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Hommage à Jacques Weber / revue Lignes

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Hommage à Jacques Weber / Revue Lignes N°43 Dossier Les politiques de Maurice Blanchot 1930-1993

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L’anthropologue et économiste Jacques Weber nous a quittés récemment (jeudi 6 mars). Spécialiste de la biodiversité vue sous l’angle des « interactions entre organismes vivants dans des milieux en changement », ses travaux s’inscrivent dans le courant des recherches sur le « développement durable » ou ce qu’il préférait appeler l’écodéveloppement . Ses premières enquêtes portaient sur l’économie de la pêche au Cameroun, où il avait passé dix-huit ans, étant né à Yaoundé, et il a par la suite également travaillé sur les forêts naturelles, la faune, la flore, à travers ce double regard de l’anthropologue et de l’économiste, témoignant un intérêt particulier pour les modes d’appropriation et de gestion, les techniques traditionnelles des agriculteurs et les processus de décision concernant ces ressources naturelles renouvelables. En tant qu’économiste, il défendait le principe d’un coût de la maintenance de la biodiversité, par opposition à l’idée d’un prix des ressources prélevées. Commentant le rapport Chevassus-au-Louis sur l’approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes, un rapport destiné à orienter la décision publique et auquel il avait participé, il insistait sur le fait que la biodiversité « n’est pas une liste d’espèces et de variétés mais plutôt les interactions existant entre les organismes vivants » et que, pour conserver la disponibilité des ressources et des services qui nous sont vitaux, il fallait raisonner en termes de coût, celui du renouvellement notamment, qui dépend de l’importance du prélèvement et non du prix de la ressource, de son extraction et des investissements engagés. Un exemple à propos d’un projet de construction d’une autoroute entraînant la destruction des aquifères, c’est-à-dire ces formations géologiques ou rocheuses poreuses ou l’eau circule et qui peuvent contenir des nappes phréatiques : il faudra intégrer au projet « le coût permettant de restaurer ou de conserver ces aquifères ».

Dans un ouvrage collectif récent, publié aux éditions Quae sous le titre Rendre possible. Jacques Weber, itinéraire d’un économiste passe-frontière , outre les nombreuses contributions de chercheurs qui se confrontent à sa pensée, s’en inspirent ou évoquent leurs travaux communs, on trouve plusieurs articles de Jacques Weber. Dans le premier d’entre eux, il met en regard rationalité technique et logiques paysannes à partir de projets de développement de l’agriculture au Cameroun. A l’agriculture intensive prônée par les « experts », les paysans opposent le maintien de certains espaces d’agriculture vivrière qui – je cite « découle aussi d’un souci de division des risques ». « Mieux vaut un peu de tout que beaucoup d’une chose et pas d’une autre » affirme une femme désignant un espace improductif destiné à l’alimentation familiale au milieu d’une parcelle d’arachide pourvoyeuse de revenus. Dans un autre article où il critique la notion de « projet de développement », dont les résultats apparaissent d’ailleurs souvent décevants à cause d’un vice de conception au départ, il montre à travers l’exemple de la pêche au Sénégal comment pêcheurs traditionnels et industriels se sont concertés pour éviter la déperdition de la ressource par les gros chalutiers spécialisés dans la pêche à la crevette qui rejettent une part importante des captures – y compris les espèces nobles – transformant ainsi les habituels conflits entre industriels et artisans en une relation de coopération. Et à propos de la diffusion du filet maillant encerclant chez les pêcheurs de la Petite Côte du Sénégal, sans gros changement de l’outil de production – la traditionnelle pirogue – Jacques Weber fait le commentaire suivant : « une innovation technique est en fait un processus social complexe . Il ne s’agit pas que l’innovation soit acceptée ou adaptée , mais bel et bien qu’elle soit appropriée par les pêcheurs, qu’elle devienne leur propriété. Et cela implique une modification en profondeur de tout le système concerné. »

« Sans le saule, comment connaître la beauté du vent ? » ce haïku de Lao She placé en exergue au premier chapitre de son livre sur la biodiversité, coécrit avec son ami Robert Barbault du Museum national d’histoire naturelle lui aussi disparu récemment, résume parfaitement sa pensée de la terre, il nous laisse en suspens le souvenir de l’arpenteur planétaire de son vivant tissu.

Jacques Munier

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Autour de la parution du N°43 de la revue Lignes , dossier « Les politiques de Maurice Blanchot 1930-1993 »

http://www.editions-lignes.com/LES-POLITIQUES-DE-MAURICE-BLANCHOT.html

Rencontre dans les murs d’ENT’REVUES ce soir à 18H30 avec Michel Surya, François Brémondy, David Amar, David Uhrig

174, rue de Rivoli 75001 Paris (métro Palais Royal)

réservations info@entrevues.org – 0153342323

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