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Histoire précoloniale du Mexique / Revue Problèmes d’Amérique latine

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Alfredo Lopez Austin, Leonardo Lopez Lujan : Le passé indigène. Histoire précoloniale du Mexique (Les Belles Lettres) / Revue Problèmes d’Amérique latine N° 84 Dossier Violences envers les femmes (Choiseul)

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Alfredo Lopez Austin, Leonardo Lopez Lujan : Le passé indigène. Histoire précoloniale du Mexique (Les Belles Lettres)

C’est une véritable somme, qui intègre à la fois les découvertes de l’archéologie et l’état actuel des connaissances, ainsi que des débats qu’elles ont suscités, sur la longue histoire et l’extraordinaire diversité des peuples qui se sont succédés, rencontrés, mêlés, opposés, voire anéantis dans l’espace géographique de l’ancien Mexique. A ce qu’il est convenu d’appeler la Mésoamérique, qui correspond à la moitié méridionale du Mexique, mais aussi à l’Amérique centrale jusqu’au Costa Rica, et où se sont établies les civilisations que nous connaissons le mieux, olmèques, mayas, toltèques ou mexicas – ceux qu’on appelle aussi les aztèques – les auteurs ajoutent deux grandes aires qui forment le Mexique précolombien : l’Aridamérique, qui recouvre le nord-est jusqu’à la Californie et l’Oasisamérique, la dernière à se constituer, vers 500 avant JC, à l’intersection des deux autres et dans le passage progressif de sociétés de chasseurs cueilleurs caractéristiques de la Tradition du désert de l’Aridamérique à des sociétés agricoles ayant subi l’influence au sud, de la Mésoamérique. C’est parce que ces pratiques agricoles se sont développées autour d’oasis et de zones où l’on pouvait mettre en œuvre des systèmes d’irrigation dans une géographie marquée par la sécheresse que cette aire a été ainsi nommée. A l’époque de sa plus grande extension elle comprend le nord-est du Mexique, mais aussi le sud-ouest des Etats-Unis : notamment l’Utah, l’Arizona et le Nouveau-Mexique. Au point de contact des cultures nomades et sédentaires, le long de la Sierra Madre, on trouve les peuples d’agriculteurs qui constituent l’ensemble des Tarahumaras qui fascinaient Antonin Artaud. Mais aussi, dans la vallée du Rio Grande, les indiens Pueblo, dont les Hopis font partie, et qui étaient en relation avec les Navajos, qu’ils ont convertis à une vie agricole semi-nomade. Des Pueblo on connaît bien la religion, encore vivante, avec ses « kachinas » venus du centre du monde pour aider les hommes dans leurs activités agricoles : la Mère Corbeau, le Dieu de la Terre, le Maïs mûr, le Solstice, les Grandes Oreilles, l’Ogre mangeur de pierres ou encore le grossier et incestueux Tête de Boue.

C’est l’anthropologue Paul Kirchoff qui a défini le concept de l’Aridamérique en 1954, une région où l’aridité a empêché le passage au néolithique et à l’agriculture, les chasseurs-cueilleurs ayant conservé leur mode de vie durant des millénaires. C’est 2500 ans avant notre ère que se séparent les sociétés nomades de cette région et les sociétés agricoles sédentaires de la Mésoamérique, au sud. Mais des relations constantes se sont établies entre les deux types d’économie, aboutissant 2000 ans plus tard à la formation de cette entité mixte oasisaméricaine. Dans la région correspondant à l’actuel Arizona, au Colorado, Nouveau-Mexique et Texas, s’étendait l’immense territoire des Apaches, l’un des peuples nomades de cette aire aridaméricaine, qui après avoir défendu leur forme de vie contre l’armée mexicaine, allaient se voir imposer par le gouvernement américain une existence confinée dans des réserves exiguës. Malgré la réputation acquise au cours de cette résistance par des raids, pillages et leur astuce au combat, les Apaches n’avaient pas de culture guerrière, ils pratiquaient la chasse aux daims et aux antilopes, consommaient agaves, manioc ou graines de tournesol et leur économie avait su tirer profit de l’acquisition du cheval au XVIIe siècle. Leur mythologie était très riche, avec notamment le jeu de pelote entre animaux bénéfiques et malfaisants qui présidait à l’alternance du jour et de la nuit, et leur organisation sociale égalitaire.

Les Apaches constituaient un groupe linguistique unique, ce qui semble une exception dans le contexte précolombien, mais ils formaient un ensemble où l’on trouvait sept groupes différents, dont les mezcaleros ou les navajos. Ce qui frappe dans cette histoire au long cours, c’est l’extrême diversité des peuples, des langues et des coutumes, souvent déterminées par les contraintes géographiques et malgré des échanges permanents. Seize familles linguistiques dans l’aire mésoaméricaine, avec chacune plusieurs langues, jusqu’à plus de vingt pour le seul groupe maya, et pourtant de puissants facteurs d’unité ont fini par créer les contours d’un espace intégré : dans le cas de l’espace mésoaméricain, c’est la culture du maïs et la diffusion, voire la production en commun des connaissances, notamment dans le domaine agricole ou celui du comptage du temps et de l’écriture. Les auteurs décrivent en détail les différentes époques qui se sont succédées, le préclassique, le classique, le postclassique, elles-mêmes subdivisées en précoce, moyen et tardif jusqu’à l’arrivée des Conquistadores qui feront peu de cas de la richesse et de l’état avancé de ces civilisations mésoaméricaines à l’histoire si fournie. Le monde olmèque qui s’impose au Préclassique moyen, entre 1200 et 400 avant JC, avec ses monuments où apparaissent les premières annotations calendaires, et le surgissement de villes dotées d’une architecture monumentale. Puis le gigantisme de l’époque suivante, marquée par l’empire de la métropole de Teotihuacan, avec sa Pyramide du Soleil qui s’élève à 63 mètres et sa « chaussée des Morts », longue de trois kilomètres et large de 45 m. sur près de trente mètres de dénivelé corrigé par des terrasses en échelon. Les productions artistiques sont également à l’honneur et l’organisation sociale décrite dans toutes ses évolutions, des sociétés villageoise égalitaires à l’organisation hiérarchique des cités. Une histoire toujours en mouvement et en recomposition, dont l’histoire des derniers mésoaméricains, les Mexicas qu’on appelle aussi les Aztèques est un bon exemple, un peuple guerrier dont le récit fondateur est un mythe de migration, depuis la cité peut-être légendaire d’Aztlan – d’où le nom d’aztèques qu’ils se donnaient parfois eux-mêmes. Or il se trouve que par une curieuse ironie de l’histoire, Aztèques est également le nom d’un peuple presque inconnu qui vivait à Aztlan et qui avait soumis ceux qui s’appelleront les Mexicas et avaient, quant à eux, une double origine nordique, à la fois chichimèque et toltèque. Pour échapper à leur exploitation, ceux-ci décident d’émigrer aux alentours du 12e siècle et s’installent dans le bassin de Mexico, en conservant pour l’histoire le nom de leurs exploiteurs.

Jacques Munier

Choiseul
Choiseul

Revue Problèmes d’Amérique latine N° 84 Dossier Violences envers les femmes (Choiseul)

Dossier coordonné par Julie Devineau et Delphine Lacombe, avec une contribution de Chiara Calzolaio sur l’affaire de meurtres et disparitions de femmes à Ciudad Juarez, à la frontière avec les Etats-Unis.

Au sommaire :

Visibilité et occultation des violences masculines envers les femmes au Nicaragua (1979-1996)

Delphine LACOMBE

La violence sexuelle dans le conflit armé colombien : de la dénonciation au recours à la justice

Carolina Vergel Tovar

Les féminicides de Ciudad Juárez : reconnaissance institutionnelle, enjeux politiques et moraux de la prise en charge des victimes

Chiara Calzolaio

Autour du concept de féminicide/fémicide. Entretiens avec Marcela Lagarde et Montserrat Sagot

Julie DEVINEAU

Boxeuses à Mexico : corps, violence et genre

Hortensia Moreno

Le lesbianisme au Venezuela est une affaire de peu de pages : littérature, Nation, féminisme et modernité

Gisela Kozak Rovero

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