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Environnement et société / Revue Mouvements

7 min
À retrouver dans l'émission

Chantal Aspe , Marie Jacqué : Environnement et société. Une analyse sociologique de la question environnementale (Editions de la MSH) / Revue Mouvements N° 70 Dossier Vers les droits de la nature La Découverte

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Vous allez recevoir Daniel Cohn-Bendit, on se souvient du pavé dans la mare écologiste qu’il a récemment lancé depuis les colonnes du journal Libération, c’était vendredi dernier. Il dénonçait, entre autres, une baisse de régime de l’écologie politique en France et une panne des idées. « Le paradoxe, disait-il, c’est qu’on existe à l’Assemblée, au Sénat et au gouvernement, mais plus dans la société. Nos succès institutionnels ne sont pas accompagnés, bien au contraire, d’une dynamique citoyenne. Notre image est devenue détestable. Nous avons échoué là où on voulait redonner espoir : en faisant de la politique autrement. » Le constat est alarmiste, il est de bonne guerre venant d’un responsable politique que préoccupent les orientations stratégiques de son mouvement. Le livre de Chantal Aspe et de Marie Jacqué apporte des éléments de solution à cette paradoxale crise de croissance que traverse l’écologie politique dans notre pays.

D’abord, en resituant le mouvement vert dans l’histoire sociale et la dynamique citoyenne dont il est issu, celle d’une nouvelle forme d’action militante définie comme la « participation associative » dont témoigne l’essor des associations et ONG, leur participation croissante aux instances de décision locales et nationales, voire internationales. Ensuite, en montrant comment les sciences sociales peuvent observer et analyser les interactions entre milieu social et environnement, pas seulement dans le sens des conséquences de l’activité humaine sur le milieu naturel, mais aussi dans celui des implications de contraintes environnementales sur la vie sociale. Et enfin, dans cette perspective, en invitant sciences de la nature et sciences de la société à développer des interactions et des échanges dans un esprit interdisciplinaire, de manière à poursuivre la construction en commun, et indissociablement scientifique, économique et politique, de la question environnementale.

Sans pour autant remonter à Rousseau, ou même à Ronsard qui plaidait pour la préservation des forêts en exhortant le bûcheron à arrêter « un peu le bras » - tous ceux qu’on a pu appeler des « semeurs d’environnement » - les auteures reviennent sur l’émergence concomitante, dans les années 60, du souci de la protection de la nature et de nouvelles formes de contestation et d’engagement politique, en marge des partis institués et du mouvement syndical, et qui se sont notamment illustrées dans les expériences autogestionnaires, comme celle de l’entreprise franc-comtoise des montres Lip. L’écologie politique serait la résultante de l’élan post-soixante-huitard de « retour à la terre » et de la dynamique citoyenne enclenchée par ce qu’Alain Touraine avait défini comme les « nouveaux mouvements sociaux » : régionalistes, féministes, étudiants, consommateurs ou antinucléaires. Ceux-ci ont créé une sorte de culture politique commune de l’intervention et de la concertation sur des problèmes concrets, comme la mobilisation contre un projet urbanistique et autoroutier dans le parc de la Vanoise, ou contre l’extension du camp militaire sur le plateau du Larzac et évidemment contre l’implantation de centrales nucléaires. A ces nouveaux usages de la citoyenneté, le « boom associatif » des années 80 va apporter des perspectives élargies et de multiples débouchés. Entre contestation et participation, les 40 000 associations qui voient le jour dans cette période en matière de cadre de vie, d’environnement et de patrimoine rural et paysager, vont développer un rôle d’expertise, de médiation entre le local et le global, et trouver leur place dans les différentes instances de décision. Un engagement favorisé par la mise en place des cadres institutionnels de la participation citoyenne par les politiques publiques qui visent une démocratisation des processus de décision. Deux lois sont emblématiques à cet égard, auxquelles sont accolées les noms de deux ministres de l’environnement, Huguette Bouchardeau et Michel Barnier, des lois relatives à la démocratisation des enquêtes publiques et à la protection de l’environnement. L’ensemble va créer une sorte de constellation sémantique où sont associées les notions de citoyenneté, de démocratie, de gouvernance et de participation comme moyen de mise en œuvre du développement durable. Et le mouvement altermondialiste, les partisans de la décroissance viendront s’agréger à la nébuleuse associative.

En matière d’interdisciplinarité, Chantal Aspe et Marie Jacqué citent l’exemple du concept de résilience, qui désigne la capacité d'un organisme ou d’une structure à s'adapter à un environnement changeant ou d'un matériau à revenir à sa forme initiale après avoir subi un choc ; en écologie, la résilience définit la capacité d'un écosystème ou d'une espèce à retrouver un fonctionnement ou un développement normal après avoir subi une perturbation, tout en conservant la mémoire des désorganisations antérieures. Venu de la physique, utilisé en psychanalyse puis en écologie, il trouve aujourd’hui une pertinence et une efficience en sciences sociales. Il fait partie de ces concepts qui induisent la « vision unifiée de la nature et de la société » dont parle Joël de Rosnay et dont les auteures ont retrouvé la trace concrète dans leur enquête de terrain sur les canaux d’irrigation en Provence. Depuis le Moyen Age et jusqu’à nos jours, ils illustrent une gestion collective de la ressource et jouent un rôle à la fois écologique et social.

Jacques Munier

Revue Mouvements N° 70 Dossier Vers les droits de la nature La Découverte

Retour sur le sommet de Rio

C’est le premier sommet de la Terre de Rio, en 1992, qui avait imposé la notion de « développement durable » qui tente de concilier la question sociale, le respect de l’environnement et la croissance. Aujourd’hui on préfère parler d’économie verte, ce qui suppose l’ouverture d’un nouveau marché : celui de la nature. Cette livraison revient sur l’un des deux thèmes mis à l’ordre du jour de Rio 20, avec celui de la gouvernance mondiale, l’économie verte à laquelle les auteurs de cette livraison préfèrent la perspective d’une « nature dont les droits seraient reconnus et défendus »

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