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Ethnologie de la porte / Revue Techniques et cultures

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Pascal Dibie : Ethnologie de la porte (Métailié) / Revue Techniques et cultures N°57 Dossier André Leroi-Gourhan, découvertes japonaises (Editions de la Maison des sciences de l’homme)

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Pascal Dibie : Ethnologie de la porte (Métailié)

« Tenir dans ses bras une porte – Le bonheur d’empoigner au ventre par son nœud de porcelaine / l’un de ces hauts obstacles d’une pièce, / ce corps à corps rapide par lequel un instant la marche retenue, / l’œil s’ouvre et le corps tout entier s’accommode à son nouvel appartement. / D’une main amicale il la retient, / avant de pousser décidément et s’enclore – ce dont ce déclic du ressort puissant mais bien agréablement huilé l’assure. » La rêverie poétique de Francis Ponge, tirée du Parti pris des choses , résume parfaitement la riche symbolique de la porte, son effet de seuil et de passage, l’attitude qu’elle prescrit spontanément de retenue initiale et puis d’avancée dans un espace clos, la dialectique qu’elle enclenche entre dedans et dehors et l’amicale familiarité avec l’objet qui, rivé à ses gonds, permet à la fois d’entrer et de sortir. Deux fois symbolique, ajoutait Bachelard, la porte incarne « un petit dieu de seuil ».

C’est cette symbolique qu’explore Pascal Dibie dans tous ses aspects, sous toutes les latitudes et en remontant aussi loin qu’il est possible dans le temps. Après l’Ethnologie de la chambre à coucher, dans un ouvrage précédent – une pièce dont la porte est d’ailleurs investie de tout un imaginaire de l’intimité – l’ethnologue a tiré le verrou pour examiner en détail battants, chambranles et serrures et faire dire tout haut à la porte ce qu’elle pense tout bas. Depuis les portes antiques, de Babylone, des pyramides ou de Rome jusqu’au siècle des concierges, personnages emblématiques des vaudevilles, postés aux frontières du privé et du public, en passant par l’infinie collection des attitudes rituelles qu’induisent les portes sur tous les continents ainsi que les poternes, pont-levis ou portelettes du Moyen Age, ce livre des portes est bien plus que le codex égyptien du même nom qui raconte le voyage du dieu Rê au pays d’où l’on ne revient pas et dont les portes ne savent que se fermer à jamais. Il débouche sur ce que Bachelard encore appelait « un cosmos de l’Entre-ouvert ».

Au Moyen Age, il fallait savoir balayer devant sa porte mais le terme de « porte » s’appliquait alors uniquement aux châteaux. Le vilain se contentait de l’huis, d’où proviennent huisserie et huissier, ce dernier étant alors l’artisan des portes en bois avant de devenir beaucoup plus tard leur démolisseur patenté. Il faut attendre 1555 pour que le terme « porte » désigne l’entrée des maisons particulières. Au Grand Siècle la porte porte beau, elle est bien en cour et son importance quotidienne va donner lieu à toute une ribambelle d’expressions imagées qui sont toujours employées comme la désolante « mettre quelqu’un à la porte », ou l’avantageuse « entrer dans le monde par la belle porte », et puis « être à la porte » ou encore, à propos d’un coquin, qu’il « a toujours quelque porte de derrière ».

C’est au portail des églises que se manifeste le mieux la valeur symbolique de la porte. Le lieu fonctionne comme un dispositif incluant également le parvis et le porche, il est un espace de transition entre le profane et le sacré et souvent les processions s’y arrêtent sous la protection de figures tutélaires. Il est doté de pouvoirs thérapeutiques. Pour se guérir du calamiteux « nouement de l’aiguillette », autrement dit l’impuissance, il était prescrit, toute honte bue, de « pisser trois ou quatre matins dans le trou de la serrure de l’église où l’on a épousé ». La symbolique du trou de la serrure est évidente, elle inspire aussi ce conte grivois de la tradition courtoise : Le prêtre voyeur , qui raconte l’histoire d’un malicieux curé qui, pour rejoindre sa dame fait croire à son mari qu’il les voit tous deux forniquer par le trou de la serrure alors qu’ils sont tranquillement en train de dîner. Affolé par les imprécations de l’homme d’église, le mari sort lui assurer qu’il n’en est rien et qu’il est victime d’une illusion d’optique. Le prêtre le laisse là, claque la porte et s’en va retrouver la dame pendant que le mari ébahi constate par lui-même le saisissant « effet d’optique » par le trou de la serrure, voyant – je cite – « le cul de sa femme découvert et le prêtre par dessus ». Conclusion : « Ensorcelée, la porte l’était aussi ! Et c’est pourquoi on répète : Dieu maintient en vie nombre de sots ».

Dans les traditions populaires on ne compte plus les rituels de protection, propitiatoires ou magiques liés aux portes : fers à cheval, dépouilles d’animaux cloués, bouquets ou buis accrochés pour un mariage ou pour l’an neuf. Tout un folklore de croyances qui se décline par régions et qui est décrit dans le livre, illustre la nature puissamment symbolique du seuil. Celle-ci se vérifie évidemment dans toutes les cultures. Pascal Dibie fait le tour du monde des portes, des portes du Ciel en Chine aux seuils de l’Océanie, où la porte est un chemin des rituels de bienvenue amazoniens aux portes de papier japonaises, qui reflètent une sorte de tiédeur en absorbant mollement la lumière et inspirent ce beau proverbe : « Le bonheur arrive devant une porte qui rit ». Il évoque aussi les suggestions spécifiquement féminines dont la porte est lourde au Maghreb et son rôle de rempart contre les Jnouns. Chez les Dogons du Mali, il rappelle l’importance de la serrure, on y revient, une serrure façonnée à l’image de ses propriétaires par des artisans spécialisés et magnifiquement ouvragée, comme on peut en voir dans les musées du monde entier et les collections d’art premier. Ici aussi la symbolique est sexuelle. Si le pêne est mâle, la serrure est femelle et la clef, en langue Dogon, se dit « l’enfant de la porte ». C’est pourquoi Lacan disait : « C’est la mère qui a la clef ».

Jacques Munier

Revue Techniques et cultures N°57 Dossier André Leroi-Gourhan, découvertes japonaises (Editions de la Maison des sciences de l’homme)

Avec deux textes peu connus de l’auteur du Geste et la parole, écrits lors du long séjour qu’il effectue au Japon d’avril 1937 à mars 1939, l’un sur les peintures votives de cheval, l’autre sur la coexistence de différents calendriers au Japon, avec, dans la foulée un aperçu de l’anthropologie japonaise au Japon et en Afrique, et plusieurs contributions, dont l’une sur la fête japonaise (Shoichiro Takezawa)

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