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Jacques Derrida / Revue Rue Descartes

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À retrouver dans l'émission

Jacob Rogozinski : Cryptes de Derrida (Lignes) / Revue Rue Descartes N°82 Dossier (In) actualités de Derrida

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Jacques Derrida, à l’occasion du 10ème anniversaire de sa mort, survenue le 9 octobre 2004

« En ancien français « deuil » s’écrivait parfois duel » rappelle Jacob Rogozinski, dont l’explication avec Derrida, volontiers agonistique, s’emploie à explorer des points de résistance, la part indéconstructible de la déconstruction, des cryptes dans sa pensée. Il est vrai que celui qui s’est acharné à déconstruire la métaphysique occidentale et son « logocentrisme » a souvent apparenté ce travail opiniâtre à celui du deuil et qu’une des cryptes de sa pensée peut à bon droit être considérée comme celle d’un deuil, celui de la métaphysique qu’il n’a cessé d’arpenter, de Platon à Hegel, jusqu’au radical geste nietzschéen de rejet et son interprétation comme achèvement chez Heidegger. Une secrète nostalgie formerait la trame aveugle de cette vaste entreprise de lecture herméneutique et puissamment décapante de la tradition philosophique.

Il est vrai que le deuil et la mort sont constamment présents dans l’œuvre de Derrida, en particulier dans son livre le plus crypté – qualifié ici de Finnegan’s wake de la philosophie française – paru en 1974 sous le titre Glas , mais également dès son premier livre sur Husserl, La voix et le phénomène , où figure en exergue le propos paradoxal de M. Valdemar dans l’étrange nouvelle éponyme d’Edgar Poe : « maintenant je suis mort ». Cette phrase littéralement impossible, il l’a méditée avec obstination, voyant dans l’écriture une forme de travail du deuil lié à la disparition du sujet dans l’œuvre, une idée conforme à ce qu’on pensait en son temps de l’autonomie du texte par rapport à l’auteur, et il semble qu’elle ait trouvé un écho profond dans sa propre vie puisqu’il confiait au cours d’un dialogue avec Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy : « Dans mon anticipation de la mort, il y a souterrainement le désir testamentaire, c’est-à-dire le désir que quelque chose survive, soit laissé, soit transmis – un héritage ou quelque chose à quoi je n’aspire pas, qui ne me reviendra pas, mais qui, peut-être restera. » Au lendemain de sa mort, l’un de ses proches héritiers – penseur de la technique comme dispositif – Bernard Stiegler écrivait dans un N° d’hommage de la revue Rue Descartes : « Le fantôme va revenir de celui qui a tellement parlé du fantôme et de son immanquable retour : nous entrons dans le revenir de Jacques Derrida. » Dix ans plus tard, nous en sommes toujours là…

Celui qui se voyait déjà mort derrière son sourire solaire n’avait pas de disciples, mais des compagnons de route. Loin de mener aux impasses du nihilisme, la déconstruction – dont il n’a cessé de répéter qu’elle n’est ni une théorie ni même une méthode mais une disposition à traquer les contradictions qui travaillent les grandes idéologies et les cadres de pensée dominants – la déconstruction a inspiré des disciplines aussi différentes que la critique littéraire, l’architecture, le droit, la théologie, le féminisme, les queer studies et les études postcoloniales. On le sait le mot est la transposition à nouveaux frais du terme heideggérien « Destruktion » appliqué dans Sein und Zeit au nécessaire démantèlement de la métaphysique occidentale.

Jacques Derrida avait sans doute mieux que quiconque pénétré le sens profond de ce à quoi le philosophe de Fribourg avait assigné la condition humaine, l’être-pour-la-mort . Mais au jour de la sienne, c’est un tout autre message qu’il avait chargé son fils aîné, l’écrivain et poète Pierre Alféri, de transmettre : « Souriez-moi comme je vous aurai souri jusqu’à la fin. Préférez toujours la vie et affirmez sans cesse la survie… Je vous aime et je vous souris d’où que je sois. »

Jacques Munier

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Jacques Derrida : Le Dernier des Juifs (Galilée) à entendre comme – je cite « le plus indigne, le dernier à mériter le titre de Juif authentique ». Composé de deux textes – Avouer l’impossible et Abraham, l’autre – où il revient notamment sur son enfance algérienne et son rêve d’une « pacifique multi-appartenance culturelle et linguistique », il critique l’assignation – ou l’élection – à une identité comme destin et développe une méditation sur la paix, le projet kantien de paix perpétuelle, la paix messianique de Levinas ou encore celle visée par la Commission Vérité et Réconciliation mise en place par Nelson Mandela.

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Marc Goldschmit : Jacques Derrida, une introduction (Pocket)

Revue Rue Descartes N°82 Dossier (In) actualités de Derrida

http://www.ruedescartes.org/numero_revue/2014-3-in-actualites-de-derrida/

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