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Félix Guattari : Qu’est-ce que l’écosophie ? / Revue Chimères

5 min
À retrouver dans l'émission

Félix Guattari : Qu’est-ce que l’écosophie ? (Lignes/Imec) / Revue Chimères N°80 Dossier Squizodrames et schizo-scènes (Erès)

guattari
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Cet ensemble de textes introuvables ou inédits présentés et agencés par Stéphane Nadaud, qui avait déjà recomposé le passionnant dossier préparatoire à l’Anti-Œdipe à partir des archives de l’IMEC, témoigne de l’évolution de la pensée de Félix Guattari au cours de ce qu’il avait lui-même appelé Les Années d’hiver , titre d’un livre paru en 1985 dans un contexte de déprime intellectuelle, alors que la gauche est au pouvoir et qu’elle se montre très éloignée des espérances qu’on avait pu placer en elle. Prompt à saisir les « lignes de fuite » du désir, comme on peut le voir dans ce volume à propos de l’expérience des radios libres et en particulier de Radio Tomate qu’il a contribué à lancer puis diriger, l’esprit vif de Guattari a vite détecté les potentialités de « future vigueur » du mouvement écologiste, reconnaissant dans les questions neuves qu’il posait une issue à la « fin de l’histoire » diagnostiquée par le conformisme ambiant.

Encore fallait-il penser ensemble défense de l’environnement – pour une humanité désormais essentiellement urbaine – et écologie sociale, voire mentale, comme préconisé par Gregory Bateson dans son livre terminal sur l’écologie de l’esprit – je cite « l’accumulation massive de menaces contre l’homme et ses systèmes écologiques découle directement d’erreurs dans nos habitudes de pensée ». Avant de mettre la clef sous la porte et de léguer au couple infernal Deleuze-Guattari le concept de plateau, régulateur d’intensités, le fondateur de l’École de Palo-Alto, génial anthropologue et époux de Margaret Mead, linguiste mélanésien et antipsychiatre avant l’heure, inventeur de la « double-contrainte » schizoïde, Bateson avait également senti venir le vent de l’écologie et indiqué la tendance : ne pas séparer l’homme de son environnement, soit imaginer la société de demain dans une nécessaire interaction de l’humanité et de sa biosphère. « Une telle concaténation de l’écologie environnementale, de l’écologie scientifique, de l’écologie économique, de l’écologie urbaine et des écologies sociale et mentale – écrit Félix Guattari dans le texte qui inaugure cet ouvrage, Pratiques écosophiques et restauration de la cité subjective – je l’appelle écosophie , non pour englober tous ces abords écologiques hétérogènes dans une même idéologie totalisante ou totalitaire, mais pour indiquer au contraire la perspective d’un choix éthico-politique de la diversité ».

Aujourd’hui encore, l’écologie reste le reflet de ces tensions fécondes mais parfois paralysantes entre tendances différentes, voire divergentes. L’idée directrice de Guattari dans cet ensemble d’interventions est que « l’humanité et la biosphère ont partie liée, et l’avenir de l’une et l’autre est également tributaire de la mécanosphère qui les enveloppe. » C’est donc globalement un nouveau type de développement dit « qualitatif » qui est envisagé comme horizon pour une écosophie . Il prévoit que c’est au niveau de la distinction ville/nature que tout doit se jouer, et que l’échelle adéquate pour envisager les problèmes est planétaire. Face à la déterritorialisation illusoire qui évacue l’humanité moderne de ses territoires originels – corps, espace domestique, clan ou culte – mais qui lui fait faire des voyages immobiles comme les touristes embarqués dans les mêmes avions ou défilant devant des monuments qu’ils ont vu cent fois à la télé, face à cette menace de « pétrification » de la subjectivité il postule l’émergence d’un vrai nomadisme, « d’un nomadisme existentiel aussi intense que celui des Indiens de l’Amérique précolombienne ou des aborigènes d’Australie ». Et suggère, en se référant à ce que le psychanalyste et éthologue de l’enfance Daniel Stern appelle le « soi émergent » pour désigner les multiples connexions que chacun d’entre nous maintient au-delà de lui-même avec le monde, de « reconquérir le regard de l’enfance et de la poésie aux lieu et place de l’optique sèche, aveugle au sens de la vie, de l’expert et du technocrate ».

Jacques Munier

chimères
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Revue Chimères N°80 Dossier Squizodrames et schizo-scènes (Erès)

http://www.revue-chimeres.fr/drupal_chimeres/

La revue des schizoanalyses fondée par Gilles Deleuze et Félix Guattari, lequel notait en 1990 : « Joie, tragédie, comédie, les processus que j’aime qualifier de machiniques tressent un avenir sans garantie… A la fois on est fait comme des rats et promis aux aventures les plus insolites, les plus exaltantes ». Les différentes contributions à ce dossier reviennent sur des expériences d’autogestion et de thérapie collective par le théâtre, notamment en Amérique latine où la schizoanalyse avait d’abord été pratiquée comme une pensée nécessaire et émancipatrice face aux dictatures. Retour sur des expériences menées en Argentine, Uruguay, ou au Brésil…

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