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Etre français aujourd’hui / Revue Multitudes

7 min
À retrouver dans l'émission

Pascal Marchand , Pierre Ratinaud : Etre français aujourd’hui. Les mots du « grand débat » sur l’identité nationale (Les Liens qui Libèrent) / Revue Multitudes N°48

Nous en saurons plus tout à l’heure sur ce qui va mal en France avec vos invités Matthieu Pigasse et Philippe Manière mais je vous propose dès à présent d’explorer une dimension plus culturelle et sociétale, voire psychologique avec cette étude lexicométrique de Pascal Marchand et Pierre Ratinaud qui ont réalisé l’analyse statistique assistée par ordinateur de l’ensemble des 18 240 contributions des internautes au débat controversé sur « l’identité nationale ». On peut s’étonner que ce travail n’ait pas été accompli par les services du défunt Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, qui s’est contenté d’assurer la modération et par la voix du ministre Eric Besson d’y apporter la puissante et définitoire conclusion – je cite – « être français, c’est avoir des droits et des devoirs ». L’institut TNS-Sofres a été requis et a publié les diapositives PowerPoint du décompte lexical des réponses ainsi que l’analyse qualitative d’un échantillon tiré au hasard mais les auteurs observent qu’un gouvernement peut ainsi lancer une vaste consultation en mobilisant les préfectures, l’Education nationale, les grands médias « sans s’être véritablement posé la question des moyens et des méthodes pour en rendre compte ». « Tout ça pour ça ? » résument-ils en introduction à leur ouvrage et sans se prononcer sur l’opportunité politique d’une telle consultation à la veille d’un scrutin régional à haut risque, ils relèvent que si le politique a cru pouvoir ignorer les intellectuels dans ce débat, eux qui ont étudié en historiens la construction du sentiment national, en sociologues l’habitus et les représentations associées à ce sentiment ou encore en écrivains l’esprit lové dans la langue, ceux-ci lui retournent en quelque sorte la réponse du berger à la bergère sous la forme de l’enquête approfondie menée dans ce livre dans le corpus intégral des contributions publiées sur le site officiel du ministère.

Ils les ont regroupé en grandes parties : pour définir ce qu’est « être français » aujourd’hui les débatteurs ont mis en avant une origine, en évoquant des souvenirs, une empreinte, même pour ceux dont les parents sont venus d’ailleurs. Dans ce chapitre intitulé « être », on trouve de longs récits de vie et la référence au ressenti, comme une photo jaunie dans un album de famille, mais aussi des témoignages sur la difficulté à obtenir la nationalité malgré un attachement sincère au pays. Après le premier chapitre intitulé « Débattre », qui introduit le débat dans le débat, s’interroge sur sa finalité, et où il est fait état de la difficulté d’une définition de l’identité nationale, certains au passage se demandant s’il ne serait pas plus pertinent de tenter de parvenir aujourd’hui à tracer les contours d’une identité européenne, le deuxième chapitre analyse les contributions consacrées au thème des valeurs. Statistiquement, c’est après la définition du débat la plus importante thématique abordée dans le forum, avec la référence à un univers de croyances et de représentations où domine la devise de la République « Liberté, égalité, fraternité ». Les auteurs ont regroupé sous le titre « croire » cet ensemble où l’on retrouve la laïcité, les « droits et les devoirs », les droits de l’homme et la Révolution française. Les traditions culturelles et l’art de vivre viennent ensuite, au chapitre « savoir » où les contributions évoquent aussi la diversité, titre du premier chapitre du livre de Fernand Braudel sur « L’identité de la France », diversité géographique mais aussi culturelle. C’est la part cognitive de cette identité, qui intègre aussi la connaissance de l’histoire et de la langue. Enfin, la partie intitulée « vouloir » aborde la dimension conative, la volonté d’adhérer, de s’intégrer et les comportements à l’égard des symboles, le drapeau, l’hymne ou la figure de Marianne.

Si le débat a permis d’affaiblir provisoirement les multiples appartenances qui définissent un individu : régions, classes sociales, groupes d’âge et de sexe, professionnels, appartenances ethniques, idéologiques, confessionnelles ou militantes, il n’a pas abouti à une définition consensuelle de l’identité et les auteurs rappellent, avec Edward Ross P. 289

Au lieu d’assumer cette diversité en matière d’identité, le débat s’est polarisé sur l’une d’entre ces références, la nation, présentée comme supérieure à toutes les autres, « au risque de provoquer une ligne de fracture principale dans notre société ». Et c’est ce que relève également Gérard Noiriel dans sa préface, lorsqu’il observe la surreprésentation des contributions émanant de l’extrême-droite sur des questions comme l’Islam ou les symboles de la nation : « Tous les sondages montrent que les Français estiment que la droite est meilleure que la gauche sur les questions d’immigration et de sécurité alors que c’est l’inverse sur les questions sociales. C’est la raison pour laquelle, depuis près d’un siècle, la droite a constamment cherché à persuader les citoyens que la nation était l’un des principaux « problèmes » des Français.

Jacques Munier

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