la Chimie dont son prédécesseur à la direction de la CFDT, Eugène Descamps, dira un jour qu’elle joue un peu pour la Confédération le rôle des docteurs de la loi, ceux-ci ayant reproché au métallurgiste son manque de fermeté à l’égard de la CGT. C’est auprès de ces hommes « revêches et raides », selon les dires d’Edmond Maire, qu’il fait sa formation syndicale et forge son propre style. Par ailleurs, la chimie est une filière en pointe dans un monde en pleine révolution technologique, une forme nouvelle de classe ouvrière s’y développe, que les sociologues du travail comme Alain Touraine ou Michel Crozier commencent à étudier. La Fédération de la chimie est parfois critiquée comme un syndicalisme où la base est ouvrière et les chefs des techniciens, la blouse blanche commence à y supplanter les « cols bleus » qui entament leur long déclin, même si Edmond Maire affirme se sentir « plus proche des ouvriers que des ingénieurs ».

C’est à la tête de cette Fédération qu’il suit les accords de Grenelle en mai 68, sans faire partie des négociateurs puisqu’il n’est pas au bureau confédéral. En fin politique, Georges Pompidou a décidé de privilégier les revendications de la CGT – l’augmentation du SMIG de 35% et de l’ensemble des salaires de 10%, notamment – au détriment des revendications plus sociétales de la CFDT, en particulier la réduction du temps de travail et la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise, c’est-à-dire de la démocratie au travail. Mais c’est le moment que choisit Edmond Maire pour lancer dans le débat public le concept qui va devenir pour quelques années le « marqueur » de la CFDT : l’autogestion. « À la monarchie industrielle et administrative – annonce-t-il – il faut substituer des structures démocratiques à base d’autogestion ». La notion, importée de l’expérience yougoslave, a son petit parfum d’émancipation soixante-huitarde et même si ses contours restent flous, elle va trouver à s’incarner dans le « conflit exemplaire » des Lip à Besançon.

Les années Mitterrand vont constituer le sommet de cette trajectoire du « syndicalisme sociétal » tel qu’il est conçu par celui qui est devenu le secrétaire général de la CFDT depuis 1971. Edmond Maire occupe en effet une place originale dans la vie publique entre l’homme de bon sens qu’est André Bergeron, pour qui le monde n’a pas bougé depuis Yalta, et celui qu’il surnomme « l’instituteur du communisme », l’inoubliable Henri Krasucki qui a remplacé Georges Séguy auquel Georges Marchais impute son mauvais score à la présidentielle. L’épisode Solidarnosc contribuera à ancrer le syndicat dans le paysage intellectuel en le plaçant au cœur du mouvement de soutien à ce qui va préluder à la mutation décisive qui aboutira à la chute du mur de Berlin. Là, c’est une autre histoire qui commence, pour la CFDT comme pour le monde, mais la figure débonnaire et intransigeante à la fois d’Edmond Maire restera le symbole fort de ces années cruciales.

Jacques Munier

Pour compléter cette réflexion ouverte sur la nature de l’engagement syndical, vous nous proposez de feuilleter la dernière livraison de la revue Politix, N°102 (De Boeck) Dossier Continuités et discontinuités dans le militantisme.

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Dans la foulée de ce syndicalisme sociétal et plus « qualitatif », différent d’un syndicalisme dit plus « quantitatif », qui se préoccuperait davantage d’augmentation salariale que de conditions de travail et de vie dans l’entreprise et en dehors de l’entreprise, les auteurs de ce N° évoquent ces formes nouvelles d’engagement.

http://www.cairn.info/revue-politix.htm

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