LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Jean Starobinski / Revue Rehauts

4 min
À retrouver dans l'émission

Jean Starobinski : Les approches du sens. Essais sur la critique (La Dogana) / Revue Rehauts N°32

starobinski
starobinski

Comme on peut le voir dans cet ensemble de textes, Jean Starobinski n’a pas cessé de s’interroger sur la nature et les fonctions de la critique littéraire qu’il a pratiquée lui-même avec ce subtil dosage d’analyse intérieure de l’écrivain et d’attention fine portée à son style, et dont le modèle est son livre sur Rousseau, la transparence et l’obstacle . Parus pour la plupart dans des revues, et complétant le volume paru il y a quelques années sous le titre La Relation critique , ces textes témoignent aussi de son intérêt pour le grand débat des années 60 et 70 sur la critique, la théorie littéraire et l’implication des sciences humaines – philosophie, sociologie, psychanalyse, linguistique – dans l’interprétation des œuvres littéraires, même s’il lui est arrivé de porter des jugements ironiques sur certaines querelles « auto-entretenues » et qui finissent par tourner à vide. « Tant de disputes récentes sur la méthode – disait-il – m’ont paru ressembler à des querelles sur l’art de dresser le couvert, les assiettes demeurant désespérément vides. »

Jean Starobinski a adopté la distinction désormais classique proposée par Albert Thibaudet entre la critique spontanée, celle des lecteurs et du public cultivé, qui s’exprime notamment dans la conversation, la critique professionnelle des professeurs et des journalistes et la critique des artistes, celle des écrivains quand ils se lisent entre eux. Soulignant « le ton de conversation allègre et corsée qui lui était propre », il rappelle que Thibaudet est le premier à avoir démontré la possibilité d’une critique de la critique . « Sa description à la fois narquoise et tolérante des divers partis pris critiques – ajoute-t-il – le conduisait à signaler partout les défauts ou les limites : il était prêt à accepter toutes les écoles, si dénuées d’autorité qu’elles fussent, parce que dans leur ensemble elles lui paraissaient complémentaires. » L’accent « narquois » en moins, c’est une attitude comparable qu’adopte Starobinski dans ce livre.

Mais l’on sent bien que sa préférence va à la critique artiste. De l’approche psychanalytique il rappelle qu’elle a d’abord été une incursion dans la littérature à la recherche de ses propres clés, tout comme dans d’autres domaines de la culture : les mythes, les œuvres d’art ou les religions. Et il note avec Benveniste que les ruses du désir s’apparentent « d’une façon frappante » aux figures stylistiques et aux tropes de la rhétorique classique : litote, antiphrase, euphémisme, métonymie, ellipse. Mais des relations insoupçonnées « qui se trament entre l’œuvre et son milieu, entre l’œuvre et l’inconscient de son auteur », la sociologie et la psychanalyse ont tiré une conception de la littérature comme « ensemble de significations et de forces où l’œuvre et l’écrivain n’ont plus leur situation traditionnelle », même si « l’isolement magique » où ils se tenaient était largement illusoire. Il n’empêche : en changeant de méthode d’approche du sens dans la littérature, les sciences humaines ont contribué à modifier leur objet.

« Comme subjectivité en acte – affirme Jean Starobinski – la littérature refuse de se laisser réduire à un objet de connaissance, même s’il est vrai que la forme dans laquelle l’écrivain s’est exprimé ou dépassé prend sous nos yeux une sorte de matérialité objective ». C’est pourquoi, selon lui, la critique artiste est la seule à ménager un accès à l’horizon de sens où se tiennent ensemble l’écrivain et son œuvre. Avec Baudelaire pour modèle, les écrivains ont cet avantage sur les universitaires qui descendent de Taine et Sainte-Beuve, ne leur en déplaise parfois. Jean Starobinski évoque « la critique de combat de Breton, de Gracq, d’Eluard, d’Aragon, de Char » et « la critique de participation dramatique, de confrontation et de recherche, chez Jouve, Arland, Emmanuel, Nathalie Sarraute, et, parmi les plus jeunes, chez Robbe-Grillet, Pingaud, Butor, Bonnefoy, Jaccottet, Vigée, Sollers »… L’article est paru dans la revue Preuves en 1965. Depuis lors de nouvelles générations ont pris la relève dans ces « exercices d’admiration » où l’œuvre célébrée devient la sienne et où le moi devient un autre.

Jacques Munier

Revue Rehauts N°32, revue de littérature et de poésie, dirigée par Hélène Durdilly et Jean-Pierre Chevais, avec Jacques Lèbre pour les pages critiques, qui chronique ici le dernier paru des carnets de Jaccottet, Taches de soleil… ou d’ombre , ainsi que Vraquier , le recueil de Gilles Ortlieb.

A retrouver aussi dans cette livraison des derniers poèmes d’Ossip Mandelstam traduits par Jean-Claude Schneider

Et des esquisses de Pierre Buraglio, les pages de carnet

Et Nuno Judice, Sarah Kirsch, William Cliff qui fait son anamnèse

Jean-Baptiste Para, Sereine Berlottier, Françoise Han, Nicolas Jaen, David Mus, Jeremy Taleyson http://www.entrevues.org/annuaire.php?d=1232

http://www.revues-litteraires.com/articles.php?pg=1239

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......