LE DIRECT

Ethique du sport / Revue DESPORTS

6 min
À retrouver dans l'émission

Bernard Andrieu (ss. dir.) : Ethique du sport (L’Age d’homme) / Revue DESPORTS N° 2

DESPORTS
DESPORTS

Aujourd’hui, 18 juillet, c’est la 18ème étape du Tour de France, l’étape mythique de l’Alpe-d’Huez, un soupçon de dopage flotte sur l’épreuve du fait notamment des incroyables performances de l’actuel maillot jaune Christopher Froome ainsi que des affaires à répétition et des révélations qui se sont succédées ces derniers temps mais jusqu’à présent aucun contrôle ne s’est avéré positif sur ce Tour. On souhaite évidemment que ça continue mais à lire la contribution de Mathieu Quet et Mathieu Hubert dans l’imposant volume collectif dirigé par Bernard Andrieu sur l’éthique du sport, on comprend qu’on est loin d’en avoir fini avec ce problème, et pas seulement dans le vélo. Car ceux-ci évoquent la possibilité d’usages de la thérapie génique dans le but d’améliorer les performances sportives, des pratiques dont le dépistage est encore impossible. Cette nouvelle forme de dopage est désignée comme « un fléau qui relève encore de la science-fiction mais menace déjà le sport du XXIème siècle » et constituerait « un risque pour la santé et pour la vie ». A tel point que la relation éthique s’est en quelque sorte inversée : ce ne sont plus les sportifs qu’il faudrait protéger des apprentis-sorciers de la technoscience, mais les scientifiques eux-mêmes des pressions provenant du monde et de l’économie du sport pour détourner des traitements expérimentaux afin d’améliorer les performances. On parle déjà d’athlètes génétiquement modifiés, alors même que la thérapie génique n’en est qu’à ses débuts et qu’elle n’est pas sans risques. Les essais thérapeutiques déjà menés sur des enfants atteints d’immunodéficience ont finalement causé des leucémies à certains d’entre eux. L’enjeu serait de raccourcir la durée du repos nécessaire pour augmenter celle de la phase favorable de l’entraînement sans nuire aux capacités musculaires et psychiques de la résistance à l’effort, et afin d’éviter le symptôme du surentraînement. On sait que ce temps de repos est constamment écourté chez les professionnels pour les besoins du spectacle et de la rentabilité financière. Mais les médecins, notamment ceux de la commission médico-sportive nationale, considèrent depuis longtemps déjà que – je cite « pour éviter l’abus du doping, il serait souhaitable, entre autres, d’alléger le calendrier des compétitions parfois trop rapprochées ».

C’est tout le paradoxe du sport au point de vue éthique : d’un côté il est porteur de valeurs universelles comme le fair-play ou sa version française, la courtoisie, le respect et la dignité des personnes, l’antiracisme, le self-control ou l’éthique de l’amateur, de l’autre il est le théâtre de comportements totalement contraires à ces valeurs, comme la violence des hooligans, le racisme, le harcèlement sexuel de certains entraîneurs, ou la grève des footballeurs millionnaires de l’équipe de France lors de la Coupe du monde. A cela s’ajoute ce qu’Alain Loret désigne comme la face obscure de l’activité économique issue du sport : « dopage, fraude, corruption, blanchiment, détection trop précoce, surentraînement, instrumentalisation des corps ». Selon lui, cette face obscure avance masquée et « se renforce à l’ombre portée des symboles olympiques qu’elle exploite sans vergogne ». C’est pourquoi Bernard Andrieu estime que l’éthique du sport ne peut échapper à la critique du sport. Pour éviter notamment que le diagnostic de Marc Perelman ne se confirme : « Rouleau compresseur de la modernité décadente, le sport lamine tout sur son passage et devient le seul projet d’une société sans projet ».

La compétition est-elle contraire à l’esprit de participation promu par l’idéal olympique de Pierre de Coubertin ? Faut-il s’accomplir ou se dépasser ? Telles sont aussi les questions auxquelles se doit de répondre une éthique du sport, que les différents auteurs de cet ouvrage collectif abordent dans toute la diversité de ses occurrences. C’est pourquoi les contributions ont été regroupées en trois grandes sections. Une morale universelle, celle en gros de l’idéal olympique, une éthique appliquée, celle de la déontologie et des conflits entre morale universelle cas particuliers, c’est le domaine des questions posées par le dopage, par exemple, et enfin ce que Bernard Andrieu appelle l’agentivité éthique , qui s’oppose à une conception passive de l’éthique qui se résumerait à appliquer les règlements et à respecter les normes. « Par leurs actes, les sportifs et les sportives interrogent les normes, critiquent les normalités », celles qui relèguent le handicap par exemple, et ils ou elles « participent à l’émergence de la normativité éthique contre la normalisation morale des comportements »

C’est sans doute à ce prix qu’on pourra développer et renforcer le lien entre l’éthique du sport et la construction de la civilité.

L’ouvrage est une somme : 80 auteurs et près de 800 pages

Jacques Munier

Revue DESPORTS N° 2

http://revuedesports.com/

desports1
desports1
desports2
desports2
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......