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Histoire globale des bombardements aériens / Revue Questions internationales

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À retrouver dans l'émission

Thomas Hippler : Le gouvernement du ciel. Histoire globale des bombardements aériens (Les Prairies ordinaires) / Revue Questions internationales N°67 Dossier L’espace, un enjeu terrestre (La Documentation française)

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C’est en 1911 que la première bombe est larguée depuis un avion italien sur la ville de Tripoli, au cours de l’invasion de la Lybie. Le poète futuriste Marinetti est de l’expédition, qu’il décrit avec le lyrisme de celui qui considérait la guerre comme une « hygiène » et la mitraille comme une symphonie. Mais le soi-disant « formidable effet moral » des bombardements n’agit que très lentement, il faudra deux décennies pour asservir le pays, et combien de bombes. Peu utilisés pendant la Grande Guerre, où l’artillerie tient le premier rôle, les bombardements aériens vont se multiplier au cours de la seconde Guerre mondiale, jusqu’à l’apocalypse nucléaire d’Hiroshima et Nagasaki. Selon Sven Lindqvist, auteur d’Une histoire du bombardement , les Américains qui « considéraient le champignon atomique comme une nouvelle version de la statue de la Liberté » ont mis du temps à admettre les terrifiants dégâts que l’explosion avait causés dans la population civile, alors que le Japon avait accepté de capituler.

L’arme du bombardement s’est rapidement instituée comme une forme de police planétaire, sinon de gouvernement du monde. Thomas Hippler rappelle qu’un siècle exactement après le premier bombardement sur la Lybie, les avions de l’OTAN prenaient pour cible les mêmes objectifs dans ce pays, une coïncidence qui l’amène à relever l’importance du précédent colonial dans l’institution de cette forme extrême de gouvernement du ciel, et à la considérer comme une entrée pertinente pour écrire une histoire globale du XXe siècle. Certains intellectuels, et pas seulement des va-t-en guerre comme Marinetti, ont même caressé le rêve que la puissance aérienne permettrait d’aboutir à la paix perpétuelle. C’est le cas, étonnamment, de Victor Hugo qui, dans La Légende des siècles , bien avant que le premier avion ne s’élève dans les airs, évoque un « vaisseau » planant qui délivrerait l’humanité des fureurs et des haines. Et plus tard, dans une lettre à Nadar en 1864, à propos de l’aviation : « C’est l’évanouissement des armées, des chocs, des guerres ». Gabriele D’Annunzio considère qu’elle annonce une nouvelle civilisation – je cite « soit dans la paix, soit dans la guerre, soit dans la beauté, soit dans la domination ». Celui que l’on surnomme tout simplement Il Poeta , se retrouve d’ailleurs aux côtés de Puccini au meeting aérien de Brescia pour admirer les performances des meilleurs aviateurs de l’époque, dont Louis Blériot, qui vient d’accomplir sa traversée de la Manche. Dans le public, un jeune journaliste émerveillé, qui doute encore de ses capacités d’écrivain : c’est Franz Kafka.

Il faut dire que nous sommes à la grande époque de l’imagerie des « chevaliers du ciel ». Thomas Hippler note que dans l’entre-deux-guerres l’autobiographie d’aviateur devient une sorte de genre littéraire. Mais derrière la métaphore chevaleresque du duel aérien, on peut voir poindre en situation de guerre l’esprit de la chasse. Le « baron rouge » Manfred von Richthofen décrit dans son livre le plaisir qu’il éprouve à larguer des bombes et à mitrailler les humains pendant la Grande Guerre. Une attitude qui se généralise à la suivante, comme en témoignent les confidences des aviateurs allemands recueillies à leur insu par le renseignement britannique pendant leur captivité, analysées par Sönke Neitzel et Harald Welzer dans leur livre sidérant, sobrement intitulé Soldats . Le bombardement, de tactique qu’il était, devient stratégique, il cherche à frapper l’ennemi dans sa globalité, comme à Hiroshima, il efface la distinction entre militaires et civils puisque – je cite son premier théoricien, le bouillant colonel italien Giulio Douhet, « tous travaillent pour la guerre et la perte d’un ouvrier est peut-être plus grave que la perte d’un soldat ».

Dernier avatar de cette doctrine dont on voit bien qu’elle peine à s’identifier à un « projet de paix perpétuelle », l’usage des drones – « matraques mortelles du flic global » comme dit l’auteur – une menace qui entretient plutôt une guerre perpétuelle, même dite « de basse intensité ». L’objectif traditionnel de la guerre, la conquête de territoires, fait ainsi place à ce qu’il désigne comme un « régime de domination néocoloniale ».

Jacques Munier

Revue Questions internationales N°67 Dossier L’espace, un enjeu terrestre

On fait un saut supplémentaire dans l’atmosphère pour atteindre l’espace et ses enjeux géopolitiques, voire carrément militaires. C’est notamment l’angle adopté par Jacques Villain. Avec les satellites utiles à notre vie quotidienne (GPS ou météo notamment) et ceux qui explorent l’univers, il y a ceux qui servent à la défense et à la sécurité des nations. En particulier les satellites américains dédiés au renseignement. Le coût d’un seul de ces engins et de son lancement est équivalent au budget spatial annuel de la France

Au sommaire

•Ouverture – L’espace entre ciel et terre (Serge Sur)

•L’espace, miroir de la condition humaine (Jacques Arnould)

•La conquête spatiale : entre géopolitique, science et économie de marché (Jérôme Lamy)

•Le droit international de l’espace : une régulation minimale (Philippe Achilleas)

•Un nouveau « club » des puissances spatiales (Isabelle Sourbès-Verger)

•La militarisation de l’espace (Jacques Villain)

•Enjeux technologiques et économiques : les utilisations civiles de l’espace (Serge Plattard)

•Missions scientifiques spatiales et coopérations internationales (entretien avec Francis Rocard)

•Vers de nouveaux équilibres stratégiques dans l’espace (Xavier Pasco)

Au sommaire de ce numéro également

Chroniques d’actualité

•Ukraine : réagir à l’urgence était bien : anticiper eût été mieux ! (Renaud Girard)

•La « révolution » américaine des hydrocarbures de schiste : quelles conséquences pour les marchés internationaux ? (Catherine Locatelli)

Questions européennes

•Les mutations du système politique britannique (Agnès Alexandre-Collier)

Regards sur le monde

•L’Afrique subsaharienne en voie de transformation (2) (Loïc Batel)

Les questions internationales à l’écran

•James Bond, l’espion-type des relations internationales (Stéphanie Gaudron)

Documents de référence

•De la terre à la lune. Extraits de Lucien de Samosate (120-180) et Constantin Tsiolkovski 1857-1935)

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