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Le théologien suisse Hans Küng

Hans Küng / Revue Etudes

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Hans Küng est l’un des plus brillants – et des plus contestataires – de nos théologiens catholiques, il s’est lié d’amitié à la faculté de théologie de Tübingen avec son collègue Josef Ratzinger qui deviendra le pape Benoit XVI. Son dernier ouvrage vient de paraître au Seuil.

Le théologien suisse Hans Küng
Le théologien suisse Hans Küng Crédits : Rudolf Dietrich - Getty
  • Hans Küng, Jésus (Seuil)

Hans Küng est l’un des plus brillants – et des plus contestataires – de nos théologiens catholiques, il s’est lié d’amitié à la faculté de théologie de Tübingen avec son collègue Josef Ratzinger qui deviendra le pape Benoit XVI. A la demande de Jean XXIII, ils participeront tous les deux pendant trois ans aux travaux du Concile Vatican II, une expérience dont il rendra compte dans un livre au titre polémique : Peut-on encore sauver l’Eglise ?  C’est cette notoriété, due à l’autorité du grand théologien, qui rend la démarche de ce livre d’autant plus touchante et stimulante pour la pensée, car il s’agit du retour aux sources d’un homme par ailleurs rompu à ce qu’il appelle les "allégories savantes avec de multiples inconnues" dont la tradition chrétienne s’est fait une spécialité. Hans Küng confie que durant ses années de formation, au milieu de tout ce latin, sa spiritualité "restait largement insatisfaite" et que ce n’est qu’après ses années "romaines" à l’Université grégorienne qu’il a commencé à s’intéresser à la figure du Christ, lorsqu’en découvrant les travaux de la science biblique moderne, il a appris à le connaître "d’en bas", "comme un personnage réel de l’histoire pour ainsi dire selon la perspective de ses premiers disciples". "Ma loyauté envers l’Église et mes critiques de l’Église – ajoute-t-il – ne peuvent être comprises qu’à partir de là".

Cette figure réelle de l’homme de Nazareth s’est retrouvée presque ensevelie sous l’histoire deux fois millénaires d’une religion qui s’est diffusée dans l’ensemble de l’humanité – un homme sur trois est chrétien – et aujourd’hui, nous dit le théologien, « beaucoup, beaucoup trop de choses sont chrétiennes : Églises, écoles, partis politiques, et naturellement l’Europe, l’Occident, le Moyen Âge… » Or, ce qui est commun à toutes ces entités et à toutes ces histoires, c’est la vie et l’enseignement de Jésus, qui fait que le christianisme ne peut se dissoudre dans une sorte de morale élémentaire et à vocation vaguement universelle – voire impérialiste – où l’on passe, dans le meilleur des cas, « d’un Che Guevara avec le look de Jésus à un Jésus ayant les traits de Che Guevara ». N’oublions pas que les premiers chrétiens s’opposaient farouchement à l’admission "bienveillante" de leur Christ dans un panthéon, préférant, fût-ce au prix de leur vie, être accusés d’athéisme.

Bien des religions délivrent un message émancipateur et de salut pour l’humanité les juifs, les musulmans, les hindous, les bouddhistes, les humanistes comme les athées peuvent œuvrer sincèrement à l’humanisation du monde et combattre l’inhumanité partout où elle se présente. Mais, insiste le professeur de théologie œcuménique, « il n’y a de christianisme que là où le souvenir de Jésus Christ est activé dans la pensée et dans la pratique ». Et parce que – je cite « Jésus est en personne, le programme  du christianisme », Hans Küng revient sur la vie et la mort, les paroles et paraboles, les actes et le comportement de ce juif "laïc ordinaire" qui aura "pris la plupart de ses matériaux dans le domaine de la vie quotidienne et non dans celui du sacré" pour développer dans un "message amical et joyeux" sa promesse d’un avenir meilleur au prix d’une "conversion" essentielle : épouser la cause de Dieu dans le monde. Non pas celle de la souveraineté hiératique et immuable que les monothéismes ont reléguée dans un au-delà et une infinie distance d’où l’histoire humaine apparaît comme négligeable, finalement indifférente et dont le cours ne peut être changé, mais celle d’une grâce inconditionnelle "en faveur notamment des égarés et des misérables".

C’est donc l’absolue singularité de ce message, sa dimension originaire de scandale – ramener l’humanité dans son envergure divine –qu’explore Hans Küng, et dans notre époque désenchantée, où les dieux se sont retirés en abandonnant le terrain aux faux prophètes ou aux raidissements fondamentalistes des religions, le message de l’homme Jésus résonne chez lui avec une vigueur renouvelée.

  • Revue Etudes,  janvier 2014, Dossier La force des commencements

La revue Etudes fait peau neuve, avec une nouvelle maquette intérieure et une couverture rafraîchie, et pour célébrer ce renouveau elle propose un dossier sur La force des commencements, avec notamment Michel Serres, un grand entretien où il revient sur le "commencement extraordinaire, tel qu’il y en a peu d’équivalent dans l’histoire" que fut le christianisme, en citant saint Paul, l’épître aux Galates : "Il n’y a plus ni juif, ni grec, ni homme, ni femme"

Egalement au sommaire de ce numéro :

  • Le courage du commencement, par Cynthia Fleury
  • Les commencements de la cosmologie moderne, par Jean-Pierre Luminet
  • Et les regards croisés de Belinda Cannone, Alexis Jenni, Jean-Pierre Winter et Laurent Wolf sur L’Origine du monde  de Courbet
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