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Henriette Walter / revue "Article 11, n°18"

4 min
À retrouver dans l'émission

....Durant toute cette semaine de Noël, Antoine Dhulster remplace Jacques Munier...

- il chronique aujourd'hui l'essai de Henriette Walter , "Minus, lapsus et mordicus. Nous parlons tous latin sans le savoir" (Robert Laffont) et le n°18 de la revue "Article 11"...

Henriette Walter
Henriette Walter

Les latinistes savent tout ce que notre langue doit à son lointain ancêtre. Le latin, né dans le Latium italien a conquis tout l’Occident via l’Empire romain dont il était la langue officielle, et le christianisme dont il était la langue liturgique depuis le IVe siècle. Son statut aujourd’hui est ambivalent : déclaré mort cliniquement, il est pour ainsi dire maintenu en vie artificiellement, dans les expressions du langage courant ou dans les nomenclatures scientifiques. D’où cette interrogation en forme de boutade de l’auteur, la linguiste Henriette Walter, en préambule de l’ouvrage : le latin est-il une langue de l’avenir ?

Le prétexte en tout cas est tout trouvé pour mobiliser l’histoire, la géographie et les sciences du langage, dans cette enquête sur les traces de la langue de Sénèque et Virgile. Où l’on découvre tout ce que le latin a lui-même emprunté à ses ancêtres : le grec, et la langue étrusque, avant de se diffuser à ce que l’auteur nomme la Romanie, l’aire d’expansion de la langue des Romains, de l’Afrique du nord à la Britannia, l’Angleterre actuelle. Rapidement deux formes de langue latine cohabitent : l’une, classique, réservée aux élites administratives et religieuses, l’autre, vulgaire, donc étymologiquement ordinaire et commune, qui donnera naissance à l’espagnol, au français, au portugais, aux langues italiennes.

Cette cohabitation du latin noble et des langues latines fait l’objet des pages les plus savoureuses de ce livre, autour du « latin de cuisine », soit le latin trituré, déformé, caricaturé, pour amuser le lecteur. Ou le spectateur, avec un exemple tiré d’un dialogue parodique du Malade imaginaire de Molière : maladus désigne le malade, mauvaiso le mauvais, crevare , crever. Ou encore quelques siècles plus tard avec Raymond Queneau dans ses Exercices de styles , et ses 99 fameux récits de la même histoire, dont un récit en latin de cuisine du meilleur cru. Astérix est convoqué lui aussi par Henriette Walter. Combien de générations ont-elles découvert le latin par les formules comme veni vidi vici, ou vade retro, retranscrites parfois approximativement par un René Goscinny qui confessait d’ailleurs n’avoir jamais appris lui-même le latin.

Mais l’ancienne langue impériale romaine n’est pas cantonnée aux usages culturels ou comique, elle continue sa transformation par un usage quotidien dans les nomenclatures scientifiques internationales. Plus encore, le latin se trouve selon les mots de l’auteur, au cœur du paysage linguistique du XXIème siècle. Une conclusion un peu attendue, à un ouvrage qui n’apporte pas d’élément réellement nouveau à la compréhension du latin. L’intérêt de l’opus réside ailleurs : dans sa démarche assez unique, résolument interdisciplinaire, dans laquelle alternent considérations historiques, géographiques, linguistiques, phonétiques… et, bien sûr, d’innombrables listes, dictionnaires et glossaires, les armes de prédilection des linguistes, et qui permettent à cet ouvrage de s’adresser à tous.


La revue du jour : Article 11, n°18 (trimestriel) http://www.article11.info

Reportages, entretiens, chroniques sociales sont cette fois ci encore au sommaire de ce nouveau numéro du « canard sauvage », comme il se dénomme lui même. La revue Article 11, OVNI de la presse contestataire, consacre deux longs papiers aux questions de santé, votre sujet du jour Hervé. D’abord avec un retour sur un fait divers sordide, l’affaire dite du dentiste de l’horreur, qui avait défrayé la chronique dans la Nièvre il y a quelques années. Le récit démarre à la façon des histoires qui font les choux gras de la presse quotidienne régionale. Un prétexte, en fait, pour un reportage au ton militant, qui donne à connaître le quotidien des habitants de ce désert médical.

Santé, toujours, avec cette virée dans un lieu psychiatrique alternatif, à Reims. Les patients y sont laissés libres de leurs mouvements, à rebours des normes en vigueur dans la plupart des institutions psychiatriques. Le nom de ce centre d’accueil : Antonin Artaud. En référence au poète qui avait lui même passé plusieurs années en internement psychiatrique, il avait même composé des vers sur sa condition d’aliéné.

Cette démarche poétique comme remède à l’absurdité est un peu la marque de fabrique des trublions d’Article 11 depuis le lancement de la revue. Un ton qui se vérifie tout au long de ce numéro, avec par exemple un Voyage introspectif à travers la cartographie radicale en compagnie de Philippe Rekacewicz. Ou encore avec le récit d’une résistance du quotidien, celle d’un groupe de femmes, au Mexique, qui viennent en aide aux migrants d’Amérique centrale perchés sur des trains, en espérant pouvoir passer aux Etats-Unis.

Des témoignages journalistiques, comme autant de soubresauts avant une mort annoncée pour raisons économiques, ce numéro d’Article 11 est l’avant dernier. L’ultime édition de la revue est programmée pour mars prochain.

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