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En Corse, société en mosaïque / Revue Études corses

7 min
À retrouver dans l'émission

Gérard Lenclud : En Corse. Une société en mosaïque (Editions de la Maison des sciences de l’homme) / Revue Études corses n° 73 Dossier Vivre l’insularité

Etudes corses
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En corse
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Il s’agit d’un ensemble d’études portant sur la société corse, à partir des observations faites sur le terrain d’une communauté pastorale regroupant plusieurs villages d’une haute vallée proche de la Balagne dans les années 70. Ces études étaient parues en ordre dispersé à l’époque dans des revues comme Etudes rurales, Ethnologie française ou Terrain et elles portent sur l’économie pastorale par rapport aux ressources du milieu, mais aussi sur l’organisation familiale face aux campagnes de l’administration française pour organiser la répartition par foyer, on disait par « feu », des biens communaux, notamment fonciers sur la question délicate en contexte de forte émigration de l’héritage des terres en relation avec le droit coutumier de succession et enfin sur la structure clanique bien particulière de la population de l’île. L’époque est cruciale pour ces institutions d’une société rurale en pleine mutation, promise de tous côtés à la disparition mais qui s’accroche à la montagne et tente d’y maintenir, avec le concours de la diaspora, son modèle d’existence. C’est aussi l’époque d’un regain du nationalisme corse, avec, on s’en souvient, l’acmé des événements d’Aleria : en août 1975, quelques dizaines d'hommes, conduits par Edmond Simeoni, occupent les caves d'un viticulteur pied-noir suspecté d'être mêlé à un scandale financier au préjudice des petits producteurs corses.

Si les circonstances qui expliquent ce regain sont bien présentes dans tous les aspects des mutations observées : l’exode rural, les projets d’infrastructures destinées à un tourisme de masse, l’installation favorisée des rapatriés d’Algérie ressentie comme une nouvelle colonisation, la question du mouvement indépendantiste est cependant absente de ces études et elle n’est abordée que rétrospectivement par l’auteur dans un copieux avant-propos qui détaille les causes de cette éruption et revient sur la nature à bien des égards problématique de la notion de nationalisme appliquée à la réalité sociale et politique de la Corse. Car c’est plutôt l’image de la mosaïque qui définit le mieux cette société qu’on a pu désigner comme une « société sans état », voire une « société contre l’état », ce qui écarte d’emblée la conception historique forgée au temps du « Printemps des peuples » de la nation comme état, ou Etat-Nation. Traditionnellement, la Corse est en effet un archipel de pays, le mot « paese » désignant le village autant que le pays, l’unité la plus réduite mais aussi le « milieu » de la plus forte identification à l’entité culturelle corse. Mosaïque est en Corse l’emboitement dans chaque vallée de chaque communauté regroupant des villages où chaque maisonnée, chaque famille revendique spontanément un idéal de souveraineté, appuyé sur un objectif d’autosuffisance, ce qui donne d’ailleurs à la notion de clan sa substance si particulière à l’île, faite de passion pour l’égalité dans la réciprocité . Dans ces conditions, Gérard Lenclud, excellent et ancien connaisseur de la société corse mais qui s’exprime ici comme citoyen, considère que s’il pouvait ressentir comme profondément légitime le refus opposé à l’avenir programmé pour l’île et admettait l’efficacité du plastic contre la spéculation foncière, la réponse politique des milieux indépendantistes lui paraissait en revanche sacrifier à un genre de nationalisme dont on n’avait pas fini en Europe de constater les dégâts.

Si on l’en croit, c’est davantage par une forme de concitoyenneté liée à cette appartenance au lieu que les Corses se sentent compatriotes entre eux et que se perpétuent notamment les réseaux de solidarité sur le continent, un sentiment d’appartenance qui s’explique aussi par la géographie du pays, dont le relief découpe des régions, des pays, des îlots qui font parler à l’auteur d’archipel pour désigner le tissu social de cet ensemble de souverainetés, qui s’articulent parfaitement dans le système des clans. Aujourd’hui, le pouvoir se récolte plutôt dans les urnes qu’à la pointe du fusil et c’est ce qui donne à la politique ses allures de clientélisme assumé où le choix partisan ne correspond pas forcément aux critères du continent. Un préfet notait déjà en 1923 à l’intention de son ministre de tutelle que « l’activité politique a toujours été considérable dans ce département » mais qu’elle « y prend une forme spéciale. Elle ne porte point sur le même ordre de faits et ne répond point aux mêmes préoccupations qu’ailleurs ». L’observation est clairvoyante, elle a perçu le caractère exotique de la pratique de la politique sur l’île, qui répond davantage à des critères claniques dont Gérard Lenclud décrit les caractéristiques essentielles : le bipartisme, le parti qui détient le pouvoir et celui qui le convoite, et du coup l’affiliation obligée, pas de neutralité possible, on peut changer de camp mais alors on change d’amis et d’ennemis et enfin l’organisation en clientèle par laquelle s’institue le régime du « protecteur » avec lequel se noue un lien électif et affectif. Chacun de ces éléments, en principe distincts, auxquels il faudrait ajouter l’exercice partisan d’un pouvoir qui ne se partage ni se délègue, n’est spécifique au pays mais Gérard Lenclud relève que « la perfection de leur combinaison en Corse paraît dessiner une constellation culturelle originale ».

Un autre préfet de la République cité par l’auteur résume mieux que je ne saurais le faire la mécanique qui fait marcher le système : « Le Corse vote par affection personnelle plus que par considération politique. Il faut l’avoir pour soi ou contre soi. Le moyen entre tous les autres de le gagner, de se l’attacher, consiste à le persuader qu’on peut et qu’on veut lui être utile. Si cette utilité est actuelle, alors vos principes, vos affections deviennent les siens il est à vous corps et âme. D’un autre côté le Corse est d’une prodigieuse susceptibilité, d’un amour-propre excessivement ombrageux et irritable. Si dans le bienfait dont il est l’objet, il voyait le prix anticipé des complaisances qu’on attend de lui, il repousserait avec hauteur et mépris les bienfaits et le bienfaiteur ».

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Études corses n° 73

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