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Jean-François Colosimo / Revue "Etudes"

4 min
À retrouver dans l'émission

Durant toute cette semaine de Noël, Antoine Dhulster remplace Jacques Munier. ..

Jean-François Colosimo
Jean-François Colosimo

-il chronique aujourd'hui l'essai de Jean-François Colosimo , "Les hommes en trop. La malédiction des chrétiens d'Orient " (Fayard) et la revue "Etudes / Dossier sur l'avenir des chrétiens au Moyen Orient "...

Délaissant les polémiques relatives à la réforme de la Curie romaine, le pape François a adressé ce 23 décembre une lettre de soutien aux chrétiens persécutés du Moyen-Orient. « J’ai voulu vous écrire, dit le pape, pour vous encourager, pour vous dire combien votre présence et votre mission sont précieuses en cette terre bénie par le Seigneur. »

Alors que les chrétiens du monde entier fêtent Noël, ces mots prennent une importance particulière. Car les chrétiens d’Irak et de Syrie, confrontés aux islamistes radicaux de Daesh, font face à un véritable drame humanitaire. Et leur présence-même, dans cette région, où ils vivent pourtant depuis toujours, est plus que jamais menacée.

Apporter une solution à cette tragédie est-il du ressort des chrétiens ? Ou des pays occidentaux, pour des raisons humanitaires, historiques, culturelles ? Comment comprendre, d’ailleurs, ce qui unit et ce qui sépare les chrétiens d’Occident et les Chrétiens d’Orient?

Jean-François Colosimo apporte son éclairage sur ces grandes questions dans cet ouvrage. Il prend la plume à double titre : en tant que spécialiste des religions, et en tant que croyant, revendiquant son appartenance au christianisme orthodoxe.

Selon lui la présence de communautés chrétiennes importantes au Moyen Orient touche peut-être à sa fin. Ce, pour des raisons stratégiques. Depuis la deuxième guerre d’Irak la région est soumise à des tensions énormes, entre l’interventionnisme américain et la radicalisation de l’islam intégriste. Ce bouleversement remet en cause l’équilibre délicat sur lequel reposait le modus vivendi des chrétiens. Dans des pays majoritairement musulmans ces communautés assuraient depuis des siècles un rôle de passeurs culturels et spirituels, tout en étant solidement ancrées dans des réalités locales. Les changements récents ont transformé l’image des chrétiens dans leurs sociétés respectives, les poussant à fuir ou à opter pour un repli communautaire. D’où cette expression des « hommes en trop » utilisée par l’auteur.

Celui-ci mobilise une érudition historique immense, et surtout une connaissance personnelle de la région, qui permet de saisir l’ampleur de la « malédiction » qui frappe les chrétiens d’Orient depuis des générations. Ils ont en fait toujours été suspectés de double allégeance, entre leur pays et les nations chrétiennes occidentales.

Les idéologies ont aussi leur part de responsabilité. Dans la deuxième moitié du XXeme siècle, de nombreuses communautés se sont engagées dans les partis baasistes et panarabes. Lorsqu’ils n’ont pas opté pour des organisations politiques nationalistes et autoritaires, comme les phalangistes libanais. Ces forces politiques aujourd’hui ont passé la main. Demeure l’image souvent trompeuse de communautés chrétiennes liées aux tensions politiques de ces dernières décennies, et rendues indistinctement responsables des erreurs commises.

C’est le chrétien qui parle lorsque Jean-François Colosimo évoque le tragique de ce destin collectif.

Son analyse du destin des chrétiens de Syrie est également celle d’un homme engagé. La situation de ces communautés est pour lui la plus intenable de toutes : comment se résoudre à choisir entre une révolution porteuse de grands risques pour leur avenir, et des régimes autoritaires, garants historiques de leur sécurité.

Ce livre est en tout cas un cri d’alarme pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être de l’héritage chrétien du Moyen-Orient. Un héritage qui repose tout entier sur l’existence de communautés intégrées à leurs réalités nationales respectives, et que les vieilles pierres, l’archéologie et les musées ne sauraient remplacer.

Le sort de ces communautés chrétiennes est également abordé dans la revue du jour…

L’édition mensuelle de la revue Etudes consacre un article à l’avenir des chrétiens d’Orient. Il est signé du jésuite David Neuhaus, le vicaire du patriarche latin de Jérusalem. L’auteur livre une analyse de la situation en forme d’exégèse de plusieurs grands textes adoptés par des organes de l’Eglise dernièrement, un exercice assez classique dans la revue Etudes, et qui permet de mieux comprendre la position officielle, si l’on peut dire, du catholicisme sur la question des chrétiens d’Orient.

C’est d’abord le thème de la peur qui est traitée ici. Cette crainte légitime des chrétiens pour leur sécurité ne doit pas aboutir à la paranoïa face au réveil islamique dans tout le monde arabe. L’auteur met en garde les communautés qui seraient tentées par un repli, car c’est dans la société civile, dans les institutions comme les hôpitaux, les écoles, les universités, que les chrétiens peuvent encore faire entendre leur voix. Face à la crainte, il convient donc d’opposer la foi, la résistance spirituelle, même si l’exil est dans certains cas inévitable. Mais, selon l’auteur l’influence du christianisme dans les sociétés arabes ne peut pas se mesurer par sa seule importance numérique. Un point de vue sensiblement différent de celui défendu par Jean-François Colosimo. Et qui illustre bien toute la difficulté pour les Eglises, d’arrêter des positions de principe sur les drames vécus par les chrétiens d’Orient.

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