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Jeunesses arabes / Revue Mouvements

5 min
À retrouver dans l'émission

Laurent Bonnefoy et Myriam Catusse : Jeunesses arabes. Du Maroc au Yemen : loisirs, cultures et politiques (La Découverte) / Revue Mouvements N°75 Dossier La transition, une utopie concrète ? (La Découverte)

jeunesses
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« La jeunesse n’est qu’un mot » disait Bourdieu dans un entretien, en invitant à se garder de l’approche simpliste opposant deux jeunesses, l’une étudiante et bourgeoise, l’autre laborieuse et populaire. Les différents angles adoptés dans cet ouvrage collectif montrent au contraire que les rapports de classe, s’ils n’ont pas disparu, ne constituent pas la grille de lecture la plus pertinente pour cette jeunesse arabe. L’originalité de l’entreprise tient aussi à la perspective adoptée : observer les mutations sociales à l’œuvre dans le monde arabe à travers le prisme des loisirs et du temps libre des jeunes. Et elle représente en soi un bon indice de ce renouveau générationnel puisque la plupart des auteurs sont de jeunes chercheuses et chercheurs issus des pays dont ils parlent.

Les jeunes – shabab en arabe, à ne pas confondre avec le groupe terroriste somalien qui s’est affublé de ce nom, mais on ne peut s’empêcher d’y voir une référence significative dans ce contexte – les jeunes ont un poids démographique considérable dans les sociétés arabes. A titre d’exemple, près de la moitié de la population yéménite a moins de seize ans et la même proportion de la population du Qatar, la pays arabe le plus « vieux », a moins de trente ans. D’où la forte pression dans ces pays sur les marchés de l’emploi ou du logement, ainsi que dans les secteurs de la santé ou de l’éducation. En moyenne, 25% des 15-25 ans ne trouvent pas d’emploi, ce qui explique la forte émigration, à tous les niveaux de l’échelle sociale, des jeunes diplômés aux harraga qui brûlent (harrak ) leurs papiers avant de traverser la Méditerranée.

Mais les auteurs s’attachent ici à décrire des expériences plus ludiques et festives, singulières ou collectives et qui contribuent à « faire génération ». Des conduites à risque des jeunes saoudiens au volant de leurs voitures aux dérives nocturnes d’une lycéenne marocaine vers la prostitution, en passant par les fans du Barça et du Real en Palestine, la subversion des normes de genre par les jeunes saoudiennes qui s’habillent comme des garçons ou les cours de théâtre dans les écoles chiites du Liban, c’est un tableau contrasté et surprenant que brossent les 38 contributions à cet ouvrage, où il est également question des cafés comme lieu d’émancipation révolutionnaire en Lybie, ou au contraire de nostalgie militante dans ceux de la rue Hamra à Beyrouth, de street art au Yémen, de rap palestinien, de rock marocain ou de la scène underground égyptienne. C’est rafraîchissant.

Si les barrières sociales ont tendance à s’estomper au sein de cette jeunesse arabe, qu’en est-il des clivages confessionnels, et quelle est la part de la religion dans les loisirs ?

Elle reste importante, plusieurs contributions en témoignent. Notamment celle de Laurent Bonnefoy sur le salafisme comme sous-culture étudiante au Yémen, un salafisme apolitique et dit « quiétiste » par rapport au « djihadiste ». Par parenthèse et pour mettre en relief la grande diversité des angles adoptés, je signale l’article de Marine Poirier sur l’évolution, dans le même pays – le Yémen – de la consommation du qat , un narcotique léger aux effets euphorisants dont on mâche les feuilles des heures durant en bonne compagnie, et qui s’est retrouvé sur les campus protestataires réalisant par là-même une sorte de coming-out dans l’espace public de la contestation. Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie, s’emploie à montrer que la participation des jeunes à des activités religieuses en contexte musulman n’est pas forcément l’antichambre d’un engagement politique, comme le montre l’exemple des membres de la confrérie soufie qu’il étudie à Alep, où le désir d’engagement le cède finalement à l’adoption d’une nouvelle forme de pratique religieuse plus spirituelle, passant en somme du djihad à l’extase soufie. On peut aussi évoquer la contribution sur les initiatives liées au livre et à la lecture à Bagdad, où les frontières confessionnelles sont volontairement effacées pour célébrer l’identité de la ville qui a été désignée cette année par la Ligue arabe et l’UNESCO capitale culturelle du monde arabe. Ou celle de Laure Guirguis qui étudie la pratique moderne des chants religieux chrétiens, les taranim , distincts des chants liturgiques coptes mais qui expriment souvent la persécution comme trait distinctif et fondateur de la communauté copte, un répertoire désormais diffusé sous forme de vidéo-clips.

Jacques Munier

Revue Mouvements N°75 Dossier La transition, une utopie concrète ? (La Découverte)

Dossier coordonné par Simon Cottin-Marx

La galaxie des initiatives locales (jardins partagés, AMAP assoc. Pour le maintien d’une agriculture paysanne, énergie partagée…)

Luc Semal définit le Mouvement de la transition « comme un mouvement fondamentalement optimiste et constructif qui suggère que face aux chocs globaux annoncés (climatiques, énergétiques et économiques), les communautés locales reconstruisent en urgence leur résilience locale. Pour cela elles doivent prioritairement relocaliser une part de leur production alimentaire et énergétique. »

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